11.11.2009

SOS détresse

Avec ce "taxiphonant d'un pack de kro", nous voici à la transition de l'album. Sur un gimmick de guitare aux accents bluesy, voici notre Thiéfaine qui soliloque. D'une voix qui n'est pas sans rappeler celle de ces premiers albums, il déclame sa solitude et sa détresse dans un discours qui mélange noirceur absolue et humour, noir également.

SOS amitié est une structure qui existe réellement. Par téléphone, le but est d'écouter, d'encourager, d'échanger, de secourir. Noble cause, indiscutable et utile. Mais aussi chair à provocation, comme cela était déja le cas dans une pièce de théâtre sortie à la même époque, à savoir Le père Noël est une ordure.
Chacun connaît cette pièce de théâtre devenue film, qui raconte un soir de Noël calamiteux à la permanence d'une station téléphonique, S.O.S. détresse amitié. Pierre et Thérèse y sont perturbés par l'arrivée de personnages grotesques et farfelus, qui provoquent des catastrophes en chaîne.
ph5jpg-a4496a449-88a56.jpgBrutale, ordurière et sans foi ni loi, cette pièce dynamite les bonnes consciences charitables (Thérèse la neuneu coincée et Pierre le bourgeois rigide) tout autant que ceux qu'ils sont censés secourir (un travesti exaspérant, une simplette agressive et un voleur minable). Tout le monde y est affreux, sale et méchant, de la rombière frustrée au voisin trop gentil. Une pièce décapante qui ridiculise tout ce qui bouge sans distinction.

Le texte de Thiéfaine s'inscrit dans la même veine. Radical et subversif, il dégomme la religion ("2000 ans que j'ai plus faim"), les valeurs familiales (la famille Duraton, avatar de la famille Fenouillard et la compassion (la carte vermeil pour les personnes âgées) des bien-pensants pour les personnes en détresse. Mais force est de constater que cette "voie de garage" ne conduit qu'à une réponse déhumanisée symbolisée par le répondeur automatique.

Cette chanson, pas si noire que cela au final, est d'abord un clin d'oeil un peu potache aux jeunes années de Thiéfaine. La voix, l'ambiance, la brièveté du texte rappellent bien les 3 premiers albums. Sur un mode caustique et délirant, Thiéfaine livre sa vision de la déprime la plus intense et la plus forte. Mais si le texte se conclut sur une note fort pessimiste, l'auteur n'en reste pas moins lucide. Au fond du trou certes, mais les idées claires sur un choix qui doit se faire maintenant : poursuivre la descente jusqu'à la mort ou lutter encore pour repartir. C'est en cela que ce court texte peut être considéré comme le morceau charnière de l'ensemble de l'album.

"Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau", la tentation du suicide habite l'oeuvre de Thiéfaine. Mais à l'inverse d'un Nerval, d'un Gary ou d'un Stephan Zweig, l'acte est évoqué, tourné et retourné sans être au centre de l'oeuvre. La déchéance et la mise en danger de soi-même sont omniprésentes, entraînant une fréquentation assidue de la mort et de ses environs. Mais le génie de Thiéfaine est peut-être de s'y frotter sans s'y brûler, et de toujours remonter à la surface. Eros ûber alles, c'est ce que permettra de voir le reste de l'album.

Commentaires

Ce que tu écris est toujours très intéressant, ami Daniel ! On en redemande ! J'aime bien le clin d'oeil au "Père Noël est une ordure" !

Ecrit par : Katell | 14.11.2009

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