25.02.2009
Descente non climatisée
Poursuite de l'analyse des chansons du premier album, avec cette "première descente aux enfers".
Dans la littérature, le thème de la descente aux enfers est abondant : Platon, Dante, Homère, Virgile, Molière l'ont abordé et ce motif a acquis une véritable dimension mythique.
Chez les grecs, les enfers sont le domaine des morts : "Les" enfers, car ce lieu accueille indifféremment les bons et les méchants, quoique en des lieux fort différents. Aux Champs Elysées se reposent ceux qui ont été justes et bons, au Tartare se trouvent les grands criminels qui ont osé braver les dieux : Tantale, Sysiphe, les Danaïdes entre autres. Sur ces lieux règne Hadès (Pluton), dieu des enfers et frère de Zeus. En ces enfers descendent des héros, le plus souvent investis d'une mission : Héraklès (Hercule) pour y capturer Cerbère,
Orphée pour y retrouver Eurydice... Hubert en reparlera plus tard, bien sûr !
Chez les grecs, les enfers sont le domaine des morts : "Les" enfers, car ce lieu accueille indifféremment les bons et les méchants, quoique en des lieux fort différents. Aux Champs Elysées se reposent ceux qui ont été justes et bons, au Tartare se trouvent les grands criminels qui ont osé braver les dieux : Tantale, Sysiphe, les Danaïdes entre autres. Sur ces lieux règne Hadès (Pluton), dieu des enfers et frère de Zeus. En ces enfers descendent des héros, le plus souvent investis d'une mission : Héraklès (Hercule) pour y capturer Cerbère,
Orphée pour y retrouver Eurydice... Hubert en reparlera plus tard, bien sûr !L'Enfer chrétien est différent, quoiqu'il s'y mêle des réminiscences gréco-romaines. Situé lui aussi sous Terre, il est le domaine du Démon, de Lucifer l'ange déchu et précipité du haut du ciel... Justement pour avoir voulu défier Dieu !
Comme quoi, les thèmes se recoupent. Cependant et à l'inverse des Enfers grecs, l'Enfer chrétien est le domaine exclusif des méchants, notamment de ceux qui ont commis un des sept péchés capitaux (Paresse, Orgueil, Gourmandise, Luxure, Avarice, Colère et Envie). Au jour du Jugement Dernier, les hommes seront définitivement partagés entre les bienheureux et ceux qui seront voués à l'éternelle souffrance. Au milieu du Moyen-Age, on "inventera" le Purgatoire pour adoucir un peu le système. Les peuples trouvaient quand même que tout cela manquait un peu de nuance ;-))
Comme quoi, les thèmes se recoupent. Cependant et à l'inverse des Enfers grecs, l'Enfer chrétien est le domaine exclusif des méchants, notamment de ceux qui ont commis un des sept péchés capitaux (Paresse, Orgueil, Gourmandise, Luxure, Avarice, Colère et Envie). Au jour du Jugement Dernier, les hommes seront définitivement partagés entre les bienheureux et ceux qui seront voués à l'éternelle souffrance. Au milieu du Moyen-Age, on "inventera" le Purgatoire pour adoucir un peu le système. Les peuples trouvaient quand même que tout cela manquait un peu de nuance ;-))La descente aux Enfers a deux significations métaphoriques :
- Dans un premier cas, celui ou celle qui a pêché est condamné sans espoir de retour. Cette "descente" personnelle est donc assimilable à une déchéance : Le roi Tantale souffrant éternellement de la faim et de la soif, Don Juan précipité aux Enfers pour avoir séduit trop de femmes, rompu ses promesses et surtout renié Dieu, Lucifer précipité du haut du ciel. Dans tous les cas, le motif est le même : Avoir voulu défier Dieu ou les dieux, avoir voulu acquérir un savoir auquel on n'a pas droit. Cette descente condamne les mauvaises actions bien sûr, mais elle condamne surtout l'orgueil et l'ambition mal placés. Ce châtiment est sans retour ni pitié, il n'offre aucune chance !
- Dans un second cas, la descente aux Enfers est une étape douloureuse certes, mais surtout nécessaire et rédemptrice. Héraklès exécute le dernier de ses travaux pour se libérer, Odin souffre pour acquérir son savoir, Jésus descend aux Enfers pour mieux ressusciter et monter aux Cieux. De la même façon, tout un chacun peut connaître une descente aux Enfers qui le rendra plus fort... A condition de réussir son retour ! Pour ne pas avoir réussi, Orphée finit tué, autant de son propre désespoir que d'être assassiné.
L'ensemble de la chanson de Thiéfaine est construit selon un principe réthorique permanent, celui du détournement. Observons bien le texte :
L'ensemble de la chanson de Thiéfaine est construit selon un principe réthorique permanent, celui du détournement. Observons bien le texte :
Le titre, qui détourne une performance sportive. Ce qui se fait par la face nord (ou sud, ou autre !), c'est une ascension, celle d'une montagne. En réussir la "première" est un gage de gloire pour un alpiniste !
"La victoire en chantant...", premiers vers du "chant du départ", morceau révolutionnaire et militariste, hymne au combat s'il en est, aussitôt détourné, désamorcé et ridiculisé par les vers qui suivent. De même, la fin du morceau détourne et transforme une comptine enfantine bien connue.
Enfin, le passage aux Enfers est l'occasion de transformer le partage du vin ("le sang du Christ") en un rite satanique mais aussi païen : boire dans des crânes se faisait au Valhalla, paradis des guerriers morts dans les mythologies nordiques. Tout cela en passant par "l'entrée des novices" ("l'entrée de service ?"), ce qui sous-entend que notre héros n'a pas dû croiser Cerbère ni traverser le Styx !
Détourner oui, mais pourquoi ? D'abord, il est possible (mais pas certain, bien sûr !) de voir dans cette chanson, une métaphore du parcours de Thiéfaine : Arrivé sans un sou à Paris, galérant pendant des années, parfois sans domicile fixe, gravement malades à une période, il voit enfin une "sortie" (toute relative bien sûr) à cette descente aux Enfers personnelle. C'est bien le moment alors, avec cette chanson, de faire le point et surtout de renvoyer dans les limbes toutes les autorités qui ont pu gâcher la vie du jeune Hubert-Félix : Politiqui, économiqui, sociologui (amusant pour un ancien étudiant !), fliqui, et surtout, surtout, la religion et l'armée, le "sabre et le goupillon".
Dans le texte, c'est la religion qui récolte la palme du ridicule et du dérisoire : Détournement de rituel, transformation de Dieu en un Fox-terrier, voila les "marchands de bonheur" (piétinés et renvoyés au néant. Je pense que cette dernière expression peut englober les religions, mais aussi les sectes. Thiéfaine parlera de Moon dans l'album suivant...
Dans le texte, c'est la religion qui récolte la palme du ridicule et du dérisoire : Détournement de rituel, transformation de Dieu en un Fox-terrier, voila les "marchands de bonheur" (piétinés et renvoyés au néant. Je pense que cette dernière expression peut englober les religions, mais aussi les sectes. Thiéfaine parlera de Moon dans l'album suivant...
Si les religieux sont ridiculisés, les militaires sont attaqués très violemment. Derrière les chants de victoire,voici la réalité : bourrage de crâne (dans les livres d'histoire), massacres, perte de l'innocence enfantine (cf la "souris verte"). Les militaires sont dangereux, ils poussent à la guerre et à la dictature. Pour cette raison, le rire est quelque peu figé et la charge est particulièrement violente !

Pour conclure, et même si elle met en scène un parcours personnel, je considère cette chanson comme un texte d'un pessimisme radical. Liberté certes, mais bornée et sans cesse murée : Proclamant la nécessité de (se) "mettre en danger", le texte n'est débute pas moins par une mort symbolique. Celle du héros ou celle des "pères fouettards" ? Les deux à la fois sans doute, et c'est nécessaire pour mieux renaître et repartir.
Mais ou mène cette résurrection : Au paradis ?
Non, au garde-à-vous. Difficile d'y voir un message d'espoir !
Mais ou mène cette résurrection : Au paradis ?
Non, au garde-à-vous. Difficile d'y voir un message d'espoir !
PS : Suite à quelques discussions, je tiens à préciser que ce blog n'est EN AUCUN CAS une somme d'explications définitives et incontestables des textes de Thiéfaine. Il s'agit seulement de ressentis et de correspondances établis librement et de façon très personnelle en lien avec mes lectures, mes expériences et ma sensibilité. Rien d'autre.
22:35 Publié dans Exigeons l'immortalité ! | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : religion, dieu, armée