17.08.2009
Ils sont votre épouvante...
Ce petit billet rapide, c'est juste pour rendre hommage à une grande figure du polar qui vient de disparaître : Thierry Jonquet.

Avec son écriture clinique et engagée, parfois jusqu'à l'excès, cet ancien gauchiste savait rendre la déshérence des ex "banlieues rouges", la misère quotidienne du genre humain, mais aussi sa grandeur... parfois.
Si vous ne connaissez pas, je vous conseille Mon vieux, Mygale ou encore La bête et la belle. Un de ses romans, les orpailleurs, a servi de trame à la série boulevard du palais. Et il se dit que Almodovar va adapter Mygale.
Il continuera à vivre, car "rouge c'est la vie" !
22:31 Publié dans Vive la mort | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : mort, littérature
16.08.2009
Miroir, mon beau miroir
La descente aux enfers inaugurée par l'insomnie de la première chanson, se poursuit avec cette variation moderne sur le thème de Narcisse. Rappelons d'abord brièvement les grands aspects de ce thème mythologique :
Narcisse est un homme d'une beauté exceptionnelle. Un jour qu'il s'abreuve à une source, il voit son reflet dans l'eau et en tombe amoureux. Il y reste alors de longs jours à se contempler et à désespérer de ne jamais pouvoir rattraper sa propre image. Il finit par dépérir puis mourir. D'autres versions de ce mythe en font une vengeance divine ou encore la triste conséquence de la mort d'une soeur que Narcisse aimait passionnément. Quand la jeune fille mourut, il se rendit tous les jours près d'une source pour y retrouver son image en se mirant dans l'eau limpide. Depuis ce jour il tomba amoureux de lui même.

Quelles qu'en soient les versions, le mythe insiste d'abord sur l'aspect néfaste de rester centré sur soi-même. Le drame de Narcisse, bien avant sa mort, est d'abord celui de l'isolement social. Trop fier de sa beauté, il refuse les avances de tous les soupirant(e)s et finit par ne plus accepter que lui-même. Or, à n'aimer que soi, on finit par dépérir, se flétrir et ne plus intéresser personne.
Cette chanson est fondamentale chez Thiéfaine à plus d'un titre.
D'abord, il s'agit de la deuxième variation sur un thème de la mythologie gréco-romaine : après Icare, Narcisse. Thiéfaine ira ensuite revisiter Diogène, Antinoüs, le Phénix, Orphée et Eurydice, ainsi que des mythes bibliques (Lilith et Loth) ou germaniques (Lorelei). Cette propension à prendre appui sur des mythes est une constante chez Thiéfaine, une des routes qu'il suit avec le plus de sûreté et de précision. Faut-il y voir un signe particulier ? Je pense surtout qu'il s'agit d'un moyen très puissant de parler de soi : la figure du poète dans Orphée ou dans le Phénix, le complexe d'Icare, le rire de Diogène sont autant de moyens pour l'auteur, de se dégager du trivial et du quotidien pour mieux parler de lui et surtout pour mieux se parler à soi-même.
C'est ici qu'intervient la deuxième originalité du texte : il est rédigé à la deuxième personne. Jusque là, les textes de Thiéfaine rédigés à la deuxième personne du singulier s'adressaient directement et très distinctement à une personne féminine : amante délaissée, compagne, sa fonction était claire. La seule chanson un peu particulière à ce titre restant "Vendôme Gardenal Snack". Là, pas d'ambigüité, c'est bien à un homme que s'adresse Thiéfaine.
La somme de ces deux aspects me conduit donc à penser que c'est d'abord à lui-même que Thiéfaine s'adresse, à ce qu'il fut, ce qu'il est et à ce qu'il voudrait être.
Ce qu'il fut. L'imparfait n'est utilisé qu'à trois reprises, mais elles sont parlantes : "glissait, pensait, croyait". Comment mieux dire l'illusion de l'avant ? Ces nénuphars, fleurs d'eau certes mais pas aussi belles que les narcisses, montrent le décalage : autrefois, une paix éphémère ("oubli", "glissait") mais trompeuse, dans une fausse douceur. Et puis, le passage...
Ce qu'il est. Le larsen, distorsion sonore, symbolise à merveille un passage : "franchir le miroir", dit la chanson. Mais pour aller ou ? C'est ici que le texte rejoint un second mythe, bien plus général celui-là : celui du miroir. Je vais bien sûr tisser ici, un petit lien avec ce merveilleux roman de Lewis Caroll, De l'autre côté du miroir. Ce roman met en scène Alice, de nouveau dans un monde imaginaire. Le monde du miroir se présente comme un monde inversé. Ainsi Alice, pour atteindre le jardin, doit-elle d'abord s'en éloigner, de même qu'il lui faut, dans cet univers étrange, courir très vite pour rester sur place. Si l'espace est mis à mal, le temps n'est pas non plus en reste. Il est ainsi possible de se souvenir du futur. Ce monde inversé permet néanmoins à l'héroïne de grandir et de progresser : de pion, elle devient reine et grandit ainsi de manière symbolique.

Ce qu'il voudrait être. Il s'agit bien de passer de l'autre côté du miroir, donc de progresser et de muter. Mais pour ce faire, il faut d'abord regarder en face un sordide réalité : drogue en tous genres, crachats de sang, insomnie, le héros n'a pas bonne mine ! Thiéfaine semble ainsi se contempler avec une délectation morose et enfoncer avec rage le clou de son échec. Le héros a beau se grimer, s'enfuir, "faire semblant" pour "faire croire" (magnifique image d'ailleurs) l'illusion ne tient pas. Seuls la solitude et le silence semblent accompagner le moderne Narcisse. Le monde parallèle qu'il recherche, obtenu à force de substances, n'a pas la force voulue.
Dans un texte qui est peut-être un des plus radicalement pessimistes de Thiéfaine, l'important au final, me paraît résider dans ce "changer de gueule". Tout progrès, toute mutation, tout franchissement de miroir ne peut s'obtenir qu'au prix de douleurs et de sacrifices. Le processus est en marche même si le poète semble pour l'heure, condamné à l'immobilisme et à l'illusion. Les textes suivants permettront peu à peu de casser la gangue pour libérer l'énergie créatrice. A suivre donc.
Ce billet est dédié à Evadné. Merci de tes encouragements littéraires.
20:04 Publié dans Nous sommes tous un peu trop fragiles | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : ego-trip-transit, drogue
09.08.2009
Visions moites et brûlantes...
En ce matin pluvieux (chez moi en tout cas), pas d'article à propos d'une chanson de Thiéfaine, mais une petite sélection de vidéos. Les liens sont dans la liste "visions moites et brûlantes", à droite de l'article.
Tout d'abord, trois clips réalisés à propos de chansons de Thiéfaine. Il ne s'agit pas de clips officiels, mais de travaux plus ou moins professionnels. Ceux que j'ai retenu ne sont cependant pas de simples montages d'images :
D'abord, le magnifique "chant du fou" qui circule sur la toile depuis pas mal d'années. Rien à dire, c'est le top.
Ensuite, une très belle version de "sweet amanite phalloide queen".
Enfin, un essai intéressant sur "les dingues et les paumés".


Pour compléter, j'ai rajouté à la liste une reprise de "je t'en remet au vent" très simple et très belle, que je trouve tout à fait dans l'esprit de l'original.
Bonnes visions !
10:38 Publié dans Les fils du coupeur de joint | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : thiefaine, videos, blogs amis
07.08.2009
Hubert et Félix en BD
Toujours dans les rééditions de vieux billets :

"L'évènement thiéfainien du mois, c'est la sortie d'une BD illsutrant certaines chansons d'Hubert. Brassens, Souchon ou Renaud avaient déjà eu droit à ce type d'hommage. Rien à dire sur la présentation, très bel objet ! Comme d'habitude, les éditions Soleil font bien les choses. Et le contenu ? Et bien, nous dirons que c'est... inégal ! Le problème est double, avec ce genre de productions : soit on fait une illustration des paroles, et c'est chiant (genre je suis le texte pas à pas avec des vignettes qui reproduisent le texte), soit l'artiste donne sa propre vision de la chanson, et elle ne correspond pas forcément à la nôtre. On se fait souvent des images, dans son petit cinéma personnel : nos propres couleurs, nos ambiances, et l'artiste de BD nous en propose d'autres, pas forcément les mêmes.
Pour ma part, j'ai bien aimé :
Psychanalyse du singe, avec un univers proche visuellement, de celui de l'album.
Buenas noches Jo, version futuriste.
Pulque, mescal y tequila, très surprenant.
Alligators 427
Mathématiques souterraines, entre Lolita et junkie-toy.
Le jeu de la folie et les jardins sauvages méritent aussi un coup d'oeil.
Voilà. Pas indispensable, mais agréable à regarder.
Bonne lecture
Fox"
21:55 Publié dans Les fils du coupeur de joint | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : thiéfaine
Dévédé 2, le retour de la revanche
Pour avoir une vue complète, voici le deuxième billet à propos du DVD Thiéfaine. Avec toujours les coms d'origine...
"Suite aux commentaires sur ce blog, ainsi que sur divers forums (dont celui de planète Thiéfaine), quelques précisions :
Je suis déçu, non par le spectacle, mais par les choix de réalisations. Je continue de m'expliquer là dessus : lorsqu'on fait un DVD, c'est une oeuvre en soi. Il est intéressant qu'il contienne quelque chose de plus. Pour un DVD live, ce serait : l'ambiance du public, des séquences backstage importantes, un interview, des extraits de la tournée en solitaire, que sais-je ? Lorsque, entre autres, Fersen, Iron Maiden, Metallica, Bashung ou Tryo font des DVD, il ya un quelque chose en plus, pour le public. Là, je vois un long vidéo-clip. Ou est l'intérêt ? Le son manque de pêche, l'ambiance n'est pas là...
Je n'ai rien contre le concert, mais quel intérêt de sortir un produit aussi formaté et aseptisé ?
Pour finir, je dis : "je n'aime pas ce DVD". Je ne dis pas qu'il est nul dans l'absolu (quoique, pour le montage et la réalisation, vraiment... ouh que j'ai du mal !).
Enfin, j'ai du mal, mais j'aime souffrir. Dur, la "fanitude attitude" !"
21:52 Publié dans Je m'affale sur la scène | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : thiéfaine, musique, videos
Dévédé dévalué
Idem pour les rééditions de vieux billets, voici la chronique du DVD du "Scandale Mélancolique Tour", DVD qui avait provoqué quelques remous à l'époque. Rappel : billet ancien, donc commentaires fermés. Un billet tout neuf d'ici quelques jours, promis !
"Il est arrivé, le nouveau dévédé d'Hubert, celui du scandale mélancolique tour, celui du concert du zénith. Cette tournée, j'en ai vu quelques uns, des concerts qui l'ont composée. Je pense que l'enregistrement à la Cigale aurait été meilleur car c'est une salle qui convient mieux à Hubert. De plus, ce concert n'était pas le meilleur de la tournée. Ceci pour expliquer ce qui va suivre...
Parce que, quand même : comment, avec un artiste comme Thiéfaine, peut-on en arriver à faire un produit aussi fade, balisé, formaté, nunuche et creux à ce point ? Je suis déçu et le mot est faible ! Je m'explique :
- Le son, retravaillé comme il se doit. C'est normal. Mais pourquoi faire une telle place aux claviers, alors qu'ils n'en avaient qu'une marginale pendant la tournée ? Pourquoi aussi peu de pêche et de puissance, alors que cette tournée était la plus rock d'Hubert depuis Fragments d'hébétude ?
- L'ambiance. Comment peut-on à ce point zapper le public ? Dans un concert de THiéfaine, un des intérêts (une des émotions), c'est le public qui chante et qui soutient le chanteur, qui reprend les hymnes et les transporte. Pffui, envolés les choeurs ! Sauf sur la sempiternelle "fille du coupeur de joints"... Bonjour l'ambiance !
En un mot, heureusement que restent les chansons... Et les souvenirs de ce concert !
Bonne voyure quand même !
21:50 Publié dans Je m'affale sur la scène | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : thiéfaine, musique, videos
02.08.2009
Toute la musique qu'ils aiment...

Réédition d'un vieux billet, la chronique de l'album "Amicalement blues". Cela date, mais il fallait bien que je le replace. Attention : billet ancien, donc ommentaires fermés. Le billet le plus récent est celui juste en dessous !
"Il est là, il est arrivé, je l'ai acheté et écouté deux fois déjà, et plus encore pour les morceaux qui m'ont accroché. Qui, il ? Bien sûr, je parle de "amicalement blues", né de la collaboration de HF Thiéfaine et Paul Personne.
Alors ? Alors, yeah ! Très bon !!! Bien sûr, ce n'est pas comme les autres albums. La moue dubitative, on pourrait l'avoir en lisant les textes sur le livret. Comme ça, ç'a l'air un peu plat et tristoune, fade en fait malgré quelques fulgurances. Que nenni ! Ecoutez l'album et vous comprendrez que ces textes ont en fait été écrits POUR la musique. Les mots d'Hubert font corps et coeur avec la guitare de Paul, et les deux se marient comme leurs voix le font tout au long de l'album.
Musicalement ? Du blues, certes, bien roots sur certains morceaux, mais surtout du rock ! Du vrai, du dur, de l'abrasif. Des bons gros riffs, de l'harmonica discret mais efficace (ah, la rythmique sur "rendez-vous au dernier carrefour"...), de la pulsation basique tchak-poum, des petits solis dont certains pleins de feeling. Du bon quoi, tendance "bien roots qui tache" (sauf sur "distance" et "photographie d'un rêveur", plus doux). C'est bien simple, ce matin dans ma voiture, j'écoutais "ballbreaker" (d'AC/DC). Ben ce soir, à 12 heures de distance, les réminiscences rock'n'rolliennes étaient frappantes. Dans ce style "rock", le plus sympa est à mon avis "émeute émotionnelle".
Les textes maintenant : simples au premier abord, ils se transcendent lorsque la musique les porte. Thiéfaine a fait là, un vrai travail de parolier davantage que d'auteur. Il s'est mis dans les musiques de Personne (ou, ce qui revient au même, a écrit de façon "musicale", avec une petite musique en tête). Résultat : une ambiance "loose", "on the road" et "highway 61" parfaite tout au long de l'album. On se croirait en Amérique, même si la langue est le français... Que dis-je ? Textes en français certes, mais écrits "à l'anglaise". Courts, avec quelques images fortes, et surtout collés aux mélodies.
Les morceaux ? Dans l'ensemble, j'en ai pour l'instant retenu trois : "avenue de l'amour", "photographie d'un rêveur" (le meilleur texte à mes yeux) et surtout "rendez-vous au dernier carrefour" : pêchu, équilibré, rythmé, magnifiquement chanté par les deux. Un pur régal !
Au final, voila un album de vrai bon rock. Pas forcément un chef-d'oeuvre de Thiéfaine (mais était-ce le but ?), mais un disque de potes, qui respire l'amitié et la complicité. Un disque plein de feeling, de rythme et de joie de jouer. Un disque à écouter en voiture sur l'autoroute, ou dans un rocking-chair en sirotant un whisky. Ou tout seul au croisement, dans l'attente du Malin qui me donnera enfin le don de la guitare.
Sinon, il paraît que Johnny a sorti un album de blues... Ah bon..."
10:32 Publié dans Quand la musique se fait bandante | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : thiéfaine, musique, amis d'hubert
01.08.2009
"Cette maladie de l'âme..."
"... qu'on appelle l'insomnie". C'est en ces termes que Thiéfaine a présenté ces chansons (mon amical respect pour celui ou celle qui me citera un concert ou cette phrase a été prononcée... ;-)
La construction du texte épouse bien ce thème de l'insomnie, en y rajoutant une teinte cauchemardesque qui s'accentue au fil de la chanson. Imaginons un instant l'écrivain solitaire, au fond d'une quelconque chambre plus ou moins sordide. Le sommeil n'arrive pas, les cigarettes défilent et une sorte de torpeur fièvreuse le gagne. Quiconque a un jour souffert d'insomnie, connaît bien cet état particulier qui s'installe au bout d'une heure ou deux : muscles douloureux et fébriles à la fois, fatigué et excité, on entre peu à peu dans une phase de ce que j'appellerai une "surconscience". Les images, les pensées, les idées, les références défilent et se mélangent de plus en plus vite, à mesure qu'on se tourne et se tord. Les idées les plus folles viennent, comme si des barrières mentales invisibles tombaient, comme si des limites personnelles disparaissaient.




Militaires bornés, fascistes, staliniens (les vopos étaient les officiers de la police est-allemande) défilent dans un délire halluciné ou Khomeiny ("méchant gros minet"), Reagan ("Vieux crooner"), Hitler (l'attentat manqué du Burgenbraukeller) se mélangent dans l'esprit pour un rejet, une détestation même des idéologies, des dictatures et des armées. Mieux ou plus encore, c'est l'affrontement des hommes entre eux qui est ici rejeté, renvoyant dos à dos israéliens et iraniens, américains et communistes et rejetant sans ambigüité toute forme d'héroïsme. Le texte est une sorte de calme éructation à la face des hommes de toutes obédiences, de toutes religions, de tous partis pour les renvoyer à une même horreur.
Cette chanson est donc caractéristique de deux grands thèmes de Thiéfaine : l'inquiétude sourde face aux menaces du monde, et dans le même temps, une posture individuelle dégagée face à ces problèmes. Le texte balance sans cesse entre ces deux pôles : des couplets hallucinés ou défilent des visions d'horreur, un refrain qui revient sans cesse à l'individu et à sa liberté.
L'inquiétude est multiple, elle concerne d'abord la destruction du monde et de l'humanité : "Alligators 427" en est l'illustration. Cette inquiétude s'accompagne d'une crainte contre tout ce qui peut menacer l'individu et sa liberté : militaires, prêtres, politiques, sectes. Ce thème est une constante dans l'oeuvre de Thiéfaine, il traduit une volonté farouche de préserver uns sécurité personnelle mais surtout une irréductible liberté solitaire. Lors de la tournée "scandale mélancolique", il a dit rêver d'un monde ou "des solitaires se raconteraient des histoires de solitaires". Les inquiétudes concentrées dans ce texte ne sont donc ni une nouveauté dans l'oeuvre de Thiéfaine, ni une fin en soi. Elles fondent l'essence même de son cheminement individuel.
Inquiet mais solitaire. Cet individu revendique sa désobéissance ("je n'irai pas plus loin"), mais à quel prix ? La tête entre ses mains, il ressemble au fameux "cri" de Munch.

C'est que la liberté se paye de solitude, d'inquiétude... et d'insomnie. Rejeter les contraintes et les institutions aliénantes mais aussi rassurantes, cela a un prix. Le prix du rejet social car on ne sera ni un héros ni un mouton. Le prix parfois de la mort...
Guignol effaré et perdu, le chanteur assume néanmoins. Il assume ses idées et ses choix de vie, il assume ce qu'il est. Cette chanson est pour moi fondamentale en ce début d'album, car elle pose deux choses.
D'abord, la démarche créatrice de Thiéfaine : c'est au fond de moi et de mes faiblesses que je vais trouver mon style d'écriture.
Ensuite, la pulsion de vie qui l'anime malgré tout : c'est au fond de moi et de mes faiblesses que je vais trouver ma façon de vivre.
Pour finir ce petit billet, un essai d'interprétation qui me paraît intéressant. "Les démasqueurs de scandale prennent le goulag pour Disneyland". Est-ce une référence à Georges Marchais, leader communiste à l'époque, qui avait qualifié le bilan de l'URSS de "globalement positif" ? On se souvient (les plus de 35 ans se souviennent...) que sa phrase favorite était "c'est un scandale". Je ne suis néanmoins pas certain de la validité de cette interprétation. Si quelqu'un a une autre idée...
19:04 Publié dans L'homme politique, le roll-mops et la cuve à mazo | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : spleen, politique, ego-trip-transit