03.02.2008

Plus on est de fous

Ce soir, dernier article consacré au premier album d'Hubert. Dernière chanson donc, et d'importance. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j'ai toujours considéré que Thiéfaine avait toujours mis un soin particulier pour ses dernières chansons d'album. Lentes le plus souvent, elles comportent des titres très graves, durs et mélancoliques, assez courts pour la plupart. "Vendôme gardenal snack", "Redescente climatisée", "Villes natales et frenchitude", "Angry man" se situent dans cette catégorie. A l'inverse, "les fastes" et "Exercice" émargent plutôt au rayon des titres fleuves, mais ils sont des exceptions.
Cette chanson se base donc sur le thème de la folie, avec un personnage central qui bientôt se dédouble : LE fou. De nombreuses interprétations ont été tentées de ce texte, voici mon ressenti perso :
Premier couplet : Un personnage solitaire et meurtri jusqu'à la mort. Il chante sans effet, comme pour prévenir le monde, ou encore pour se faire entendre. De quel fou s'agit-il ? Un fou de bassan, ou mieux encore un albatros, figure baudelairienne du poète solitaire et incompris ? Un génie solitaire, usé par le monde et ses turpitudes ? Un petit lien, pour faire le parallèle :
"Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie
Ma seule étoile est morte et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la mélancolie".
Gérard de Nerval, mort fou comme nombre d'artistes du XIXème. Il est vrai que la Syphilis y était aussi pour quelque chose. Cette première évocation du personnage du fou incompris est soutenue par de puissantes images, produites par des associations de mots ou d'idées très éloignées entre elles et produisant un effet visuel saisissant :
"Les yeux croisés sur son perchoir
Une vérité au bout des doigts
Une lampe entre les mâchoire"
Ce procédé d'images de type surréalistes, au visuel immédiat et frappant, va devenir typique de l'écriture de Thiéfaine. Nous n'en sommes qu'aux prémices.
Cependant, la première strophe ne peut sans doute pas se réduire à cette idée. Dans de nombreuses civilisations, les figures du fou et du sage ne sont pas dissociées. Les philosophes cyniques de l'antiquité grecque se faisaient une apparence de folie (Diogène vivant tel un chien) pour mieux atteindre à la bonne perception des choses et des êtres. Les "bouffons" royaux ou fous, sous leur apparence ridicule, étaient les seuls à même de dire au roi ce que tout le monde pensait sans oser en parler.
78222783916cd6c608208e4f0c643cc5.jpg Mais quelle est donc cette vérité que ce fou aurait ainsi tenue au bout des doigts ? A la fois fou et sage, l'allusion à Diogène le Cynique me semble assez transparente : Diogène aussi se promenait avec une lampe, proclamant inlassablement qu'il cherchait "un homme",en fait  l'être humain dans son entier.
c61a74cdbb9b0eacbb25d2e3c4bef04c.gifVoila donc le premier couplet qui se clôt sur une note bien noire. Le chercheur de vérité est mort, le fou qui disait la vérité est mort, qui donc va chercher de nouveau cette vérité ?
Deuxième couplet : Sans cesse renouvelée, voici de nouveau la quête des hommes qui cherchent. Un autre fou a pris la place (la place du mort, si on ose dire) et cherche à son tour. Son rôle a changé cependant : de philosophe en quête de vérité spirituelle, il est devenu une sorte de prophète, de Cassandre mettant en garde un monde qui ne l'écoute pas. Le danger vient-il d'Asie (peut-être une allusion à Mao) ou d'ailleurs (la "coca") ? Toujours est-il que ce deuxième couplet prend parfois un ton imprécatoire, prophétique et apocalyptique qui préfigure "Alligators 427" ( première occurrence du terme "alchimie"  notamment) . Une fois encore cependant, rêveurs, chercheurs, prophètes, sages et fous, tous sombrent dans le néant, à mesure que s'effondre le "socle de rêves" qui les soutenait.
Conclusion radicale et pessimiste, redescente très brutale après les sommets de l'album, voila qui ne laisse pas augurer d'une oeuvre de joie et d'espoir ! 
Le prochain album nous en dira plus, critique prévue dans quelques jours pour une "autorisation de délirer". 

07.01.2008

Le Saint-Empire Romain Germanique, qu'es aco ?

Rien que le titre déjà !

Le Saint-Empire romain germanique ou Saint-Empire romain de la nation germanique (Heiliges Römisches Reich Deutscher Nation, en latin Sacrum Romanorum Imperium Nationis Germanicæ, ça c'est pour faire plaisir à Katell), également appelé parfois 1er Reich, était un regroupement politique des terres d'Europe Occidentale et Centrale. L'adjectif saint n'apparaît que sous le règne de Frédéric Barberousse. L'Empereur était couramment appelé en Europe "Empereur d'Allemagne" et les ressortissants du Saint-Empire, à proprement parler les Autrichiens d'aujourd'hui, "les Allemands". La superficie du Saint-Empire a beaucoup varié dans le temps autour de l'Allemagne et de l'Autriche actuelles, comprenant longtemps la Francie Orientale et l'Italie du Nord. Il se veut l'héritier de l'Empire carolingien (de Charlemagne). Ce dernier prétendait lui-même restaurer l'Empire romain, ce qui justifie le terme romain dans son intitulé.
Le "deuxième Reich" est l'empire allemand proclamé à Versailles après la victoire de 1870 contre la France. Tout un symbole : Dans le palais qui attestait de la puissance française, on faisait savoir que le maître de l'Europe avait changé. Quant au IIIème Reiche, inutile de vous expliquer de quoi il s'agit. Le retour du père d'Hubert depuis sa captivité allemande à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, a sans doute inspiré ce titre.
Sources : Wikipédia pour le début, votre serviteur pour la suite.

Et puis, dans la série : "j'apprend en m'amusant avec Wiki et HFT", voici le mot du jour : MIRADOR f83cce0f3d7fd7252b1afe6dfee12c6f.jpg

Un mirador (mot portugais et espagnol signifiant "point de vue") est une tour d'observation militarisée destinée à défendre une position (camp) ou à empêcher l'évasion (depuis un camp de prisonniers).
Merci Foxy !

05.01.2008

Un jour, une chanson : "L'ascenseur de 22 heures 43"

Pour présenter cette chanson, à mon sens une des meileures de l'album, je ne vais pas faire beaucoup de glose. Je vois cette chanson comme un vrai travail d'écriture surréaliste, au sens littéraire du terme :  métaphores récurrentes (le train), détournement des locutions du langage courant, présence permanente de l'absurde, rejet des représentants de l'autorité. Ce travail est renforcé par le recours aux chiffres, qui est déja une caractéristique de Thiéfaine, et dont je parlerai bientôt.
Aujourd'hui, je voudrais plutôt faire le jeu de quelques correspondances littéraires et artistiques : "les quais seront encombrés de pendus/laissant claquer leurs mâchoires dans le vent". Lisez plutôt le texte suivant :

1643ab943912f828f38a049b08e7ab1b.jpgLe bal des pendus
Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.
Messire Belzébuth tire par la cravate
Ses petits pantins noirs grimaçant sur le ciel,
Et, leur claquant au front un revers de savate,
Les fait danser, danser aux sons d'un vieux Noël !
Et les pantins choqués enlacent leurs bras grêles:
Comme des orgues noirs, les poitrines à jour
Que serraient autrefois les gentes damoiselles,
Se heurtent longuement dans un hideux amour.
Hurrah! les gais danseurs, qui n'avez plus de panse !
On peut cabrioler, les tréteaux sont si longs !
Hop! qu'on ne sache plus si c'est bataille ou danse !
Belzébuth enragé racle ses violons !

                      Arthur Rimbaud, 1870, extrait

Comme une petite correspondance... Il faut dire que la "danse macabre", apparue au XIVème siècle avec les épidémies de peste, était très à la mode  à la fin du XIXème.
"La Danse macabre est un élément, le plus achevé, de l'art macabre du Moyen Âge, du XIVe au XVIe siècle. Elle représente, dans la littérature, la peinture ou la sculpture, l'entraînement inexorable de tous les humains, quelle que soit leur position sociale, dans un cortège solidaire vers un destin commun. On y voit à la suite un pape, un évêque, un moine, un empereur, un roi, un seigneur, un soldat, un bourgeois..." Source : Wikipédia.

Pour terminer, une petite illustration :9ed53457cb213fca955e9f0549e49613.jpg
 

 

 

 

 

 

"Moi je vous dis bravo, et vive la mort !" 

19.08.2007

Lectures de vacances

L'été, c'est la saison des lectures, de préférence de celles qui ne prennent pas trop le chou. Ou celles qu'on n'a jamais le temps de faire, qu'on remet à plus tard avec une belle persévérance dans l'inaction. Cet été, j'ai (vainement) tenté de remédier à mon inculture crasse en matière de SF. L'occasion, quand même, de lire mon premier Asimov ("La voie martienne)... A trente-sept ans, il était temps ! L'occasion aussi, de me fader quelques bouquins tels que je les aime. Vous savez, ceux qui qui vous attendent, tapis au fond d'une bibliothèque poussiéreuse dans la maison de vacances. Des polars à trois sous, des récits de SF au titre évocateur ("la jungle d'Araman", "l'épouvante"). Livres parfaits pour se dorer sur la plage, pour prendre le frais dans l'après-midi ou encore pour profiter d'une bière sur la terrasse.

Et puis, quand même, j'ai aussi lu quelques bons bouquins de SF, notamment deux lauréats du prix Hugo : "la guerre éternelle" de Joe Haldeman et "A l'ouest du temps" de John Brunner. Deux excellents bouquins dont je ne saurais trop recommander la lecture. Pour plus de renseignements sur ces deux auteurs, voir le site suivant : http://www.culture-sf.com.

949af4d8978fbdeedfeb759bc65adfe8.jpgbf120f69a3450198091343227da2175c.jpgEt ne venez pas me dire après ça, que ce furent des vacances culturellement pauvres...

Bon, c'est pas le tout, mais il va quand même falloir que je vous montre ces photos berlinoises promises. L'excuse de la freebox qui déconne, ça va bien un moment. Mais j'y travaille... A tout de suite alors. 

12.05.2007

Au pays des cent royaumes

Pour poursuivre dans mes lectures, un auteur à mi-chemin entre la SF et l'heroic fantasy, que je découvre actuellement : Marion Zimmer Bradley.
Décédée en 1999, Marion Zimmer Bradley a eu une grande influence sur toute une génération d'auteurs et de lecteurs aussi bien dans le domaine de la Fantasy que de la science-fiction. Ses romans sont souvent construits autour de portraits d'héroïnes non conformistes eu égard des standards de la société dans laquelle elles vivent. Une de ses créations les plus connues est le cycle de Ténébreuse (Darkover). Ce cycle, à l'exemple du mythe de Cthulhu, est maintenant perpétué par d'autres auteurs,  notamment Deborah J. Ross qui semble l'héritière officielle de l'univers de Ténébreuse. Marion Zimmer Bradley est aussi très connue pour sa réécriture du mythe de Camelot du point de vue de la fée Morgane et de la reine Guenièvre. Enfin, elle a utilisé plusieurs noms de plume tels Morgan Ives, Miriam Gardner, John Dexter et Lee Chapman, pour écrire des romans ayant pour personnages centraux des homosexuels ou des lesbiennes et qui bien qu'apparaissant relativement anodins de nos de jours étaient considérés comme de la pornographie dans les années 1960.
Le cycle de Ténébreuse en deux mots : Un vaisseau terrien perdu s'écrase sur une planète au climat très rude et hostile où habitent quelques mystérieuses créatures. L'équipage s'installe et fonde ce qui deviendra, plusieurs millénaires plus tard, une société féodale dirigée par les Comyn aux cheveux roux, ensemble de familles prétenduement issues d'un ancêtre commun et ayant hérité de pouvoirs télépathiques développés par les matrices, des cristaux locaux. Le peuple de Ténebreuse, ainsi nommée par les premiers colons, a oublié ses origines terriennes... Mais le passé les rattrape sous la forme d'une puissance galactique terrienne qui redécouvre la planète et doit cohabiter avec les habitants. L'écriture de Bradley est surtout intéressante, en ce qu'elle met en scène des héroïnes (surtout) complexes, devant dompter de fortes passions et s'imposer dans une société féodale machiste. La rencontre avec les terriens, lointains cousins oubliés, exacerbe les tensions sur Ténébreuse (renoncer ou non à un mode de vie rude, au profit de la technologie étrangère ?).
Voilà, je continue de découvrir ce cycle, en espérant vous avoir donné quelque envie d'en faire autant.
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06.05.2007

Epique, héroïque et fantastique

En attendant, non pas Godot, mais les résultats, je m'aperçois que je n'ai pas, depuis un certain temps, fait état de mes goûts littéraires. Une bonne occasion pour parler d'un genre auquel je m'intéresse depuis fort peu de temps : la SF. Parmi les auteurs qui m'y ont fait accrocher, l'américain Philip José Farmer.
Né en 1918 dans l'Indiana, Philip José Farmer, qui vit à Peoria, Illinois, est l'un des derniers grands écrivains américains de l'Age d'Or de la science-fiction. Il est reconnu pour son audace, son imagination débordante et son absence de tabous littéraires. Il est, en effet, le premier écrivain à avoir introduit l'érotisme dans la science-fiction, jusque-là très pudibonde, dès son premier roman, Les Amants Etrangers. Les héros farmeriens, tout en étant athlétiques et héroïques, sont beaucoup moins "purs" que la moyenne : ils se posent des questions sur le bien fondé de leurs actions, se révèlent curieux de comprendre le fonctionnement des sociétés exotiques qu'ils observent, s'initient au langage et aux coutumes des peuplades qu'ils rencontrent... Mais surtout, ils ne sont pas exempts de défauts, ce qui leur confère un charme tout particulier. Souvent, ils ont eu accès à une forme d'immortalité, ce qui, avec les métabolismes étranges, l'érotisme et la religion, constitue l'un des thèmes fétiches de Farmer, qui reviennent tout au long de son œuvre. Il apparaît souvent lui-même dans ses propres romans sous forme d'un personnage portant les mêmes initiales que lui (Peter Jairus Frigate, écrivain de science-fiction, dans le monde du fleuve, Paul Janus Finnegan, originaire d'Indiana, alias Kickaha, dans la saga des hommes-dieux). Farmer a surtout un don très particulier pour deux choses : Faire exister de toutes pièces des mondes "inventés", avec un luxe de détails techniques, et introduire des personnages ayant réellement existé dans ses histoires.
Ces qualités sont particulièrement visibles dans sa saga "le fleuve de l'éternité", grande fresque en cinq volumes. On peut d'ailleurs, à mon sens, se passer de lire le dernier volume, salmigondis pontifiant et bêtifiant de grandes idées crucruches (mais Farmer est américain, alors on lui pardonne !). Je vous fait un bref résumé : un matin, toute l'humanité ayant vécu sur Terre depuis l'origine, se réveille, nue et démunie, au bord d'un fleuve qui ne paraît pas avoir de fin. S'organisant, se combattant, formant de nouvelles sociétés, les hommes vont aussi se demander qui les a conduit là et pourquoi. L'occasion pour Farmer de mettre en scène Richard Burton, Mark Twain, Cyrano de Bergerac, Hermann Goering, Jean sans terre et même... Jésus (et oui !). Quand vous aurez appris que des hommes "autres" sont glissés parmi les hommes, que des géants dont tous avaient perdu le souvenir réapparaissent, que tous les hommes ne semblent pas avoir été réveillés, vous saurez tout ce dont vous avez besoin... pour vous précipiter, je l'espère, sur les livres de Farmer.

Bonne lecture !

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09.01.2007

Il voyage en solitaire

Suite à un commentaire de Tommie, ce texte magnifique de Gérard Manset, extrait du non moins magnifique album "royaume de Siam" :

medium_0uLj00Z288P1xVZnBDEjEjoI6tNfVVRmgYv-zg.jpgLa neige est blanche 

A force de se regarder,
Ne pas comprendre, ne pas s'aimer,
Vraiment, le temps nous est compté,
Vraiment, le temps nous est compté.

Alors, puisque le mal est fait
Que le trou grandit, le lit défait,
Chacun se regarde, chacun se tait,

Chacun se regarde, chacun se tait.

C'est un homme dont le corps se penche.
Comme un arbre mort, il tend les branches
Mais le froid est là, la neige est blanche,
Mais le froid est là, la neige est blanche,
La neige est blanche.

Il s'en va demain, continue sa route.
Tout le long de son chemin, chaque pas lui coûte
Pour se détacher de toi, coûte que coûte,
Pour se détacher de toi, coûte que coûte.

Toi qui t'en va pour ce pays là
Où tu dis que les gens sont beaux,
Que veux-tu de plus que tu n'aie pas,
Que veux-tu de plus que tu n'aie pas ?


Pas forcément besoin de commentaires...

02.01.2007

Impérial stoïcisme

Pour commencer cette année, une petite citation d'un philosophe pas comme les autres, Marc-Aurèle. Découvert par hasard il y a une vingtaine d'années en bossant, comme tous les apprentis philosophes, le "manuel" d'Epictète. Juste avant, les "pensées pour moi-même" de Marc-Aurèle. Et là, une vraie rencontre et un livre qui ne m'a jamais quitté depuis.

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Un drôle de philosophe en fait, ce Marc-Aurèle. Empereur romain au moment de l'extension maximum de l'empire (IIème siècle), il n'a jamais écrit de traité à proprement parler. Ses "pensées" sont un recueil d'annotations, d'aphorismes, de digressions diverses. Il s'agit parfois de simples notes et parfois de développements importants et complexes. Mais en tous les cas, elles permettent de découvrir un homme complexe, très conscient des responsabilités qu'apporte le pouvoir, et d'une grande honnêteté et d'une grande hauteur morale... Ce qui ne l'empêcha pas de persécuter et de supplicier quelques chrétiens, dont la fameuse Sainte Blandine !

Et cette citation ? La voici : "Ne te laisse point prendre au tourbillon ; mais, dans tout élan, propose-toi le juste ; et, dans toute représentation, sauvegarde ta faculté de comprendre"

21.12.2006

Mallarmé, encore et toujours

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
L’Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore
 
Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx
Aboli bibelot d’inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s’honore.)
 
Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,
 
Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l’oubli fermé par le cadre, se fixe
De scintillations sitôt le septuor.

Ce poème est chargé de souvenirs : mes années d'Hypokhâgne et Khâgne à Bordeaux, les discussions sans fin sur la poésie, la philo, la littérature, la vie en général. Un peu de nostalgie, quand même...

17.12.2006

Le tombeau d'Edgar Poe

Entre Lovecraft, Bierce et Baudelaire (voir notes précédentes dans Foxy's Books), nous avions évoqué Edgar Allan Poe. Quoi de plus normal que de lui rendre hommage ? Voici celui de Mallarmé : 

medium_poe_mall.jpgLe tombeau d'Edgar Poe

Tel qu'en Lui-même enfin l'éternité le change,
Le Poète suscite avec un glaive nu
Son siècle épouvanté de n'avoir pas connu
Que la mort triomphait dans cette voix étrange !

Eux, comme un vil sursaut d'hydre oyant jadis l'ange
Donner un sens plus pur aux mots de la tribu,
Proclamèrent très haut le sortilège bu
Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange.

Du sol et de la nue hostiles, ô grief !
Si notre idée avec ne sculpte un bas-relief
Dont la tombe de Poe éblouissante s'orne

Calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur
Que ce granit du moins montre à jamais sa borne
Aux noirs vols du Blasphème épars dans le futur.

 

On appréciera bien sûr les références purement mallarméennes : l'ange qui "donne un sens plus pur aux mots de la tribu". Ce mythe de la langue originelle, parfaite et pure ("au commencement était le verbe, et le verbe était avec Dieu, et le verbe était Dieu" ev. selon Saint-Jean). Pour des références Thiéfaino-poesques, on se reportera au blog d'Amnesik (le petit Hubert illustré).

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