17.08.2009

Ils sont votre épouvante...

Ce petit billet rapide, c'est juste pour rendre hommage à une grande figure du polar qui vient de disparaître : Thierry Jonquet.

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Avec son écriture clinique et engagée, parfois jusqu'à l'excès, cet ancien gauchiste savait rendre la déshérence des ex "banlieues rouges", la misère quotidienne du genre humain, mais aussi sa grandeur... parfois.
Si vous ne connaissez pas, je vous conseille Mon vieux, Mygale ou encore La bête et la belle. Un de ses romans, les orpailleurs, a servi de trame à la série boulevard du palais. Et il se dit que Almodovar va adapter Mygale.

Il continuera à vivre, car "rouge c'est la vie" !

25.02.2009

Triste bohème...

Fox is back, pour la présentation du morceau suivant : La dèche, le twist et le reste. Morceau charnière dans l'album, car morceau en déséquilibre permanent, sans cesse au bord de la chute.
La chute et la "déchéance" sont bien au coeur de ce texte. Sur une musique très classique ou s'égrènent des notes pianotées, le décor est tout de suite posé : misère, saleté, alcoolisme, malnutrition. Ce qui frappe d'emblée, c'est le procédé d'accumulation utilisé en permanence : les champs lexicaux de la misère, de la saleté, du désespoir sont utilisés en permanence. Les mots (adjectifs qualificatifs notamment) ne cessent d'affluer pour enfoncer un peu plus les personnages : "bidon, lamentable, invendable" et encore "haillons, naufrage". Déchéance financière, morale et physique qui semble ne pas avoir de fin. Chaque couplet semble construit pour nous pousser un peu plus dans une ambiance glauque et oppressante à souhait : misère et alcoolisme dans le premier, famine et prostitution dans le second, drogue dans le troisième. Ce texte se clôt sur une vision extrêmement pessimiste puisque même la séparation du couple semble improbable.
De par les thèmes abordés, ce texte se relie à de nombreux précédents qui traitent de la misère des artistes. Aznavour et Brassens entre autres, ont chanté le vie d'artiste bohème et sans le sou. Leurs chansons sont néanmoins teintées, au delà de la difficulté de la vie, d'un optimisme bien présent. Aznavour est nostalgique de sa "bohème", Brassens est sauvé par les amis ("la Jeanne", "l'auvergnat") ou par l'amour ("J'ai rendez-vous avec vous"). Point de tout cela chez Thiéfaine, c'est un pessimisme radical qui se traduit par deux conséquences : la chute physique (malnutrition) et surtout morale : prostitution, alcoolisme et drogue. A ce titre, Thiéfaine est plus proche ici, d'une description brute de la misère, que d'un idéal romantique et presque idéalisé de l'artiste "maudit". Par comparaison, lisons ce qu'en écrit Rimbaud :
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot soudain devenait idéal;
J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal;
Oh! là là! que d'amours splendides j'ai rêvées!

Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur!

Plaisir des sens, béatitude et bonheur de la liberté et du voyage.  Voila à quoi rêvent tous les jeunes poètes. Mais la réalité est plus cruelle et même l'amour, y compris physique, ne parvient plus à réunir les amants. A ce titre, cette chanson peut être considérée comme un "anti Lorelei" et un "anti je t'en remets au vent". Ici, pas de séparation à l'amiable qui sauverait au moins quelques sentiments. Pas non plus, de désirs et de jouissance qui permettrait aux amants d'oublier quelque peu le désespoir quotidien. Entre une "môme kaléidoscope" qui n'a même pas la joie mener la grande vie et un "désespoir de la chanson française", la chanson dresse un constat totalement pessimiste et noir, sans autre issue possible qu'une improbable séparation. Dans ce déluge de tristesse, on ne peut que penser à certains portraits de Modigliani, quand il se représente miséreux et malade.

1268c4c9c0d0588e6be1ab90c682b08a.gifL'infinie tristesse de ces visages me semble une bonne illustration de ce texte...

Heureusement que le prochain morceau de l'album, va redonner du peps à l'ensemble !

Pour finir, un lien bien sympa sur un blog ou une fructueuse comparaison Thiéfaine-Bashung est développée. Instructif, intelligent et passionnant !

http://fatrazie.centerblog.net/217651-Bashung--Thiefaine--meme-combat

Le vent l'emportera...

Troisième chanson de l'album, "Je t'en remets au vent" en est devenue l'un des classiques. Thiéfaine lui-même a savamment entretenu le mystère en la présentant comme une chanson de jeunesse, écrite alors qu'il avait... quinze, seize, dix-huit ans, les âges varient en fonction des interviews ! La chanson en elle-même est assez classique, de tonalité très folk : accords de ré, la et si mineur, harmonica et doux arpèges de guitare qui contribuent à donner une tonalité très mélancolique à l'ensemble. Douceur et mélancolie nimbent ce texte déjà bien écrit et qui préfigure l'un des thèmes chers à Thiéfaine, celui de la nostalgie et des regrets. Regrets du temps qui passe, de la vie et de l'amour gâchés, sentiment du poète de son incapacité à vivre pleinement et à profiter des choses de la vie : "A mettre sa vie en musique/On en oublie parfois de vivre". Thiéfaine, de cet instant, ne cessera de s'interroger sur son droit au bonheur et la "tentation" qui l'accompagne. Voila bien une chanson qui, dans la musique comme dans le texte, aurait eu sa place dans le dyptique des "bonheurs".
Pour finir, une petite correspondance musicale et littéraire. On sait Thiéfaine, grand fan de Bob Dylan, dont il repris notamment "Mr Tambourine man". On peut relier "Je t'en remets au vent" à une autre célèbre chanson de rupture : "Don't think twice, it's all right" du même Dylan. Cette chanson a d'ailleurs été aussi reprise par Thiéfaine, en duo avec Capdevielle. Une différence cependant : Autant la chanson de Thiéfaine est douce et aimante, autant celle de Dylan est ironique et sardonique. Ecrite en pensant à l'une de ses "ex", elle a vocation à faire mal. On dit même que l'ex en question pleura en l'écoutant pour la première fois interprétée par Joan Baez (il est vrai alors, l'officielle du moment pour Dylan !). Il est intéressant de noter que les reprises qui ont été faites de cette chanson, ont souvent gommé son aspect sardonique et grinçant (je pense notamment à celle de Vonda Sheppard, pourtant magnifique).
685aefc1ac89cfcb8d8ac153e3ecd0f2.jpgVoila, c'est tout pour ce soir. Et n'oubliez pas, la réponse ...
"The answer my friend, is blowin' in the wind"
Comme quoi, on revient toujours à Dylan !

Ascenseur pour le gibet

Pour présenter cette chanson, à mon sens une des meileures de l'album, je ne vais pas faire beaucoup de glose. Je vois cette chanson comme un vrai travail d'écriture surréaliste, au sens littéraire du terme :  métaphores récurrentes (le train), détournement des locutions du langage courant, présence permanente de l'absurde, rejet des représentants de l'autorité. Ce travail est renforcé par le recours aux chiffres, qui est déja une caractéristique de Thiéfaine, et dont je parlerai bientôt.
Aujourd'hui, je voudrais plutôt faire le jeu de quelques correspondances littéraires et artistiques : "les quais seront encombrés de pendus/laissant claquer leurs mâchoires dans le vent". Lisez plutôt le texte suivant :

1643ab943912f828f38a049b08e7ab1b.jpgLe bal des pendus
Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.
Messire Belzébuth tire par la cravate
Ses petits pantins noirs grimaçant sur le ciel,
Et, leur claquant au front un revers de savate,
Les fait danser, danser aux sons d'un vieux Noël !
Et les pantins choqués enlacent leurs bras grêles:
Comme des orgues noirs, les poitrines à jour
Que serraient autrefois les gentes damoiselles,
Se heurtent longuement dans un hideux amour.
Hurrah! les gais danseurs, qui n'avez plus de panse !
On peut cabrioler, les tréteaux sont si longs !
Hop! qu'on ne sache plus si c'est bataille ou danse !
Belzébuth enragé racle ses violons !

Arthur Rimbaud, 1870, extrait

Comme une petite correspondance... Il faut dire que la "danse macabre", apparue au XIVème siècle avec les épidémies de peste, était très à la mode  à la fin du XIXème.
"La Danse macabre est un élément, le plus achevé, de l'art macabre du Moyen Âge, du XIVe au XVIe siècle. Elle représente, dans la littérature, la peinture ou la sculpture, l'entraînement inexorable de tous les humains, quelle que soit leur position sociale, dans un cortège solidaire vers un destin commun. On y voit à la suite un pape, un évêque, un moine, un empereur, un roi, un seigneur, un soldat, un bourgeois..." Source : Wikipédia.

Pour terminer, une petite illustration :9ed53457cb213fca955e9f0549e49613.jpg

 

 

 

 

 

"Moi je vous dis bravo, et vive la mort !"