15.03.2009
Quand il est mort le poète...
Tous ses amis pleuraient, dit la chanson...
Ce soir, nous sommes nombreux à pleurer celui qui était sans conteste, la plus grande figure actuelle de la chanson française. Une oeuvre exigeante et ouverte, hermétique et populaire, pessimiste et humaniste. Un très grand musicien, un interprète hors norme. Une présence extraordinaire, toute de bienveillance et d'intensité...
Alain Bashung est mort, il était un magicien, un sorcier vaudou, un alchimiste de la musique et du verbe. Il nous quitte sur un dernier album magnifique et des concerts incandescents. Il nous laisse ses chansons à écouter...

"Un jour je parlerai moins
Jusqu'au jour ou je ne parlerai plus "
18:17 Publié dans Vive la mort | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : chanson française, amis d'hubert
01.03.2009
Il voyage en solitaire
Suite à un commentaire de Tommie, ce texte magnifique de Gérard Manset, extrait du non moins magnifique album "royaume de Siam" :
La neige est blanche
A force de se regarder,
Ne pas comprendre, ne pas s'aimer,
Vraiment, le temps nous est compté,
Vraiment, le temps nous est compté.
Alors, puisque le mal est fait
Que le trou grandit, le lit défait,
Chacun se regarde, chacun se tait,
Chacun se regarde, chacun se tait.
C'est un homme dont le corps se penche.
Comme un arbre mort, il tend les branches
Mais le froid est là, la neige est blanche,
Mais le froid est là, la neige est blanche,
La neige est blanche.
Il s'en va demain, continue sa route.
Tout le long de son chemin, chaque pas lui coûte
Pour se détacher de toi, coûte que coûte,
Pour se détacher de toi, coûte que coûte.
Toi qui t'en va pour ce pays là
Où tu dis que les gens sont beaux,
Que veux-tu de plus que tu n'aie pas,
Que veux-tu de plus que tu n'aie pas ?
Pas forcément besoin de commentaires... Manset est autant une légende qu'un musicien, il est autant une vie qu'une oeuvre, il est indispensable même s'il est irritant, il est une idée de la vie. Sans concession. A vrai dire, j'apprécie presque davantage l'homme, en tout cas ce qu'il représente, que l'oeuvre. Et c'est ainsi que Manset est grand...
15:23 Publié dans L'écriture est en transe | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : thiéfaine, chanson française, musique, amis d'hubert
Christophe
Après Paul Personne, hommage à un autre frère de broie-du-noir : Christophe. L'ex-idole des sixties qui produisait de petites ritournelles avait déjà cette sombre mélancolie qui perçait dans ses textes (cf. "les marionettes"). Au fil du temps, il a évolué pour produire des albums fiévreux, hermétiques, bruitistes, sophistiqués, bref plus qu'intéressants.
Personnage mystérieux dont on dit qu'il vit dans un grand appartement entièrement vide, CHristophe navigue entre pop, techno et musique expérimentale. Maître ès spleen, chevauchant des néants cafardeux derrière des néons et des sunlights illusoires, il produit des oeuvres qui flaissent souvent circonspect, en lisière du sublime et du grotesque. Mais si le fil est ténu, Christophe s'y tient et sait ne jamais y tomber. Voici un extrait de l'album "comme si la terre penchait". Coïncidence : L'arrangeur en est Philippe Paradis (cf. l'album "Scandale mélancolique"). Thiéfaine rend d'ailleurs hommage à Christophe dans les remerciements de son précédent album, "Défloration 13".
Qui se ressemble...
L’ENFER COMMENCE AVEC L
Sous les arcades de ses yeux
Il y a eu tant d’amoureux
Tant de passants provisoires
Et puis soudain
De mon cœur à son cœur
Comme l’écho
D’un amour qui me laisse sans voix
Toujours dans mon ombre
La nuit soupire
Me dévisage
Sans rendez-vous
Là d’un seul coup
Elle boit le bleu de mes rêves
J’attends son heure
Quand le soir ouvre le bal
Je me pique à son étoile
L’enfer commence avec L
Sous les arcades de ses yeux
J’envisage mes nouveaux cernes
Cocktail de pâleur, bloody mortel
Mon mauvais ange
Se change pour me plaire
En belle de nuit
Et son souffle sur mes lèvres
Joue avec le feu sans éteindre
Ma vie
Sans rendez-vous
Là d’un seul coup
Elle boit le bleu de mes rêves
Puis m’abandonne
Quand le jour ferme le bal
Son éternité me tue
L’enfer commence avec L
Aucun miroir
Ne peut la voir
L’enlacer pour mieux me glacer
Je sens sa fièvre
Comment garder mon sang-froid
15:19 Publié dans L'écriture est en transe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chanson française, thiéfaine, musique, amis d'hubert
25.02.2009
Une fille qui nous veut du bien...
Au programme ce soir, une fille pour laquelle j'ai une tendresse bien particulière... La fille du coupeur de joint, bien sûr !
Que dire de cette chanson, qui n'ait déjà été dit et redit ? Elle est de ces chansons qui dépassent leur auteur pour devenir des hymnes universels. A l'heure actuelle, combien d'ados fêtards ont fumé leur premier buzz en délirant sur cette chanson ? Combien de personnes savent qui a écrit ce texte ? Je l'affirme bien haut, cette chanson appartient au patrimoine français !
Analysons un peu et tentons de comprendre le phénomène. Sur une succession d'accords simples et de bon goût aux tonalités folks (Mi mineur, ré, do, sol, la mineur), un texte se met en place. Il emprunte à la chanson traditionnelle aussi bien qu'aux comptines enfantines : Rimes plates (parfois de simples assonances), répétition d'un même motif, couplets simples et sans refrain, pont musical entre chaque couplet. Cette structure est celle des chansons françaises traditionnelles, rondes et gigues notamment. Un exemple : "Le fermier dans son pré", avec son thème qui revient comme un leitmotiv ou encore "les prisons de Nantes". Dans tous les cas, le structure répétitive s'accompagne d'un progression dans l'action vers un véritable "climax" : évasion du prisonnier, "battue" du fromage, tout événement qui clôt la narration. On retrouve cette construction narrative dans des histoires de jeunesse comme "Roule galette", "la petite poule rousse", "Pousse poussin" ou encore "Boucle d'or et les 3 ours". Thiéfaine s'inscrit ici clairement dans cette tradition française, des chants et des histoires populaires. Son texte mélange d'ailleurs de façon plus ou moins consciente, des extraits de chants précédents. Démonstration :
"Elle descend de la montagne à cheval
Elle descend de la montagne à cheval
Elle descend de la montagne
Elle descend de la montagne
Elle descend de la montagne à cheval"
Hugues Aufray, dans une traduction d'un traditionnel américain. Ou encore cette comptine :
"Sur mon chemin j'ai rencontré
La fille du coupeur de paille
Sur mon chemin j'ai rencontré
La fille du coupeur de blé
Oui ! Oui ! J'ai rencontré
La fille du coupeur de paille
Oui ! Oui ! J'ai rencontré
La fille du coupeur de blé."
Cette structure simple et répétitive, très "chant traditionnel", a encore été renforcée par les fans d'Hubert eux-mêmes. Ils ont en effet rajouté, sur le modèle des "digue-dondaine" ou autre "tradéridéra", un "o-ooo-oh-o-o-o" qui ponctue de la même façon, les transitions entre chaque couplet. Alors bien sûr, la substance invoquée ici est fortement illicite... Mais ce qui compte dans cette chanson, davantage que son texte, c'est son esprit ! Pour moi, c'est d'abord la première chanson de Thiéfaine que j'ai entendue, beuglée par des copains de lycée. Elle fleure bon l'insouciance, les joints du mercredi après-midi, les escapades nocturnes et clandestines vers le dortoir des filles. Elle respire les premiers émois d'ados, les campus en fleur (et les filles en fleur aussi), l'escapade hors de la réalité, les conneries entre potes. Elle a un doux parfum de nostalgeo, et elle est en même temps vivante et encore bien présente. Car cette fille-là a beau être une fille facile, elle ne donne qu'aux coeurs purs, aux pauvres hères, aux âmes simples et bonnes. Cette chanson, pour moi, et même si son thème reste la drogue, est un hymne à la jeunesse et à l'insouciance. Elle accompagne une vie, elle permet de faire le deuil d'une adolescence révolue, et d'y rester un tout petit peu...
Juste un tout petit peu, pour ne pas oublier le goût amer de la première bière au soleil avec les potes, et le goût sucré des premières lèvres féminines effleurées en rougissant, et la parfum qui flottait du corsage, et ce petit bout de chair entrevu. Un petit goût de fraîcheur et de première fois. Comme toutes les premières fois, si maladroites et si fortes en même temps...
Pour finir, un cadeau : Voici un authentique coupeur... de paille (ben oui, on fait ce qu'on peut !).

22:38 Publié dans Solexine et ganja | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : chanson française, drogue, sexe
Triste bohème...
Mon paletot soudain devenait idéal;
J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal;
Oh! là là! que d'amours splendides j'ai rêvées!
Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur!
Plaisir des sens, béatitude et bonheur de la liberté et du voyage. Voila à quoi rêvent tous les jeunes poètes. Mais la réalité est plus cruelle et même l'amour, y compris physique, ne parvient plus à réunir les amants. A ce titre, cette chanson peut être considérée comme un "anti Lorelei" et un "anti je t'en remets au vent". Ici, pas de séparation à l'amiable qui sauverait au moins quelques sentiments. Pas non plus, de désirs et de jouissance qui permettrait aux amants d'oublier quelque peu le désespoir quotidien. Entre une "môme kaléidoscope" qui n'a même pas la joie mener la grande vie et un "désespoir de la chanson française", la chanson dresse un constat totalement pessimiste et noir, sans autre issue possible qu'une improbable séparation. Dans ce déluge de tristesse, on ne peut que penser à certains portraits de Modigliani, quand il se représente miséreux et malade.
L'infinie tristesse de ces visages me semble une bonne illustration de ce texte...
Heureusement que le prochain morceau de l'album, va redonner du peps à l'ensemble !
http://fatrazie.centerblog.net/217651-Bashung--Thiefaine--meme-combat
22:37 Publié dans Nous sommes tous un peu trop fragiles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, chanson française, drogue
Je suis un pauvre fossoyeur
- Premier monologue. Très surjoué, il campe un personnage de croque-mort alcoolique, vicieux et vénal. "Consolant" les veuves à sa façon, cynique à souhait, profiteur du malheur des autres, le personnage de Borniol est un archétype, celui d'une véritable "mouche à formol". La montée du son, la voix hésitante, tout concourt à poser un personnage répugnant, visqueux et qui ne peut être sympathique à aucun égard. On pense à un personnage de film noir ou de films de la "Hammer", ou encore à un "Freak" aussi hideux au moral qu'au physique.
- Changement de décor à la partie chantée : un son très rock, un peu saturé, qui contraste avec le début de l'album. Une puissante montée d'accords, un petit solo, voila déjà une attaque musicale un peu plus dynamique ! Et puis, Borniol rêve... Un rêve de gloire et de richesse, ou la métaphore du "supermarché" et de la grande distribution est introduite. La voix suit le mouvement, forte, chaude et presque caressante par moments...
- Et le climax cesse tout aussitôt ! Revoici le pauvre alcoolo poisseux, véreux et glauque du début. La mort elle-même revient en soldes.
Quelle portée pour cette chanson ? Un exorcisme pour contrer la peur de la mort ? Une grosse blague potache ? Peut-être les deux à la fois. Borniol y est grandiose et ridicule, rejoignant sans cesse le "sublime et le grotesque" chers à Victor Hugo. Figure archétypale, il représente aussi une dénonciation de l'exploitation de la douleur humaine. La maison "Henri de Borniol" était une grande entreprise de pompes funèbres, mais d'autres entreprises ont depuis, montré qu'il était possible de gérer la mort de façon à en tirer des profits à grande échelle.Quoi qu'il en soit, la mort est une nouvelle fois présente dans l'album, et ce ne sera pas la dernière. Et puis, la "veuve du fossoyeur" attend son tour pour le troisième album. Les thèmes mortuaires et morbides n'en sont qu'à leurs débuts dans l'écriture de Thiéfaine.
Je ne souhait' jamais la mort des gens
Mais si l'on ne mourait plus
J'crèv'rais de faim sur mon talus
J'suis un pauvre fossoyeur
Les vivants croient qu'je n'ai pas d'remords
A gagner mon pain sur l'dos des morts
Mais ça m'tracasse et d'ailleurs
J'les enterre à contrecœur
J'suis un pauvre fossoyeur "
Ceci est donc un appel au peuple thiéfainien, pour que cessent ces brailleries et beuglements divers qui ponctuent les concerts :
22:27 Publié dans Vive la mort | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : chanson française, mort