01.10.2009
Des bleus à l'âme
Attention, grand classique ! Chef-d'oeuvre, monument, pierre angulaire. Bref, après "je t'en remets au vent", "la fille du coupeur de joints" et "alligators 427", voici un nouveau col hors catégorie dans l'oeuvre de Thiéfaine. Je ne connais pas de fan de Thiéfaine qui ne cite cette chanson parmi -au moins- ses dix préférées. Alors, penchons-nous un peu sur ce morceau si singulier...
A première vue pourtant, rien de si exceptionnel. De doux arpèges de guitare, de jolis accords, bref une musique qui fleure bon les ballades typiques des années 80. La voix chaude et mélancolique de Thiéfaine ajoute à cette impression. Pour qui écouterait distraitement la chanson, on pourrait croire à une douce et tendre déclaration d'amour, à un de ces slows sirupeux qui abondaient à l'époque.
Une grande partie de l'effet de cette chanson vient donc du contraste entre la douceur de la musique et la cruauté des paroles. Cruauté ? Oui, même si elle n'apparaît pas forcément à première vue. Si nous écoutons très distraitement, c'est d'abord une belle chanson d'amour que nous entendons. Deux tourtereaux seuls au monde, ignorés des dieux et des hommes, qui s'épaulent mutuellement, "s'offrent" et profitent de cet instant de bonheur à deux.
Regardons maintenant le lexique utilisé : la souffrance physique et morale ("pauvre", "arrachée", "t'as mal"), la mélancolie ("il pleut", "mélanco"), la déchéance ("tu zones") et la peur ("SOS", "t'as peur") dressent le portrait d'une jeune fille paumée, désemparée, totalement abandonnée et livrée à elle-même. Jusqu'à la mort ("t'en crèves").
Pour arriver à ce contraste, Thiéfaine utilise ici un jeu subtil de maillage lexical. Pris isolément, mots et phrases ne font pas état d'un terrible situation. C'est la fréquence des mots liés à la souffrance qui nous fait prendre conscience de cette dernière. Ainsi, la peur et l'inquiétude n'arrivent pas immédiatement, elles se font jour à mesure que nous prenons conscience de la fréquence des mots liés à la souffrance et par la-même de la toile d'araignée que l'artiste a tissée.
Le carcan des mots est renforcé par un deuxième effet, celui du contraste de sens dans une même phrase. Chaque espoir, chaque lueur, chaque point positif est aussitôt anéanti au vers suivant ("Tu veux jouer/mais t'en crèves"), voire au mot d'après ("Tu m'offres/tes carences").
Ces deux techniques conjuguées permettent à Thiéfaine de déstabiliser son auditeur comme sans doute jamais auparavant. On comprend que ces deux êtres qui pourraient s'aimer et se secourir mutuellement, ne se rejoignent en fait que dans la souffrance. Souffrance physique certes, mais surtout morale. Au reste, les ressentis physiques des deux personnages se rejoignent dans un troublant parallèle ("t'as mal aux oneilles/j'ai mal aux globules") qui met autant en valeur l'absurdité physique de ces souffrances (les organes cités sont bien étranges !) que les similitudes de situation entre les deux personnages.
Souffrance donc, mais laquelle ? Plusieurs interprétations sont possibles, mais celle qui me convient le mieux est celle d'un "trip" lié à la drogue. D'abord parce que les allusions y sont nombreuses, de la poudre ("cartouches") au "shoot" en passant par le sang ("globules") et le vocabulaire de la "transe". Ensuite, parce que la construction du texte s'y prête : après le "soleil" (le flash) suit la dégringolade au fond d'un "précipice", comme "arrachée du soleil" et la lente redescente. Et ce "réveil" qui est comme une mort après l'état euphorique qui suit la prise du produit. Alors se retrouvent seuls, abandonnés de tout et même des dieux, ces amants magnifiques et morbides...
Ce texte, l'un des plus noirs à mon sens de Thiéfaine, m'a donné envie de faire un petit lien avec le couple d'amant maudit sans doute le plus célèbre de la littérature.

"Ô Roméo! Roméo! pourquoi es-tu Roméo? Renie ton père et abdique ton nom; ou, si tu ne le veux pas, jure de m'aimer, et je ne serai plus une Capulet"
Après les amants dérisoires enfermés dans les cabinets, voici les amants transitoires prisonniers de leur dépendance...
Amants que seuls la mort semble pouvoir réunir, même si le fond de l'album n'est pas encore touché.
Ce sera pour le prochain morceau... A bientôt !
22:31 Publié dans Nous sommes tous un peu trop fragiles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : mort, drogue, amour
16.08.2009
Miroir, mon beau miroir
La descente aux enfers inaugurée par l'insomnie de la première chanson, se poursuit avec cette variation moderne sur le thème de Narcisse. Rappelons d'abord brièvement les grands aspects de ce thème mythologique :
Narcisse est un homme d'une beauté exceptionnelle. Un jour qu'il s'abreuve à une source, il voit son reflet dans l'eau et en tombe amoureux. Il y reste alors de longs jours à se contempler et à désespérer de ne jamais pouvoir rattraper sa propre image. Il finit par dépérir puis mourir. D'autres versions de ce mythe en font une vengeance divine ou encore la triste conséquence de la mort d'une soeur que Narcisse aimait passionnément. Quand la jeune fille mourut, il se rendit tous les jours près d'une source pour y retrouver son image en se mirant dans l'eau limpide. Depuis ce jour il tomba amoureux de lui même.

Quelles qu'en soient les versions, le mythe insiste d'abord sur l'aspect néfaste de rester centré sur soi-même. Le drame de Narcisse, bien avant sa mort, est d'abord celui de l'isolement social. Trop fier de sa beauté, il refuse les avances de tous les soupirant(e)s et finit par ne plus accepter que lui-même. Or, à n'aimer que soi, on finit par dépérir, se flétrir et ne plus intéresser personne.
Cette chanson est fondamentale chez Thiéfaine à plus d'un titre.
D'abord, il s'agit de la deuxième variation sur un thème de la mythologie gréco-romaine : après Icare, Narcisse. Thiéfaine ira ensuite revisiter Diogène, Antinoüs, le Phénix, Orphée et Eurydice, ainsi que des mythes bibliques (Lilith et Loth) ou germaniques (Lorelei). Cette propension à prendre appui sur des mythes est une constante chez Thiéfaine, une des routes qu'il suit avec le plus de sûreté et de précision. Faut-il y voir un signe particulier ? Je pense surtout qu'il s'agit d'un moyen très puissant de parler de soi : la figure du poète dans Orphée ou dans le Phénix, le complexe d'Icare, le rire de Diogène sont autant de moyens pour l'auteur, de se dégager du trivial et du quotidien pour mieux parler de lui et surtout pour mieux se parler à soi-même.
C'est ici qu'intervient la deuxième originalité du texte : il est rédigé à la deuxième personne. Jusque là, les textes de Thiéfaine rédigés à la deuxième personne du singulier s'adressaient directement et très distinctement à une personne féminine : amante délaissée, compagne, sa fonction était claire. La seule chanson un peu particulière à ce titre restant "Vendôme Gardenal Snack". Là, pas d'ambigüité, c'est bien à un homme que s'adresse Thiéfaine.
La somme de ces deux aspects me conduit donc à penser que c'est d'abord à lui-même que Thiéfaine s'adresse, à ce qu'il fut, ce qu'il est et à ce qu'il voudrait être.
Ce qu'il fut. L'imparfait n'est utilisé qu'à trois reprises, mais elles sont parlantes : "glissait, pensait, croyait". Comment mieux dire l'illusion de l'avant ? Ces nénuphars, fleurs d'eau certes mais pas aussi belles que les narcisses, montrent le décalage : autrefois, une paix éphémère ("oubli", "glissait") mais trompeuse, dans une fausse douceur. Et puis, le passage...
Ce qu'il est. Le larsen, distorsion sonore, symbolise à merveille un passage : "franchir le miroir", dit la chanson. Mais pour aller ou ? C'est ici que le texte rejoint un second mythe, bien plus général celui-là : celui du miroir. Je vais bien sûr tisser ici, un petit lien avec ce merveilleux roman de Lewis Caroll, De l'autre côté du miroir. Ce roman met en scène Alice, de nouveau dans un monde imaginaire. Le monde du miroir se présente comme un monde inversé. Ainsi Alice, pour atteindre le jardin, doit-elle d'abord s'en éloigner, de même qu'il lui faut, dans cet univers étrange, courir très vite pour rester sur place. Si l'espace est mis à mal, le temps n'est pas non plus en reste. Il est ainsi possible de se souvenir du futur. Ce monde inversé permet néanmoins à l'héroïne de grandir et de progresser : de pion, elle devient reine et grandit ainsi de manière symbolique.

Ce qu'il voudrait être. Il s'agit bien de passer de l'autre côté du miroir, donc de progresser et de muter. Mais pour ce faire, il faut d'abord regarder en face un sordide réalité : drogue en tous genres, crachats de sang, insomnie, le héros n'a pas bonne mine ! Thiéfaine semble ainsi se contempler avec une délectation morose et enfoncer avec rage le clou de son échec. Le héros a beau se grimer, s'enfuir, "faire semblant" pour "faire croire" (magnifique image d'ailleurs) l'illusion ne tient pas. Seuls la solitude et le silence semblent accompagner le moderne Narcisse. Le monde parallèle qu'il recherche, obtenu à force de substances, n'a pas la force voulue.
Dans un texte qui est peut-être un des plus radicalement pessimistes de Thiéfaine, l'important au final, me paraît résider dans ce "changer de gueule". Tout progrès, toute mutation, tout franchissement de miroir ne peut s'obtenir qu'au prix de douleurs et de sacrifices. Le processus est en marche même si le poète semble pour l'heure, condamné à l'immobilisme et à l'illusion. Les textes suivants permettront peu à peu de casser la gangue pour libérer l'énergie créatrice. A suivre donc.
Ce billet est dédié à Evadné. Merci de tes encouragements littéraires.
20:04 Publié dans Nous sommes tous un peu trop fragiles | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : ego-trip-transit, drogue
28.07.2009
Sur des chemins non balisés
Et le voici ! THE album, au dire des fans. En tout cas, je n'ai jamais rencontré un(e) fan de Thiéfaine qui ne le cite au moins dans ses trois péférés. Cet album, ce phare, ce pic dans l'oeuvre de Thiéfaine, c'est bien entendu "dernières balises avant mutation".
D'emblée, l'objet choque et dérange. Les pochettes recto et verso annoncent la couleur : alcool, prostitution, drogue, entre enfance brisée, amours junkies et défonce radicale. Pourtant, vous l'aurez tous remarqué, la petite fille sourit. Oui, elle sourit, sur la quatrième de couverture, en nous présentant ce coeur défoncé, ce "triste coeur" dont on ne sait trop s'il est brisé ou boosté.

Cette double vision des choses me paraît être celle qui trace le chemin de l'album : entre descente et renaissance. "Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau", le poète se plonge dans l'enfer pour en mieux ressortir par la force de l'écriture. La genèse de cet album correspond chez Thiéfaine à une période de profonde remise en cause personnelle et artistique. Il connaît le succès, mais ne se reconnaît pas dans ce personnage de baba folkeux au nez rouge dans lequel il se sent enfermé. Alors, fièvreusement, pendant qu'il joue son personnage public sur les scènes de France, il écrit et enregistre cet album dont il pense bien qu'il sera le dernier. Cette énergie se ressent dans tout l'album : désespoir, tentation suicidaire, mais aussi urgente nécessité d'écrire. Je ressens toujours cet album, chaque fois que je l'écoute, comme une agression brute et sans artifices : le poète joue sa vie, au sens littéral du terme, car il y joue la construction de son identité artistique et personnelle. Pas de gants à prendre alors, il faut aller à l'essentiel.
Le premier essentiel, c'est d'abord une profonde rupture musicale. La majorité des musiciens de Machin suivent Thiéfaine dans l'aventure, mais cette fois, c'est lui qui est aux commandes et qui impose ses choix. Cette croix artistique n'est pas portée seul : tels les deux larrons du Golgotha, voici Tony Carbonare et surtout Claude Mairet.

Mairet ne partage pas seulement avec Thiéfaine, une allure déguigandée et une jeunesse commune. Fan de rock anglo-saxon, fin musicien et surtout magnifique arrangeur, il donne enfin à Thiéfaine l'univers musical qui lui convient : guitares saturées, riffs lancinants, lignes de basse ronflantes, tout fleure bon le rock à l'ancienne. Mais Mairet sait, au détour des années 70-80, jouer de la fin de l'ère punk et du début de la new-wave. Claviers subtils, bruitages, comptines d'enfants, voix distordues, l'ensemble concourt à créer une ambiance étrange et inquiétante. Comme si la confusion mentale du personnage, sa perception dérangée du réel, se traduisaient dans l'atmosphère musicale.
Le second essentiel est une rupture de ton dans l'écriture. Certes, le surréalisme verbal (et visuel, voir la deuxième de couv) est toujours en place : métaphores ahurissantes et jeux de mots jamais gratuits ("te reste-t-il assez d'amour/Pour prendre ton dernier mélo"), visions cauchemardesques, néologismes, la palette de l'écriture de Thiéfaine est bien là. Mais ce qui change, c'est que cette fois-ci, pas question de respirer ! Pas de ritournelle rigolote, pas de complainte ni de ballade. Les comptines sont morbides ("fais-moi une place dans ton cercueil"), les rencontres glauques (une copine camée, une femme fatale démoniaque, des paumés divers et variés) et les voyages ne mènent qu'à la défonce.
Ici, le parti-pris est radical : je vais au bout, je vais au fond de tout, je n'en sortirai que mort ou purifié. Les thèmes ne varient pas d'une chanson à l'autre : mort, suicide, drogue, sexe, alcool. Dans une atmosphère nocturne et mortifère, dans un cadre de grande métropole hostile, ou les dieux semblent avoir abandonné l'Homme, voici l'histoire d'un voyage intérieur et d'une rencontre avec les pires démons qui soient : les siens.
Refusant de se reposer sur un succès en trompe-l'oeil, Thiéfaine se lance à corps perdu dans une catharsis folle : tout dire, affronter ses peur pour les libérer enfin et peut-être, devenir enfin soi-même.
Ce cheminement me paraît se dérouler en trois phases :
Les trois premières chansons déroulent une véritable polyphonie de l'échec et de la déprime : solitude, insomnie, cafard, échec amoureux. Voici un Narcisse contemporain livré à lui-même, en proie à ses angoisses et ses tentations suicidaires. Cette phase culmine avec la quatrième chanson ("taxiphonant d'un pack de kro"), monument d'absurde quasi-existentialiste qui laisse le héros seul et désemparé. Dégoûté de ses contemporains ("113ème cigarette sans dormir"), dégoûté de lui-même ("Narcisse"), dégoûté même de l'amour, le voici livré aux pulsions morbides et suicidaires. Dans le mouvement de l'album, c'est l'instant ou Thanatos est dominant :

L'équilibre s'atteint dans la deuxième partie de l'album, avec cette dérisoire transition psalmodiée et chantée ("scènes de panique tranquille"-encore un oxymore magnifique-). Cette petite saynète est le signe d'un appel, celui de la déchéance. Perdu pour perdu, autant se perdre dans la fange...ce qui ne manque pas d'advenir. Démons femelles, appel du sexe et de la drogue, danse de mort et d'ivresse, voici de quoi se perdre dans les bas-fonds, dans un univers cauchemardesque ou fête et destruction se mêlent intimement... Se perdre pour mieux se retrouver...
Cette deuxième partie de l'album est pourtant marquée par un sursaut vital phénoménal : "Ou est le sang ? J'ai soif !!!". Le héros se perd encore dans les méandres d'une poupée junkie-toy et de ses aiguilles vénéneuses, mais on sent déja qu'il saura paradoxalement en tirer une nouvelle énergie vitale.
C'est cette énergie qui resplendit finalement dans les deux dernières chansons. Epuisé, vidé mais toujours en vie, le poète ne peut que constater qu'il n'en finit toujours pas de "rater son suicide". Le climax atteint, il est toujours debout. Il a traversé le feu, a consommé ce qu'il devait, a bu la cigüe jusqu'au bout, et il est toujours en vie. Certes, les réponses aux questions ne sont pas encore évidentes et un autre chemin reste à emprunter, mais l'instinct de vie a prévalu. La redescente qui s'amorce, semblable à un long sevrage, sera douloureuse mais néanmoins nécessaire et rédemptrice.
Voici donc un album exceptionnellement riche, aux grilles de lecture multiples : long "trip" toxico avec son shoot, son "flash" et sa descente ; cheminement personnel de la fange à la rédemption ; cheminement littéraire et poétique enfin, pour trouver son style et sa voie. Je ne choisis aucune de ces interprétations car toutes me paraissent valables.
Au final, le succès inattendu de cet album a permis à Thiéfaine de s'engager dans une nouvelle voie artistique et personnelle. Comme quoi, l'urgence et le risque sont aussi des moteurs de vie à nul autre pareils...
Ce billet est dédié à Kris l'impatiente ;-))
22:06 Publié dans Nous sommes tous un peu trop fragiles | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : drogue, sexe, poésie, sf
24.04.2009
Je laisse derrière toi... Mes albums de jeunesse
Dernière chanson de l'album, voici "Vendôme Gardénal Snack". Drôle de texte en fait. Placé en queue d'album, il sonne à la fois comme un bilan, un adieu et une promesse. Ce texte clôt les années "délires" folk et nez rouge, il annonce bel et bien les fulgurances poético-junkies de l'album suivant.
Selon un procédé qu'il va utiliser fréquemment, Thiéfaine s'immerge dans la peau du personnage. Cette empathie extrême permet une écriture très sensuelle et vibrante, ou le toucher et la vue sont prépondérants : "tu vois" (utilisé à trois reprises), "tu lèves les yeux", "tu traînes", "tu serres les poings".
Le personnage est donc placé sous le signe du "voyant", celle qui voit le réel, mais aussi au-delà des apparences. Elle perce les travestissements, traque "l'illusion" et voit sous les déguisements. Cette "vision", d'abord placée dans le réel, bascule bientôt dans l'hallucinatoire. Des visions cauchemardesques s'enchaînent : processions de chiens, exécutions à l'échafaud, cathédrales. On pense à l'écriture d'Aloysius Bertrand :
" Il était nuit. Ce furent d'abord, - ainsi j'ai vu, ainsi je raconte, - une abbaye aux murailles lézardées par la lune, - une forêt percée de sentiers tortueux, - et le Morimont grouillant de capes et de chapeaux.
Ce furent ensuite, - ainsi j'ai entendu, ainsi je raconte, - le glas funèbre d'une cloche auquel répondaient les sanglots funèbres d'une cellule, - des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque fleur le long d'une ramée, - et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnent un criminel au supplice.
Ce furent enfin, - ainsi s'acheva le rêve, ainsi je raconte, - un moine qui expirait couché dans la cendre des agonisants, - une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d'un chêne, - et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons de la roue."
Gaspard de la nuit
Et puis, comment ne pas penser ici à Rimbaud et à sa "lettre du voyant" ? Thiéfaine orchestre un "immense et raisonné dérèglement de tous les sens" (le rôle de l'alcool est mis en exergue dans la chanson") pour faire de son personnage, une véritable pythie hallucinée qui "voit" ce qui va advenir.

Mais alors, que voit donc cette prophétesse malgré elle ? Un adieu d'abord. Car il s'agit bien d'une chanson de rupture. Mais à contrario de l'habitude, c'est le "tu" qui est employé. Thiéfaine s'adresse peut-être à sa maîtresse... mais peut-être aussi à sa vie passée. Sa vie de musicien ("dernier concert"), celle du clown au nez rouge dont il a dit ensuite qu'il la vivait de plus en plus difficilement. Sa vie d'écrivain ("poète illusoire") qui ne le satisfait plus, ou du moins dans laquelle il cherche une nouvelle inspiration. Sa vie de chanteur ("le cri d'une chanson") qu'il laisse derrière lui. Un adieu ferme et définitif, ou il demande symboliquement à son passé, de le laisser en paix ("me jeter") voire de disparaître (le "gardénal" est un médicament aux effets secondaires très graves)... Finalement, cette fille qui se traîne, probablement enceinte, séduite et abandonnée, sombrant dans l'alcool, n'est-elle pas un concentré des personnages des trois premiers albums ? Abandonnée de "je t'en remets au vent", alcoolique de "twist, la dèche et le reste", "môme kaléidoscope", cette figure féminine symbolise bien à mon avis, le passé qui se traîne et que Thiéfaine somme de s'en aller.
Chanson de rupture, chanson de suicide... Mais ce que voit aussi la Pythie, c'est peut-être une chanson de mort et de renaissance. La symbolique natale des cigognes me paraît ici réelle. Elle peut signifier que Thiéfaine cherche à se séparer d'une vie mort-née, qu'il cherche à "avorter" de l'embryon de vie : "je ne fais que passer, je n'aurai pas de rides". Cet avortement est la condition d'une renaissance artistique et morale. A la recherche de son identité d'artiste, Thiéfaine crée ce personnage féminin qui, s'il est la représentation de figures passées, peut aussi être vu comme la préfiguration de personnages futurs : fille au rhésus négatif, petite fille sans nourrice ou Lorelei, elle marque ici la mutation artistique du chanteur.
Chanson passage, chanson de mort qui prépare la renaissance, il faut bien voir derrière les faux-semblants, les masques et les déguisements. Bientôt viendra l'album de la mutation.
19:23 Publié dans Nous sommes tous un peu trop fragiles | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : amour, mort
04.03.2009
Etre ou ne pas être beauf
Lu dans Libération il y a de cela quelques mois, à propos d'un film sur Ian Curtis :
"On écoutait seul Joy dans sa chambre parce que les autres mecs du lycée étaient des beaufs infâmes et qu'ils écoutaient Hubert-Félix Thiéfaine".
23:10 Publié dans Nous sommes tous un peu trop fragiles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : thiéfaine, ego-trip-transit
Comme un chien dans un pays imaginaire...
Sur une insolite musique de reggae (insolite car inhabituelle chez Thiéfaine), se clôt cette première partie de l'album. Rock, folk, pop, reggae, les genres musicaux sont très éclectiques, et les thèmes aussi. En effet, le chanson "comme un chien dans un cimetière" marque véritablement le tournant de l'album : Après deux chansons fort gaillardes voire paillardes, une introspection ricanante et une variation drôlatique sur le thème du sado-maso, voici venir une triste et lancinante chanson, rythmée par une comparaison qui renvoie régulièrement l'auditeur à une solitude et une tristesse absolues.
C'est peu de dire en effet, que cette chanson est triste. Autour d'un bestiaire fort anodin en apparence (lapins, canari, chien), l'auteur organise un jeu d'écriture alternant comparaisons ("comme un chien dans un cimetière") et métaphores ("les scellés sur mon coeur") qui nous mène d'un état d'euphorie supposée à une lente descente aux enfers intérieure. Euphorie supposée car la première phrase, son herbe et ses lapins, renvoie explicitement à un couplet de la "fille du coupeur de joint". Le ciel est bleu, tout va bien, nous allons pouvoir poursuivre sur le ton des chansons précédentes...
Mais ici, cette euphorie passagère s'estompe très vite et ne débouche que sur l'impossibilité à communiquer : "faux numéro", "ne cherches plus dans l'annuaire", "je vais pouvoir m'évanouir"... Le récitant s'enfonce peu à peu dans une détresse qui se marque de façon physique (céphalée) et surtout mentale. Les hallucinations débutent, visuelles et auditives, pour se clôre dans un éclat de rire qui est celui au choix, de la folie ou du désespoir.
Dépression ? Mauvais trip hallucinogène ? Désespoir profond ? Un peu des trois peut-être, mais cela ne saurait expliquer la charme paradoxal, bizarre et douceâtre qu'exerce cette chanson. Cette exploration aux frontière de la folie et de l'halluciné, me paraît surtout importante en ce qu'elle aborde le thème fondamental de la fuite du temps et du deuil de l'enfance.
Le temps est omniprésent dans cette chanson : "14 juillet", "jour J"... et non "H" comme dans la Variation sur le complexe d'Icare, chanson qui parle surtout... de l'enfance, et oui ! La doucereuse descente aux enfers est en effet rythmée par un retour très régulier du thème de l'enfance. Le récitant désire à toute force se purifier, rejeter ses "ordures" pour retrouver un état d'enfance, une sorte de paradis perdu. Pourtant, et c'est la note pessimiste finale, les enfants eux-mêmes semblent avoir perdu cette innocence si tant est qu'ils l'aie possédée un jour...
Ce thème du retour vers l'enfance n'est pas propre à Thiéfaine. Il est très important notamment, dans la littérature anglaise du XIXème siècle. Ce "bateau" qui retourne vers l'enfance est semblable à celui de Jim Hawkins dans L'Ile au trèsor... Ile fantastique et fantasmatique que cette île, ou tout est possible, ou les méchants sont à la fois terrifiants et vulnérables, ou tout est possible aux jeunes aventureux.

Ce bateau est surtout celui du retour vers un état de paradis originel et d'innocence, vers ce pays imaginaire créé par James Barrie dans Peter Pan. Pays ou l'imaginaire est roi, mais un imaginaire dangereux sous des airs tranquilles. En effet, Peter Pan est aussi un livre sur la mort, et sur la peur de la mort, raison de la volonté de Peter de ne pas grandir. La mort est très présente dans l'œuvre, sous différentes formes : elle est symbolisée par le crocodile-horloge, elle est la terreur du Capitaine Crochet et de Peter, mais elle est aussi thématisée indirectement par certains motifs récurrents de l'œuvre, notamment par l'oubli. Enfant égotiste et dénué de sentiments, Peter oublie ses aventures au fur et à mesure de leur déroulement, il nie tout simplement l'évolution et la maturité...
Au final, partir vers l'enfance serait refuser de grandir et de vieillir. Ce serait refuser le temps qui passe et son cortège de décrépitudes.
Mon sentiment dans cette chanson, est ici d'écouter la voix de quelqu'un qui accepte, même par désespoir, que la vie soit d'abord un passage à l'âge adulte, quel qu'en soit le prix.
Ce billet est dédié à Katell. Je te souhaite beaucoup de courage en cette épreuve qui te frappe.
![]()
23:07 Publié dans Nous sommes tous un peu trop fragiles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : enfance, folie
Analyse sans concession
Première chanson de l'album, "psychanalyse du singe" a connu en 2006, un grand retour par la grâce des arrangements de Péchin et d'une légère modification des paroles. Cette nouvelle version live est intéressante à deux titres :
D'abord parce qu'elle fait ressortir le côté franchement rocky et pêchu de la chanson. Cet aspect est quelque peu étouffé sur le disque original, avec notamment des parties de guitare qui semblent comme assourdies et édulcorées. Manque de temps ? De moyens ? Production trop rapide ? Toujours est-il que le morceau retrouve ici ses vertus musicales : En un mot, ça dépotte !
Ensuite parce que la réécriture concerne le dernier couplet et qu'elle n'est pas anodine. Les premières phrases du dernier couplet étaient à mon sens les plus faibles de la chanson et la nouvelle version est un "plus" incontestable ("A trop squatter les lupanars/On prend l'affreux rire de l'idiot"). Quant à la nouvelle fin de ce couplet, elle est bien dans le ton du Thiéfaine de toujours : provocateur et de mauvaise foi, ricaneur professionnel et râleur impénitent.
Le rire, ou plutôt le ricanement. Voilà bien ce qui me semble caractériser cette chanson. Thiéfaine, dans un exercice inspiré de la psychanalyse, dresse d'abord de lui-même un portrait sans concession : "barbare", obsédé sexuel, exhibitionniste, parano, il remonte comme dans une analyse de son enfance à son état actuel. Les termes médico-psycho-socio abondent : "psychanalyse", "libido", "parano", dans un texte qui culmine avec cette faramineuse explication de la névrose de l'auteur : la mort d'un éléphant, le jour même de sa naissance ! Voilà un trauma bien lourd à porter.
On l'aura compris, la dérision est reine dans cette chanson. Thiéfaine s'y caricature, jouant avec ses thèmes préférés : psychanalyse, sexe, musique, pour mieux les détourner. Comme dans "la fin du Saint-Empire-Romain-Germanique", l'écriture est ici un moyen de mettre à distance des angoisses bien réelles.
Angoisses ? D'abord, celle de l'utilité pure et simple d'être chanteur. Etre "chanteur populaire" ? Avoir du succès ? Ou bien chanteur avec le "sourire engagé", ce lui qui "ne chante pas pour passer le temps" ? Ces phrases anodines en apparence renvoient bien à une réalité de l'époque, celle qui oppose la chanson française de "variétés", chanson populaire à succès, à la chanson "engagée" qui prétend dénoncer les turpitudes du monde :
"Il se peut que je vous déplaise
En peignant la réalité
Mais si j'en prends trop à mon aise
Je n'ai pas à m'en excuser
Le monde ouvert à ma fenêtre
Que je referme ou non l'auvent
S'il continue de m'apparaître
Comment puis-je faire autrement
Je ne chante pas pour passer le temps"
Jean Ferrat, 1968
De même, il est difficile de ne pas voir dans cette chanson, un écho au "chanteur" de Daniel Balavoine, sorti deux ans plus tôt.
Voilà donc Thiéfaine qui s'interroge sur le sens même de son activité. Simple "piège à filles" ou réflexion plus profonde sur le monde tel qu'il est et qu'il va ? Il ne faut pas oublier que cette période est pour HFT, le moment ou le succès commence à se manifester. Les années d'efforts portent leurs fruits, les salles se remplissent... et le chanteur se sent enfermé dans un personnage de clown dérisoire qui n'est pas lui. "Rigolo", "cabot", arborant le "sourire engagé" puis "l'affreux rire de l'idiot", il est réduit à un rôle de bouffon que méprisent les chanteurs "sérieux" et les "vieux ringards". Au final, le voici réduit à faire le "singe", grotesque figure projetée sur le devant de la scène "sous les projos", exhibée comme un animal rare ou un phénomène de foire.
Angoisse toujours et enfin, celle de ne pas être à la hauteur d'une grande mission artistique et de maîtres illustres. Ce qui frappe dans cette chanson, c'est aussi la profusion et la qualité des références littéraires et artistiques :
"L'art pour l'art", mouvement artistique et école de pensée née au XIXème siècle autour notamment de Théophile Gautier.
Le "singe", doublure grotesque de l'artiste comme dans les cirques ambulants d'autrefois, est un personnage présent en de nombreuses productions littéraires, étant par exemple le "compagnon" du signor Vitalis dans "Sans famille" :

Mais ce singe est peut-être aussi, comme signalé dans un article de wikipédia, une forme symbolique de la dépendance à la drogue : "Ce que l'on appelle le "singe" est en fait une métaphore pour désigner l'attachement à une drogue créant une dépendance importante. Lire "Le festin nu" de William Burroughs. Le "singe" s'agrippe à votre nuque et ne la lâche plus... ".
A voir, je vous laisse juges de cette interprétation. Il n'en reste pas moins que tout s'organise autour de cette figure, de ce double grotesque de Thiéfaine, de cet "homme qui rit", qu'il soit mutilé comme chez Hugo ou devenu fou suite à une maladie contractée dans un lupanar.
Cette passionnante psychanalyse est au final pour moi, davantage une tentative de tenir à distance cet animal étrange, ce double un peu pervers de l'artiste, celui vers lequel il ne cesse de retourner quand le doute s'installe...
23:04 Publié dans Nous sommes tous un peu trop fragiles | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : sexe, drogue, ego-trip-transit
28.02.2009
Autorisation refusée
Deux parties bien distinctes structurent le texte :
" The machine has got to be accepted […] as a drug […] suspiciously. Like a drug, the machine is useful, dangerous and habit-forming." G. Orwell, in "Pleasure spots". Comment ne pas faire le parallèle avec cette "cover-girl" cellophanée qui se drogue et se détruit en même temps ?Il n'en reste pas moins que celui qui a engendré cette domination et cette situation machiniste des êtres humains, c'est l'homme lui-même.
La deuxième partie du texte met en place cette domination de l'homme par lui-même. Dans une société ultra fonctionnarisée et bureaucratisée, point de salut hors la soumission à une logique de formulaires. Monde clinique, effrayant de propreté et de calme, monde ou l'individu n'a plus sa place... Monde à la "Brazil", film déja évoqué dans ce blog. Monde ou l'apocalypse est proche, qu'il survienne par la révolte des parias ("revolvers au bout des yeux", image digne d'André Breton et de son "revolver aux cheveux blancs") ou par le feu nucléaire que nous contera le texte suivant...
11:32 Publié dans Nous sommes tous un peu trop fragiles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sf, folie
Le diable par la queue
"La queue", chanson autobiographique ? Sans doute, mais pas seulement. Dans un deuxième album plus fouillé et "mature", Thiéfaine prend le temps à plusieurs reprise, de se retourner sur son passé et son parcours. La construction du texte est à cet égard limpide : couplets en deux quatrains (rimes en "èr" pour le premier, en "o" pour le second), refrain différent introduit par la notion de rêve. Cette construction oppose un quotidien fait d'errance et de désillusions, à un "ailleurs" rêvé et fantasmatique marqué par un détournement des obsessions de Thiéfaine.
De fait, au travers de ces énumérations, se dessine une description de la galère physique et morale d'un individu perdu dans un monde qui le ballote et l'entraîne dans un sens ou dans l'autre. A chaque phrase éclate un sentiment d'absurdité et de non-sens. Rien ne sert à rien finalement, la vie se résume à une longue file d'attente qui se termine par des désillusions. Sont notamment visées dans ce texte, l'armée et la religion sous toutes ses formes (sectes ou bonnes soeurs dans des cas extrêmes). Dans le registre de l'attente absurde et inutile d'on ne sait qui ou quoi, voici un petit extrait qui m'a paru judicieux :
"VLADIMIR
Nous sommes contents.
ESTRAGON
Nous sommes contents. Qu'est-ce qu'on fait, maintenant qu'on est contents ?
VLADIMIR
On attend Godot.
ESTRAGON
C'est vrai.
VLADIMIR
Il y a du nouveau ici depuis hier.
ESTRAGON
On n'était pas là hier.
VLADIMIR
Tu ne te rappelles pas. Il s'en est fallu d'un cheveu qu'on se soit pendu. Qu'on -se- soit- pendu. Mais tu n'as pas voulu. Tu ne te rappelles pas ?
ESTRAGON
Tu l'as rêvé.
VLADIMIR
Est-ce possible que tu aies oublié déjà ?
ESTRAGON
Je suis comme ça. Ou j'oublie tout de suite ou je n'oublie jamais."
Samuel Beckett, En attendant Godot, Acte 2.

Pourtant, cet texte ne m'apparaît pas comme totalement pessimiste. En effet et de manière paradoxale, les refrains ouvrent une porte de sortie réelle quoique insolite. A la manière des surréalistes, c'est dans ses rêves, dans le "gel obscur de son mental", que le personnage transcende et combat ses doutes et ses démons intérieurs. En se rêvant en arme de combat, il conquiert une forme de toute-puissance (y compris sexuelle, voir le jeu de mots sur "se faire sauter"). Cette même puissance lui permet de toucher aux interdits sexuels et religieux à la fois, ce "slip de carmélite" lui offrant la protection, jusqu'à une paix finale que lui apporterait la mort.
Calme et douceur, lumières tamisées, le personnage "enfin solitaire" se sera alors trouvé et pourra se reposer l'âme. Paix illusoire sans doute, obtenue au prix d'un détournement de ses obsessions et de ses peurs. Mais une paix quand même, au bout de longues années. Pour illustrer ce propos, je vous propose un petit lien avec un extrait archi-connu et rebattu, mais qui me semble avoir du sens ici :
" Je vois les reflets d'une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil. Il ne me reste qu'à m'asseoir au bord de ma fosse, après quoi je descendrai hardiment, le Crucifix à la main, dans l'Eternité."
Châteaubriand, dernières phrases des Mémoires d'Outre-tombe.
11:29 Publié dans Nous sommes tous un peu trop fragiles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : mort, religion, drogue
Oedipe et Icare sont dans un bateau

ection nécessaire et obligée, qui peut vite devenir étouffante. D'ou le double besoin de dépasser le complexe d' Œdipe pour devenir un homme à son tour, et de prendre son envol hors du "nid" familial tel Icare s'échappant en volant et se brûlant les ailes pour ne pas avoir écouté les conseils de son père.11:26 Publié dans Nous sommes tous un peu trop fragiles | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : folie, psychanalyse