13.09.2009

Des news au tarif de nuit

Grande période de flemme actuellement, qui se ressent sur ce blog. Ce n'est pas une raison pour ne pas donner des nouvelles d'Hubert et de ses fans, alors en voici :

Thiéfaine officier ! Et oui, dans l'ordre des arts et des lettres, depuis août dernier. Ce qui implique d'ailleurs qu'il était déja chevalier dans cet ordre... Une reconnaissance de l'oeuvre d'un grand artiste, c'est bien.

Dans un autre ordre d'idée et dans la série "visions moites et brûlantes", je vous propose une petite vidéo très sympa : Une reprise familiale (duo père/fils) d'un classique de Thiéfaine : "Animal en quarantaine". Sans prétention mais très émouvant, on y sent une vraie complicité. J'adore !

Tommie publiée !! Et oui, poèmes des sombres jours vient de paraître aux éditions Bénévent. Disponible sur commande en librairie et sur le web. Aux frontières du rock et du slam, Tommie écrit comme elle crie, sans artifices ni conventions. Allez voir son blog, il est en lien pour un moment de découverte et de partage.

Merci Tommie et à bientôt !!

28.07.2009

Sur des chemins non balisés

Et le voici ! THE album, au dire des fans. En tout cas, je n'ai jamais rencontré un(e) fan de Thiéfaine qui ne le cite au moins dans ses trois péférés. Cet album, ce phare, ce pic dans l'oeuvre de Thiéfaine, c'est bien entendu "dernières balises avant mutation".
D'emblée, l'objet choque et dérange. Les pochettes recto et verso annoncent la couleur : alcool, prostitution, drogue, entre enfance brisée, amours junkies et défonce radicale. Pourtant, vous l'aurez tous remarqué, la petite fille sourit. Oui, elle sourit, sur la quatrième de couverture, en nous présentant ce coeur défoncé, ce "triste coeur" dont on ne sait trop s'il est brisé ou boosté.
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Cette double vision des choses me paraît être celle qui trace le chemin de l'album : entre descente et renaissance. "Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau", le poète se plonge dans l'enfer pour en mieux ressortir par la force de l'écriture. La genèse de cet album correspond chez Thiéfaine à une période de profonde remise en cause personnelle et artistique. Il connaît le succès, mais ne se reconnaît pas dans ce personnage de baba folkeux au nez rouge dans lequel il se sent enfermé. Alors, fièvreusement, pendant qu'il joue son personnage public sur les scènes de France, il écrit et enregistre cet album dont il pense bien qu'il sera le dernier. Cette énergie se ressent dans tout l'album : désespoir, tentation suicidaire, mais aussi urgente nécessité d'écrire. Je ressens toujours cet album, chaque fois que je l'écoute, comme une agression brute et sans artifices : le poète joue sa vie, au sens littéral du terme, car il y joue la construction de son identité artistique et personnelle. Pas de gants à prendre alors, il faut aller à l'essentiel.

Le premier essentiel, c'est d'abord une profonde rupture musicale. La majorité des musiciens de Machin suivent Thiéfaine dans l'aventure, mais cette fois, c'est lui qui est aux commandes et qui impose ses choix. Cette croix artistique n'est pas portée seul : tels les deux larrons du Golgotha, voici Tony Carbonare et surtout Claude Mairet.
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Mairet ne partage pas seulement avec Thiéfaine, une allure déguigandée et une jeunesse commune. Fan de rock anglo-saxon, fin musicien et surtout magnifique arrangeur, il donne enfin à Thiéfaine l'univers musical qui lui convient : guitares saturées, riffs lancinants, lignes de basse ronflantes, tout fleure bon le rock à l'ancienne. Mais Mairet sait, au détour des années 70-80, jouer de la fin de l'ère punk et du début de la new-wave. Claviers subtils, bruitages, comptines d'enfants, voix distordues, l'ensemble concourt à créer une ambiance étrange et inquiétante. Comme si la confusion mentale du personnage, sa perception dérangée du réel, se traduisaient dans l'atmosphère musicale.

Le second essentiel est une rupture de ton dans l'écriture. Certes, le surréalisme verbal (et visuel, voir la deuxième de couv) est toujours en place : métaphores ahurissantes et jeux de mots jamais gratuits ("te reste-t-il assez d'amour/Pour prendre ton dernier mélo"), visions cauchemardesques, néologismes, la palette de l'écriture de Thiéfaine est bien là. Mais ce qui change, c'est que cette fois-ci, pas question de respirer ! Pas de ritournelle rigolote, pas de complainte ni de ballade. Les comptines sont morbides ("fais-moi une place dans ton cercueil"), les rencontres glauques (une copine camée, une femme fatale démoniaque, des paumés divers et variés) et les voyages ne mènent qu'à la défonce.
Ici, le parti-pris est radical : je vais au bout, je vais au fond de tout, je n'en sortirai que mort ou purifié. Les thèmes ne varient pas d'une chanson à l'autre : mort, suicide, drogue, sexe, alcool. Dans une atmosphère nocturne et mortifère, dans un cadre de grande métropole hostile, ou les dieux semblent avoir abandonné l'Homme, voici l'histoire d'un voyage intérieur et d'une rencontre avec les pires démons qui soient : les siens.
Refusant de se reposer sur un succès en trompe-l'oeil, Thiéfaine se lance à corps perdu dans une catharsis folle : tout dire, affronter ses peur pour les libérer enfin et peut-être, devenir enfin soi-même.

Ce cheminement me paraît se dérouler en trois phases :
Les trois premières chansons déroulent une véritable polyphonie de l'échec et de la déprime : solitude, insomnie, cafard, échec amoureux. Voici un Narcisse contemporain livré à lui-même, en proie à ses angoisses et ses tentations suicidaires. Cette phase culmine avec la quatrième chanson ("taxiphonant d'un pack de kro"), monument d'absurde quasi-existentialiste qui laisse le héros seul et désemparé. Dégoûté de ses contemporains ("113ème cigarette sans dormir"), dégoûté de lui-même ("Narcisse"), dégoûté même de l'amour, le voici livré aux pulsions morbides et suicidaires. Dans le mouvement de l'album, c'est l'instant ou Thanatos est dominant :
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L'équilibre s'atteint dans la deuxième partie de l'album, avec cette dérisoire transition psalmodiée et chantée ("scènes de panique tranquille"-encore un oxymore magnifique-). Cette petite saynète est le signe d'un appel, celui de la déchéance. Perdu pour perdu, autant se perdre dans la fange...ce qui ne manque pas d'advenir. Démons femelles, appel du sexe et de la drogue, danse de mort et d'ivresse, voici de quoi se perdre dans les bas-fonds, dans un univers cauchemardesque ou fête et destruction se mêlent intimement... Se perdre pour mieux se retrouver...
Cette deuxième partie de l'album est pourtant marquée par un sursaut vital phénoménal : "Ou est le sang ? J'ai soif !!!". Le héros se perd encore dans les méandres d'une poupée junkie-toy et de ses aiguilles vénéneuses, mais on sent déja qu'il saura paradoxalement en tirer une nouvelle énergie vitale.

C'est cette énergie qui resplendit finalement dans les deux dernières chansons. Epuisé, vidé mais toujours en vie, le poète ne peut que constater qu'il n'en finit toujours pas de "rater son suicide". Le climax atteint, il est toujours debout. Il a traversé le feu, a consommé ce qu'il devait, a bu la cigüe jusqu'au bout, et il est toujours en vie. Certes, les réponses aux questions ne sont pas encore évidentes et un autre chemin reste à emprunter, mais l'instinct de vie a prévalu. La redescente qui s'amorce, semblable à un long sevrage, sera douloureuse mais néanmoins nécessaire et rédemptrice.

Voici donc un album exceptionnellement riche, aux grilles de lecture multiples : long "trip" toxico avec son shoot, son "flash" et sa descente ; cheminement personnel de la fange à la rédemption ; cheminement littéraire et poétique enfin, pour trouver son style et sa voie. Je ne choisis aucune de ces interprétations car toutes me paraissent valables.
Au final, le succès inattendu de cet album a permis à Thiéfaine de s'engager dans une nouvelle voie artistique et personnelle. Comme quoi, l'urgence et le risque sont aussi des moteurs de vie à nul autre pareils...


Ce billet est dédié à Kris l'impatiente ;-))

08.03.2009

Amour est enfant de Folie

Passées les premières chansons, nous basculons maintenant dans la deuxième partie de l'album, pour un changement de décor radical. Aux chansons courtes succèdent les longs morceaux de bravoure. Aux mélodies, les longs moments parlés. Aux arrangements structurés, les constructions plus complexes. Nous entrons dans l'univers du poème en prose, ou Thiéfaine paie sa dette aux maîtres surréalistes.


Pour aborder cette partie, j'ai choisi de considérer "De l'amour..." et "L'agence des amants..." comme un diptyque, c'est à dire comme un ensemble cohérent et animé d'une logique identique. Pourquoi ce choix ? D'abord, parce que la forme est identique : ce sont deux poèmes parlés sur des arrangements musicaux. La seule différence vient de la présence d'un refrain dans "L'agence des amants...". Ensuite, parce que les thèmes se rejoignent : Amour et Folie. Enfin, parce que l'un peut être considéré comme une suite logique de l'autre.

Sur des musiques parfois étranges et inquiétantes (bruitages, rythmique entêtante de "L'agence..."), un narrateur soliloque. Il s'imagine d'abord un avenir (le premier texte est au futur), ou plutôt veut s'en imaginer un. Comment interpréter autrement la supplique inaugurale, lancée comme chuchotée "écoute-moi mon amour".

Mais qui écouterais celui qui déraille de la sorte ? En effet, le discours que cet amant emprunte bien vite des chemins détournés. Confusion temporelle et spatiale, apparition d'un bestiaire fantastique (alligators, scolopendres, sirènes), tout semble indiquer que le récitant est en train de sombrer dans le délire.

Pourtant, une logique persiste en ce discours, celle des mots. Le réel est distordu, passé à la moulinette du langage. Les mots sont happés, soit pris au pied de la lettre, soit détournés en de superbes images (le magnifique "chapeau à cran d'arrêt", une des plus belles trouvailles de Thiéfaine). Ici l'écriture de Thiéfaine se fait totalement surréaliste en ce sens ou le poète, non seulement dit le réel, mais il le fait également. Au feu du langage, la réalité se transforme tel un processus alchimique... Le narrateur est peut-être en proie à la folie, mais qu'importe ! Par ses images, ses jeux de mots, son aptitude à mettre en oeuvre des situations absurdes, Thiéfaine crée un univers qui n'a pas moins de force que la réalité, puisqu'il est le réel même. Jugeons plutôt : jeux de mots (de Marignan à Marignane), métaphores et comparaisons absurdes ("beau comme un passage à niveau"), glissements de sens (le mot "sirènes"), réminiscences (les tilleuls font penser à l'arôme "tilleul-menthe"). La déstructuration du langage accompagne celle de l'esprit : Un monde se crée, ou le temps et l'espace n'ont plus cours, ou vit un bestiaire hallucinatoire qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène du Cercle rouge(des monstres sortent dans la pièce pour attaquer un Yves Montand en plein délire alcoolique).

spaceball.gif2506547804_6ea42f3181.jpg%3Fv%3D1211225923Ce monde est ici créé par le seul pouvoir du langage, il rejoint une conception de la langue ou dire, c'est faire, dire c'est créer...

 

 

"Au commencement était le Verbe
Et le Verbe était avec Dieu
Et le Verbe était Dieu"
Evangile selon Saint-Jean

L'allusion à la résurrection christique n'est pas innocente à mon sens, en ce qu'elle est liée au pouvoir du langage. Le Christ, donc son Père, a le pouvoir de ressusciter d'entre les morts (ou de faire revenir d'autres personnes) par le pouvoir de sa parole. Ici, le langage est bien le révélateur de la folie du personnage, mais aussi à mon avis, de l'indéfectible croyance de Thiéfaine dans le pouvoir et la force des mots. Entre deux êtres qui s'aiment... ou entre le narrateur et sa lubie, un rendes-vous est fixé, il doit et va avoir lieu ! Qu'importe en fait, que cet amour existe ou non, qu'importe ou elle se trouve, qu'importe que cette rencontre ait eu lieu ou même qu'elle ait lieu. Ici, la force des mots emporte tout dans une mélancolie douce-amère et laisse le personnage dans un état partagé en attendant la rencontre avec celle qu'il a semble-t-il déjà connue... Etat d'un entre-deux, état d'attente, joie et douleur mêlées, entre extase et folie... N'est-ce pas, au fond, le discours amoureux ?

Ne parvenant pas à nommer la spécialité de son désir pour l'être aimé, le sujet amoureux aboutit à ce mot un peu bête : adorable !
Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux

Un poème pour finir et pour illustrer tout celà. Je ne sais pas si je vous ai déjà parlé de Louise Labé, poétesse lyonnaise du XVIème siècle :

Je vis, je meurs : je me brûle et me noie,
J’ai chaud extrême en endurant froidure ;
La vie m’est et trop molle et trop dure,
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout en un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure,
Mon bien s’en va, et à jamais il dure,
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être en haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

Louise Labé

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04.03.2009

Amour flou

"Laissez-moi penser que vous serez prête alors à incarner cette puissance éternelle de la femme, la seule devant laquelle je me sois jamais incliné. Que vous veniez de fermer un pupitre sur un monde bleu corbeau de toute fantaisie ou de vous profiler, à l'exception d'un bouquet à votre corsage, en silhouette solaire sur le mur d'une fabrique - je suis loin d'être fixé sur votre avenir laissez-moi croire que ces mots : « L'amour fou » seront un jour seuls en rapport avec votre vertige."
André Breton, L'amour fou

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Et oui, je me plais à croire que ce texte si simple en apparence du sieur Thiéfaine, est une incarnation certes déformée et grotesque mais bien vivante néanmoins, de ce texte magnifique -mon préféré surtout- d'André Breton.
Dans ce livre centré autour des hasards et coïncidences d'une rencontre amoureuse, ce récit apparemment déstructuré, Breton développe deux idées essentielles : La "beauté convulsive", magnifique image dont Thiéfaine a récemment tiré parti ("douceur convulsive des ventres funéraires") et la beauté d'être "aimé follement", ce qu'il finit par souhaiter à sa fille en une magnifique adresse finale.
Entre "beauté convulsive" qui fonde tout amour charnel et conditionne l'attrait sexuel, et amour platonique et de pur esprit, Breton situe "l'amour fou", point de rencontre des êtres et des sentiments... Regards échangés ("ils ont vu comme ils étaient beaux"), rencontres de hasard dans les transports en commun ("métro") et voilà l'amour fou qui transfigure deux personnes.

Simples "bêtes à dodo" condamnées au triste quotidien banal d'un métier sans joie, voilà deux êtres saisis par la passion charnelle et sensuelle. Deux êtres qui se trouvent et se complètent, qui s'enroulent sur eux-mêmes ("position de l'escargot", à tester !) et s'isolent du monde, même s'il s'agit de ne se retrouver que dans un "hôtel paumé aux murs glacés d'ennui". Deux êtres qui s'extirpent du quotidien pour un plaisir éphémère mais vu comme un "cadeau", pour un moment volé (ils vont d'ailleurs se perdre ensuite) qui agit comme une drogue euphorisante (allusion double sens au "pavot") dans ce moment ou il abandonne "ma racine à ta blessure".
Alors bien sûr, l'amour meurt. L'amour est mou, l'amour est flou, l'amour est saoûl... Et les histoires d'amour finissent mal en général. Qu'importe, de cette apparente pochade écrite par Thiéfaine, subsiste néanmoins le parfum de l'amour fou, ce ces moments de plaisir ou tout semble permis, ou le ciel et l'enfer partagent à deux, ou le quotidien même se transfigure sous l'effet du rêve, de l'imagination et de l'écriture...

Ben, ce n'est pas le surréalisme, ça ?
Si fait mon bon, ça l'est bien ça...

Alors, "l'amour mou", nouveau manifeste surréaliste ? Et pourquoi pas ?

Puisque vous êtes gentils et que je suis resté absent bien longtemps, deux petites citations pour la route :

"Ils sont arrivés se tenant par la main

L’air émerveillé de deux chérubins

Portant le soleil ils ont demandé

D’une voix tranquille un toit pour s’aimer"

Edith Piaf, Les amants d'un jour

"La mer en vous comme un cadeau
Et dans vos vagues enveloppée
Tandis que de vos doigts glacés
Vous m'inventez sur un seul mot
O Ma Frégate des hauts-fonds
Petite frangine du mal
Remettez-vous de la passion
Venez que je vous fasse mal
Je vous dirai des mots d'amour
Des mots de rien de tous les jours
Les mots du pire et du meilleur
Et puis des mots venus d'ailleurs
Je vous dirai que je t'aimais
Tu me diras que vous m'aimez
Vous me ferez ce que tu peux
Je vous dirai ce que tu veux"

Léo Ferré, L'amour fou

Et surtout, n'oubliez pas d'aimer !

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28.02.2009

Dies irae

Deuxième billet concernant "Alligators 427", pour nous intéresser cette fois à l'écriture et aux significations symboliques de ce texte.

Ce qui frappe d'emblée dans ce texte, c'est l'abondance des figures de style qui concourent à donner donner une impression d'étrange et plus encore, de fantastique. Le fantastique me semble bien être ce qui caractérise le mieux ce texte : Au milieu d'un monde qui était en apparence tranquille, voila que surgissent des monstres incroyables, et voila que la réalité se déforme sous les coups de boutoir des mots de Thiéfaine. Répétitions de l'adresse ("alligators 427") et du final ("je vous dis bravo et vive la mort"), ostinato ("vive la mort"), abondance des images (métaphores comme "étrange carnaval", "grand feu", "alchimie", synecdoques et surtout hyperbole quasi permanente), voila bien un langage qui s'attaque au réel pour le travailler, le déformer, le rendre tel que se la figure le poète halluciné. A ce titre, après le thème de l'Apocalypse, celui de l'alchimie me paraît prépondérant.
Reprenons le titre : Alligators 427. A 427... Un article de loi traitant du nucléaire, comme ce fut dit dans divers forums ? Une réminiscence d'une période ou Thiéfaine a travaillé dans le nucléaire, avec un tunnel d'une longueur de ce type, comme suggéré par un Conseiller Maritime bien connu ? On ne sait, et peu importe au fond : L'important pour moi, c'est qu'à cette invocation magique d'un nom aux sonorités bien précise, se mêle un nombre. Et alors me direz-vous ? Alors :
ALLIage-d'OR + Nombre ("Nombre d'or"). Quoi de plus alchimique ?
Grand feu+griller, donc fusion. Ajoutez à cela les métaux et les pierres précieuses (or, jaspe, diamant, argent). Quoi de plus alchimique ? D'ailleurs, si on regarde la progression des matières dans le texte, on constate qu'on passe du tissu et des épices aux métaux vils (le zinc), puis aux métaux plus nobles et enfin aux pierres précieuses.
Et si finalement, le nucléaire n'était pour Thiéfaine, que le récit d'une transmutation alchimique qui serait en train de rater ? Une transmutation qui dégénérerait en "mutation" et finalement provoquerait la perte de l'espèce humaine. Il est à noter que le dernier texte de l'album précédent contenait déjà un écho troublant : "tu verras tous ces petits alchimistes/pulvériser un continent".
Au delà de l'apocalypse et de l'alchimie, la signification symbolique de ce texte réside enfin pour moi, dans cette thématique thiéfainienne de l'humanité courant à sa perte. Que ce soit par le jugement dernier, la pollution ou la maladie, l'Homme reste pour Thiéfaine le principal sinon l'unique responsable d'une catastrophe annoncée et inéluctable. De nombreux textes en seront plus tard l'écho ("fin de millénaire", "quand la banlieue...", "femmes de Loth", "terrien t'es rien", "dans quel état Terre").
Mais alors, comment échapper à ce feu intérieur ou extérieur, à cette inéluctable punition ? Comment trouver un peu d'humanité dans ce chaos ? C'est ici mon cher Arnaud, que le Phénix prend sa place (mais ce n'est que mon avis).
phenix.1181047853.jpg&usg=AFQjCNF-oH7gVNAdnTHQ587TxCElUK5APwA contrario de ce feu nucléaire que les humains ne peuvent maîtriser, c'est au poète de se faire "voleur de feu" (Rimbaud encore) pour aller chercher une raison d'être et de vivre. Ce passage dans le feu, c'est l'épreuve du réel, dont le poète sort plus fort et ressourcé... Et sa pratique alchimique à lui, c'est bien sûr le travail sans fin sur le langage : prendre et reprendre un texte, caler les images, trouver de nouveaux mots ("destructive" est un anglicisme utilisé uniquement dans le vocabulaire du...nucléaire !), de nouvelles comparaisons et de nouveaux thèmes. Le poète, rescapé du réel, l'a dompté en maîtrisant un feu tout aussi dangereux, sinon davantage : les mots. Je conclurai avec cette magnifique citation de Pierre Reverdy :
"Le poète est un four à brûler le réel"...
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Le feu du ciel

Attention chef-d'oeuvre ! Pour terminer l'album "Autorisation de délirer", nous abordons ici, ce que je considère comme le premier grand texte de Thiéfaine. Dans mon album idéal d'Hubert, il serait le seul avec "Je t'en remets au vent" que je retiendrais des trois premiers albums, si j'avais à choisir une quinzaine de titres. Non que je n'aime pas les autres chansons, mais là, c'est vraiment du lourd !
Le texte se construit selon une double logique : logique de répétition presque obsessionnelle et logique de montée en puissance et en tension. Chaque couplet est construit sur une première approche très sensitive et sensorielle, qui fait émerger des créatures de cauchemar qui ne sont pas sans rappeler les mythiques dragons.
161headg0oixj7.jpgCette approche/accroche peut s'apparenter à une invocation du monstre. A la manière d'un sorcier en proie à une transe chamanique, l'auteur invoque la Bête en la nommant par ses attributs physiques (ailes, queue, yeux, crocs, griffes et enfin cerveau). Cette représentation hallucinée est accentuée par la force des images, comme si la perception sensorielle du poète était décuplée : odeurs (safran), toucher (cachemire, le zinc), goût (le sang), vue (phosphorescents, or, argent, jaspe, diamant), voila tous les sens sollicités. Et l'ouïe ? Et bien, le rythme s'en charge, avec un ostinato rythmique qui nous apparaît comme un grondement de bêtes certes lointain mais de plus en plus présent au fur et à mesure que se précise la menace.
Une menace est donc présente et se rapproche. A la manière de Rimbaud, HFT se fait donc "voyant" : "Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d'amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n'en garder que les quintessences."
A. Rimbaud, lettres dites "du voyant"
Sorcier, voyant, chaman, le poète est surtout PROPHETE et cette chanson est à la fois un travail d'invocation du monstre et d'annonce de sa venue. La métaphore de l'Apocalypse est constante dans la chanson, elle s'amplifie même tout au long du texte :
D'abord, la référence au "grand feu", qui peut être comprise soit comme le feu de l'enfer suite au jugement dernier, soit comme un feu de Saint-Jean, fête païenne et antéchrist aux yeux de l'Eglise.
Ensuite, dans l'Apocalypse de Jean, la venue du châtiment divin est annoncée par des "anges" qui deviennent "nucléaires" chez Thiéfaine. Enfin, Dieu punit ceux qui portent la marque de la Bête, et l'arrivée de ce jugement est annoncée par des trompettes comme celles qui résonnent à la fin du morceau.
Texte de sorcellerie, chamanique et prophétique, la chanson ne se contente pas d'une structure répétitive et obsessionnelle. Elle progresse et gagne en intensité et en précision, au travers de thèmes qui traversent le texte :
D'abord, la nature du danger. D'abord flou (une mutation), il se précise et dévoile peu à peu sa nature (nucléaire, compteur geiger, métamorphose, centrales, cancer, allusion au scientifique Louis Leprince-Ringuet).
Ensuite, la résignation morale du narrateur qui s'accentue : d'abord ricanant et moqueur comme un petit enfant (mouche mon nez, remonte mes chaussettes), il prend peu à peu l'attitude du condamné à mort (dernière cigarette) qui va au suicide avec dignité et fatalisme (allusion à la ciguë de Socrate).
Socrate_La_mort_de.jpgEnfin, la montée en puissance de la MORT. Présente de manière récurrente à la fin de chaque couplet, dans un refrain ironique et dérisoire à la fois, elle ne cesse de prendre une place de plus en plus importante : Souffrance (le besoin de morphine), agonie, guerre, maladie, décomposition, jusqu'à ce que la mort devienne "un état permanent". La fin est consommée, les cavaliers de l'Apocalypse sont sur Terre (Guerre, Mort, Famine et Maladie), il n'y a plus d'autre choix que d'attendre...

Attendre le prochain billet, qui vous parlera de la puissance stylistique de cette chanson, de ses diverses interprétations et de sa force symbolique... Ben oui, un peu de suspense ne nuit pas !

Vierge folle

Première chanson de l'album "Autorisation de délirer", voici "La vierge au dodge 51". Nombre d'interprétations ont été proposées pour cette chanson, dont l'hypothèse qu'elle relate une crise de manque. Je me rallie à cette idée pour les raisons suivantes :

D'abord, l'univers installé par Thiéfaine : collages absurdes de mots sans liens logique entre eux, situations tout aussi absurdes, détournement de locutions idiomatiques ("il pleut des chats et des chiens", anglicisme réutilisé directement). Par ces jeux d'association nonsensiques, Thiéfaine campe un monde ou le réel semble s'être inversé : Les vieillards sont censés aller à l'école, les clowns font grève, les tombolas font gagner des lavabos, les enfants se suicident. Inversion du réel qui aboutit à une vision de cauchemar dominée par le défilé des militaires. Voila donc campé un univers délirant, inversé, ou semble s'être installé une véritable dictature. Univers qui semble proche des visions à la fois politiques et hallucinées de films comme "Brazil" :61abf19bfdef87f3d0365111db4ad4d8.jpge6d405eec4b16707fc66906fac5ede8a.jpg
Il serait cependant très réducteur, d'assimiller cette chanson à une simple vision dénonciatrice d'une société totalitaire et dictatoriale. Très vite, on s'aperçoit que l'hallucination vient du héros lui-même, et c'est bien la deuxième raison qui m'incite à pencher pour l'hypothèse de la crise de manque.

En effet, que penser d'un personnage dont les sens sont décuplés et pervertis (Il voit au travers de l'écouteur du téléphone) ? Que penser d'un personnage qui se réveille "en morceaux" ? Que penser d'un personnage sujet à de véritables crises hallucinatoires ou la réalité se déforme ? Ainsi d'un couple faisant l'amour dans de la chouroute garnie, ou encore de lamelles de semelles se "déconnectant" pour sauter au visage des personnes... Visions hallucinées, perception déformée de la réalité, sensations de démembrement corporel, voila bien les symptômes, ou de la folie, ou de la crise de manque. D'autant plus, indice troublant, que la chanson débute par le fait que le marchand de "coco" (le dealer ?) n'est pas passé....

Si on veut poursuivre, le petit jeu des liens, ce texte peut être relié à de nombreuses références littéraires et picturales. La "vierge" d'abord. On peut certes penser à la marque de voitures Dodge, mais son emblème me semble être une tête de bélier. En fait, cette vierge droguée m'a fait penser à ceci :
"Vierge folle, l'époux infernal
Écoutons la confession d'un compagnon d'enfer :
"Ô divin Époux, mon Seigneur, ne refusez pas la confession de la plus triste de vos servantes. Je suis perdue. Je suis soûle. Je suis impure. Quelle vie !
Pardon, divin Seigneur, pardon ! Ah ! pardon ! Que de larmes ! Et que de larmes encor plus tard, j'espère !
Plus tard, je connaîtrai le divin Époux ! Je suis née soumise à Lui. L'autre peut me battre maintenant ! (...)
Je suis esclave de l'Époux infernal, celui qui a perdu les vierges folles. C'est bien ce démon-là. Ce n'est pas un spectre, ce n'est pas un fantôme. Mais moi qui ai perdu la sagesse, qui suis damnée et morte au monde, on ne me tuera pas ! Comment vous le décrire ! Je ne sais même plus parler. Je suis en deuil, je pleure, j'ai peur. Un peu de fraîcheur, Seigneur, si vous voulez, si vous voulez bien !"
A. Rimbaud, extraits de Une saison en enfer

Bien  sûr, cette correspondance doit être fortuite, mais il me semblait intéressant de la mettre ici. Ce passage de Rimbaud a souvent été interprété comme faisant allusion à Verlaine.
Ensuite, il me semble intéressant dans ce texte, de noter la force des images construites par associations d'idées sans lien logique entre elles de prime abord : casser des huîtres avec des démonte-pneus, offrir un casier judiciaire ou une maladie (le béribéri). De telles associations sont encore accentuées par des comparaisons proprement hallucinantes qui comptent à mon sens parmi les plus belles trouvailles de Thiéfaine : Avoir la splendeur d'un enterrement de première classe et être timide comme un enfant mort-né !
Résumons : Humour morbide et grinçant, collages langagiers façon "cadavres exquis", distorsion de la réalité sous l'effet du rêve et de la drogue, analyse personnelle. Voila bien des ingrédient proprement surréalistes ! Pour la bonne bouche, je vous ai mis un tableau de Dali qui évoque bien cette distorsion de la réalité. Et pour finir, je vais vous laisser avec un autre spécialiste de l'écriture sous influence, même s'il n'est pas du groupe surréaliste : Henri Michaux.

"On s'informe c'est important, un empereur auprès de moi s'informe. Il s'agit de savoir si l'on peut chasser la baleine à la main, ou si il faut un filet. Moi j'ai oublié. Répondez sur l'honneur. Répondez par pneumatique. Si vous ne savez pas, demandez à un orcal, ils le savent tous. Il y en a dans les 400 000 rien que dans le Pacifique, et envoyez pastilles "cri" et moustaches "cra" généalogie gergreil et 280 en cape.

Urgent, urgent à l'infini. Il est 4 h 28. Journée exaspérante, il rôde depuis la toute première minute de ce matin. Il faut à présent se décider. Dites, dois-je tuer le buffle ?"

Extraits de Lointain Intérieur. Ou comment soliloquer avec soi-même. A méditer ces jours prochains et jusqu'au prochain article.

25.02.2009

Plus on est de fous

Ce soir, dernier article consacré au premier album d'Hubert. Dernière chanson donc, et d'importance. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j'ai toujours considéré que Thiéfaine avait toujours mis un soin particulier pour ses dernières chansons d'album. Lentes le plus souvent, elles comportent des titres très graves, durs et mélancoliques, assez courts pour la plupart. "Vendôme gardenal snack", "Redescente climatisée", "Villes natales et frenchitude", "Angry man" se situent dans cette catégorie. A l'inverse, "les fastes" et "Exercice" émargent plutôt au rayon des titres fleuves, mais ils sont des exceptions.
Cette chanson se base donc sur le thème de la folie, avec un personnage central qui bientôt se dédouble : LE fou. De nombreuses interprétations ont été tentées de ce texte, voici mon ressenti perso :
Premier couplet : Un personnage solitaire et meurtri jusqu'à la mort. Il chante sans effet, comme pour prévenir le monde, ou encore pour se faire entendre. De quel fou s'agit-il ? Un fou de bassan, ou mieux encore un albatros, figure baudelairienne du poète solitaire et incompris ? Un génie solitaire, usé par le monde et ses turpitudes ? Un petit lien, pour faire le parallèle :
"Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie
Ma seule étoile est morte et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la mélancolie".
Gérard de Nerval, mort fou comme nombre d'artistes du XIXème. Il est vrai que la Syphilis y était aussi pour quelque chose. Cette première évocation du personnage du fou incompris est soutenue par de puissantes images, produites par des associations de mots ou d'idées très éloignées entre elles et produisant un effet visuel saisissant :
"Les yeux croisés sur son perchoir
Une vérité au bout des doigts
Une lampe entre les mâchoire"
Ce procédé d'images de type surréalistes, au visuel immédiat et frappant, va devenir typique de l'écriture de Thiéfaine. Nous n'en sommes qu'aux prémices.
Cependant, la première strophe ne peut sans doute pas se réduire à cette idée. Dans de nombreuses civilisations, les figures du fou et du sage ne sont pas dissociées. Les philosophes cyniques de l'antiquité grecque se faisaient une apparence de folie (Diogène vivant tel un chien) pour mieux atteindre à la bonne perception des choses et des êtres. Les "bouffons" royaux ou fous, sous leur apparence ridicule, étaient les seuls à même de dire au roi ce que tout le monde pensait sans oser en parler.
78222783916cd6c608208e4f0c643cc5.jpg Mais quelle est donc cette vérité que ce fou aurait ainsi tenue au bout des doigts ? A la fois fou et sage, l'allusion à Diogène le Cynique me semble assez transparente : Diogène aussi se promenait avec une lampe, proclamant inlassablement qu'il cherchait "un homme",en fait  l'être humain dans son entier.
c61a74cdbb9b0eacbb25d2e3c4bef04c.gifVoila donc le premier couplet qui se clôt sur une note bien noire. Le chercheur de vérité est mort, le fou qui disait la vérité est mort, qui donc va chercher de nouveau cette vérité ?
Deuxième couplet : Sans cesse renouvelée, voici de nouveau la quête des hommes qui cherchent. Un autre fou a pris la place (la place du mort, si on ose dire) et cherche à son tour. Son rôle a changé cependant : de philosophe en quête de vérité spirituelle, il est devenu une sorte de prophète, de Cassandre mettant en garde un monde qui ne l'écoute pas. Le danger vient-il d'Asie (peut-être une allusion à Mao) ou d'ailleurs (la "coca") ? Toujours est-il que ce deuxième couplet prend parfois un ton imprécatoire, prophétique et apocalyptique qui préfigure "Alligators 427" ( première occurrence du terme "alchimie"  notamment) . Une fois encore cependant, rêveurs, chercheurs, prophètes, sages et fous, tous sombrent dans le néant, à mesure que s'effondre le "socle de rêves" qui les soutenait.
Conclusion radicale et pessimiste, redescente très brutale après les sommets de l'album, voila qui ne laisse pas augurer d'une oeuvre de joie et d'espoir !
Le prochain album nous en dira plus, critique prévue dans quelques jours pour une "autorisation de délirer".

Ascenseur pour le gibet

Pour présenter cette chanson, à mon sens une des meileures de l'album, je ne vais pas faire beaucoup de glose. Je vois cette chanson comme un vrai travail d'écriture surréaliste, au sens littéraire du terme :  métaphores récurrentes (le train), détournement des locutions du langage courant, présence permanente de l'absurde, rejet des représentants de l'autorité. Ce travail est renforcé par le recours aux chiffres, qui est déja une caractéristique de Thiéfaine, et dont je parlerai bientôt.
Aujourd'hui, je voudrais plutôt faire le jeu de quelques correspondances littéraires et artistiques : "les quais seront encombrés de pendus/laissant claquer leurs mâchoires dans le vent". Lisez plutôt le texte suivant :

1643ab943912f828f38a049b08e7ab1b.jpgLe bal des pendus
Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.
Messire Belzébuth tire par la cravate
Ses petits pantins noirs grimaçant sur le ciel,
Et, leur claquant au front un revers de savate,
Les fait danser, danser aux sons d'un vieux Noël !
Et les pantins choqués enlacent leurs bras grêles:
Comme des orgues noirs, les poitrines à jour
Que serraient autrefois les gentes damoiselles,
Se heurtent longuement dans un hideux amour.
Hurrah! les gais danseurs, qui n'avez plus de panse !
On peut cabrioler, les tréteaux sont si longs !
Hop! qu'on ne sache plus si c'est bataille ou danse !
Belzébuth enragé racle ses violons !

Arthur Rimbaud, 1870, extrait

Comme une petite correspondance... Il faut dire que la "danse macabre", apparue au XIVème siècle avec les épidémies de peste, était très à la mode  à la fin du XIXème.
"La Danse macabre est un élément, le plus achevé, de l'art macabre du Moyen Âge, du XIVe au XVIe siècle. Elle représente, dans la littérature, la peinture ou la sculpture, l'entraînement inexorable de tous les humains, quelle que soit leur position sociale, dans un cortège solidaire vers un destin commun. On y voit à la suite un pape, un évêque, un moine, un empereur, un roi, un seigneur, un soldat, un bourgeois..." Source : Wikipédia.

Pour terminer, une petite illustration :9ed53457cb213fca955e9f0549e49613.jpg

 

 

 

 

 

"Moi je vous dis bravo, et vive la mort !"