15.03.2009

Quand il est mort le poète...

Tous ses amis pleuraient, dit la chanson...
Ce soir, nous sommes nombreux à pleurer celui qui était sans conteste, la plus grande figure actuelle de la chanson française. Une oeuvre exigeante et ouverte, hermétique et populaire, pessimiste et humaniste. Un très grand musicien, un interprète hors norme. Une présence extraordinaire, toute de bienveillance et d'intensité...
Alain Bashung est mort, il était un magicien, un sorcier vaudou, un alchimiste de la musique et du verbe. Il nous quitte sur un  dernier album magnifique et des concerts incandescents. Il nous laisse ses chansons à écouter...

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"Un jour je parlerai moins
Jusqu'au jour ou je ne parlerai plus
"

08.03.2009

Amour est enfant de Folie

Passées les premières chansons, nous basculons maintenant dans la deuxième partie de l'album, pour un changement de décor radical. Aux chansons courtes succèdent les longs morceaux de bravoure. Aux mélodies, les longs moments parlés. Aux arrangements structurés, les constructions plus complexes. Nous entrons dans l'univers du poème en prose, ou Thiéfaine paie sa dette aux maîtres surréalistes.


Pour aborder cette partie, j'ai choisi de considérer "De l'amour..." et "L'agence des amants..." comme un diptyque, c'est à dire comme un ensemble cohérent et animé d'une logique identique. Pourquoi ce choix ? D'abord, parce que la forme est identique : ce sont deux poèmes parlés sur des arrangements musicaux. La seule différence vient de la présence d'un refrain dans "L'agence des amants...". Ensuite, parce que les thèmes se rejoignent : Amour et Folie. Enfin, parce que l'un peut être considéré comme une suite logique de l'autre.

Sur des musiques parfois étranges et inquiétantes (bruitages, rythmique entêtante de "L'agence..."), un narrateur soliloque. Il s'imagine d'abord un avenir (le premier texte est au futur), ou plutôt veut s'en imaginer un. Comment interpréter autrement la supplique inaugurale, lancée comme chuchotée "écoute-moi mon amour".

Mais qui écouterais celui qui déraille de la sorte ? En effet, le discours que cet amant emprunte bien vite des chemins détournés. Confusion temporelle et spatiale, apparition d'un bestiaire fantastique (alligators, scolopendres, sirènes), tout semble indiquer que le récitant est en train de sombrer dans le délire.

Pourtant, une logique persiste en ce discours, celle des mots. Le réel est distordu, passé à la moulinette du langage. Les mots sont happés, soit pris au pied de la lettre, soit détournés en de superbes images (le magnifique "chapeau à cran d'arrêt", une des plus belles trouvailles de Thiéfaine). Ici l'écriture de Thiéfaine se fait totalement surréaliste en ce sens ou le poète, non seulement dit le réel, mais il le fait également. Au feu du langage, la réalité se transforme tel un processus alchimique... Le narrateur est peut-être en proie à la folie, mais qu'importe ! Par ses images, ses jeux de mots, son aptitude à mettre en oeuvre des situations absurdes, Thiéfaine crée un univers qui n'a pas moins de force que la réalité, puisqu'il est le réel même. Jugeons plutôt : jeux de mots (de Marignan à Marignane), métaphores et comparaisons absurdes ("beau comme un passage à niveau"), glissements de sens (le mot "sirènes"), réminiscences (les tilleuls font penser à l'arôme "tilleul-menthe"). La déstructuration du langage accompagne celle de l'esprit : Un monde se crée, ou le temps et l'espace n'ont plus cours, ou vit un bestiaire hallucinatoire qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène du Cercle rouge(des monstres sortent dans la pièce pour attaquer un Yves Montand en plein délire alcoolique).

spaceball.gif2506547804_6ea42f3181.jpg%3Fv%3D1211225923Ce monde est ici créé par le seul pouvoir du langage, il rejoint une conception de la langue ou dire, c'est faire, dire c'est créer...

 

 

"Au commencement était le Verbe
Et le Verbe était avec Dieu
Et le Verbe était Dieu"
Evangile selon Saint-Jean

L'allusion à la résurrection christique n'est pas innocente à mon sens, en ce qu'elle est liée au pouvoir du langage. Le Christ, donc son Père, a le pouvoir de ressusciter d'entre les morts (ou de faire revenir d'autres personnes) par le pouvoir de sa parole. Ici, le langage est bien le révélateur de la folie du personnage, mais aussi à mon avis, de l'indéfectible croyance de Thiéfaine dans le pouvoir et la force des mots. Entre deux êtres qui s'aiment... ou entre le narrateur et sa lubie, un rendes-vous est fixé, il doit et va avoir lieu ! Qu'importe en fait, que cet amour existe ou non, qu'importe ou elle se trouve, qu'importe que cette rencontre ait eu lieu ou même qu'elle ait lieu. Ici, la force des mots emporte tout dans une mélancolie douce-amère et laisse le personnage dans un état partagé en attendant la rencontre avec celle qu'il a semble-t-il déjà connue... Etat d'un entre-deux, état d'attente, joie et douleur mêlées, entre extase et folie... N'est-ce pas, au fond, le discours amoureux ?

Ne parvenant pas à nommer la spécialité de son désir pour l'être aimé, le sujet amoureux aboutit à ce mot un peu bête : adorable !
Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux

Un poème pour finir et pour illustrer tout celà. Je ne sais pas si je vous ai déjà parlé de Louise Labé, poétesse lyonnaise du XVIème siècle :

Je vis, je meurs : je me brûle et me noie,
J’ai chaud extrême en endurant froidure ;
La vie m’est et trop molle et trop dure,
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout en un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure,
Mon bien s’en va, et à jamais il dure,
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être en haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

Louise Labé

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04.03.2009

Etre ou ne pas être beauf

Lu dans Libération il y a de cela quelques mois, à propos d'un film sur Ian Curtis :
"On écoutait seul Joy dans sa chambre parce que les autres mecs du lycée étaient des beaufs infâmes et qu'ils écoutaient Hubert-Félix Thiéfaine".

Ou on apprend qu'il est impossible d'écouter Thiéfaine ET Joy Division. Pourtant, bien des thématiques sont communes à Thiéfaine et Curtis, dans ces années 80. Ce sont deux sombres poètes, qui parlent du mal de vivre et de la difficulté d'être. La musique n'est parfois pas si éloignée (voir l'album "alambic sortie sud", avec les guitares aux accents délicieusement décadents). Bref, on y apprend que Libération s'arroge le droit de dire qui doit écouter quoi.
Ou on apprend aussi qui est beauf et qui ne l'est pas. Typique aussi, du parisianisme bobo-branchouillo-méprisant des pages "culture" de Libé. On y apprend donc qu'un journaleux de Libé s'installe en arbitre des élégances. Bravo !
Et ? Et ce sera tout. Inutile de faire davantage de pub à ce triste sire. Je m'en vais de ce pas, réécouter Thiéfaine. Avec plaisir, et pas tout seul dans ma chambre ;))
Bonne écoute à tous les fans d'Hubert (et à ceux de Joy aussi).

Ce soir, remise en ligne des textes écrits à propos du troisièeme album de Thiéfaine. Il en manque, je vais donc me remettre à l'écriture d'ici à la fin de la semaine. Bonne soirée à tous.

Comme un chien dans un pays imaginaire...

Sur une insolite musique de reggae (insolite car inhabituelle chez Thiéfaine), se clôt cette première partie de l'album. Rock, folk, pop, reggae, les genres musicaux sont très éclectiques, et les thèmes aussi. En effet, le chanson "comme un chien dans un cimetière" marque véritablement le tournant de l'album : Après deux chansons fort gaillardes voire paillardes, une introspection ricanante et une variation drôlatique sur le thème du sado-maso, voici venir une triste et lancinante chanson, rythmée par une comparaison qui renvoie régulièrement l'auditeur à une solitude et une tristesse absolues.
C'est peu de dire en effet, que cette chanson est triste. Autour d'un bestiaire fort anodin en apparence (lapins, canari, chien), l'auteur organise un jeu d'écriture alternant comparaisons ("comme un chien dans un cimetière") et métaphores ("les scellés sur mon coeur") qui nous mène d'un état d'euphorie supposée à une lente descente aux enfers intérieure. Euphorie supposée car la première phrase, son herbe et ses lapins, renvoie explicitement à un couplet de la "fille du coupeur de joint". Le ciel est bleu, tout va bien, nous allons pouvoir poursuivre sur le ton des chansons précédentes...

Mais ici, cette euphorie passagère s'estompe très vite et ne débouche que sur l'impossibilité à communiquer : "faux numéro", "ne cherches plus dans l'annuaire", "je vais pouvoir m'évanouir"... Le récitant s'enfonce peu à peu dans une détresse qui se marque de façon physique (céphalée) et surtout mentale. Les hallucinations débutent, visuelles et auditives, pour se clôre dans un éclat de rire qui est celui au choix, de la folie ou du désespoir.
Dépression ? Mauvais trip hallucinogène ? Désespoir profond ? Un peu des trois peut-être, mais cela ne saurait expliquer la charme paradoxal, bizarre et douceâtre qu'exerce cette chanson. Cette exploration aux frontière de la folie et de l'halluciné, me paraît surtout importante en ce qu'elle aborde le thème fondamental de la fuite du temps et du deuil de l'enfance.
Le temps est omniprésent dans cette chanson : "14 juillet", "jour J"... et non "H" comme dans la Variation sur le complexe d'Icare, chanson qui parle surtout... de l'enfance, et oui ! La doucereuse descente aux enfers est en effet rythmée par un retour très régulier du thème de l'enfance. Le récitant désire à toute force se purifier, rejeter ses "ordures" pour retrouver un état d'enfance, une sorte de paradis perdu. Pourtant, et c'est la note pessimiste finale, les enfants eux-mêmes semblent avoir perdu cette innocence si tant est qu'ils l'aie possédée un jour...

Ce thème du retour vers l'enfance n'est pas propre à Thiéfaine. Il est très important notamment, dans la littérature anglaise du XIXème siècle. Ce "bateau" qui retourne vers l'enfance est semblable à celui de Jim Hawkins dans L'Ile au trèsor... Ile fantastique et fantasmatique que cette île, ou tout est possible, ou les méchants sont à la fois terrifiants et vulnérables, ou tout est possible aux jeunes aventureux.

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Ce bateau est surtout celui du retour vers un état de paradis originel et d'innocence, vers ce pays imaginaire créé par James Barrie dans Peter Pan. Pays ou l'imaginaire est roi, mais un imaginaire dangereux sous des airs tranquilles. En effet, Peter Pan est aussi un livre sur la mort, et sur la peur de la mort, raison de la volonté de Peter de ne pas grandir. La mort est très présente dans l'œuvre, sous différentes formes : elle est symbolisée par le crocodile-horloge, elle est la terreur du Capitaine Crochet et de Peter, mais elle est aussi thématisée indirectement par certains motifs récurrents de l'œuvre, notamment par l'oubli. Enfant égotiste et dénué de sentiments, Peter oublie ses aventures au fur et à mesure de leur déroulement, il nie tout simplement l'évolution et la maturité...

Au final, partir vers l'enfance serait refuser de grandir et de vieillir. Ce serait refuser le temps qui passe et son cortège de décrépitudes.

Mon sentiment dans cette chanson, est ici d'écouter la voix de quelqu'un qui accepte, même par désespoir, que la vie soit d'abord un passage à l'âge adulte, quel qu'en soit le prix.

Ce billet est dédié à Katell. Je te souhaite beaucoup de courage en cette épreuve qui te frappe.

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Et s'envolent les filles...

En voici encore une, de chanson populaire détournée par le sieur Thiéfaine ! A l'origine sans doute de ce texte, une jolie chanson de marins : "Les filles de la Rochelle" :
"Sont les fill's de La Rochelle
Qu'ont armé un bâtiment
Pour aller faire la course
Dedans les mers du Levant

Ah la feuille s'envole, s'envole
Ah! la feuille s'envole au vent"

Une fois de plus, l'esprit compilateur et détourneur de Thiéfaine s'en donne à coeur joie. Cette ritournelle populaire est malaxée, mise à mal et finalement remixée pour en faire un refrain paillard dans la digne tradition des chants de carabins. Pourtant, le pastiche et le détournement ne sont pas si innocents qu'ils en ont l'air.
D'abord, à l'instar de "la fille du coupeur de joint", l'imitation et le détournement sont habiles et respectent les canons du genre : ritournelle reprise de façon régulière, musique sautillante comme une gigue, accent idoine quoique davantage franc-comtois que charentais (et o l'est in cagouillard qui z'ou dit !). De fait, tout commence comme bien des fois : "c'est l'histoire d'un pauvre gars...". Pauvre Martin, pauvre misère, pourrait-on penser alors à l'instar de Brassens...
"Pauvre Martin, pauvre misère
Creuse la terre, creuse le temps"

Et... tout bascule dès le second vers ! Ah le bougre, encore raté ! Le pauvre gars court la gueuse et la greluche, juché sur sa motocyclette. Bien vite alors, nous basculons dans le trivial et le gaillard : misère sexuelle, frustration... pour finir une fois de plus (la deuxième de l'album !) dans une zoophilie béate...

Alors, simple pochade ? Défoulement gaillard et paillard, chanson sans intérêt ? Je ne le pense pas, et à plusieurs titres. D'abord parce que Thiéfaine emprunte ici à une tradition de la chanson paillarde française qui a aussi inspiré les plus grands (Brassens et Perret entre autres). Rien de dégradant donc dans cet exercice que même les plus grands écrivains ont pratiqué... On peut citer les "exploits d'un jeune Don Juan" d'Appollinaire, les délires sexuels d'Artaud, Bataille, Céline ou encore ce fort joli quatrain :
"J'ai joué je ne sais ou
A un billard d'étrange sorte
Les billes restent à la porte
Et la queue entre dans le trou"
Et c'est de... Victor Hugo

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Ceci pour dire que ce genre de texte s'inscrit dans une lignée que même les plus grands n'ont pas dédaignée et qui trouve son apogée à mon sens, dans l'oeuvre de Frederic Dard (le bien nommé) alias San Antonio.

Qu'il me soit permis enfin, de dire tout le bien que je pense de ce texte à titre purement personnel. Car il évoque pour moi, une époque à la fois triste et joyeuse, de frustration et de découverte mêlées : Mon adolescence. Ce texte sent le carburant de mobylette versé dans le réservoir, les fumées pétaradantes qui sortaient de l'engin, et bien sûr la vitesse dudit engin, inversement proportionnelle au bruit qu'il faisait. Ce texte fleure bon les sorties du samedi soir au "Macumba club", à la "Pitchouli" ou au "Miami" (noms garantis authentiques), la dragouille pas toujours couronnée de succès, les petites "pétasses" du samedi soir en mini-jupes qu'on regardait avec envie et qui étaient aussi peu à l'aise que nous en vérité. Ce texte me raconte un temps ou j'avais des jeans moule-burnes et la coupe de cheveux "mulet", un temps ou Cindy Lauper et Kim Wilde étaient des fantasmes qui enfièvraient nos nuits ("Oh girls, they wonna have fun") et ou les filles étaient des êtres étranges que nous avions tant de mal à comprendre. Ce texte me raconte enfin, mon pays d'origine, ma Saintonge ou j'ai vécu, ou on parle le "chérentais", ou "j'avons un habrail que tié badouères z'entandant reun". Pour tout celà, soyez remercié Mr Thiéfaine car vos textes me rendent heureux et me donnent à penser et à me souvenir... Merci encore.

Pour nous quitter, trois extraits de chansons que j'aime beaucoup :

"Tout au long de la vie qui pique,
On prend des beignes
À vouloir toucher les filles électriques,
Des sacrées châtaignes.
On retrouve, couché par terre,
L'effet uppercut.
Les filles, sans en avoir l'air,
Ça électrocute."

Souchon, Les filles électriques

"J'ai une tendresse particulière
Pour ces filles qui n'ont pas d'manières
Les hospitalières, les dociles
Vous les appelez les filles faciles
Celles qui marchandent pas leur corps
Ni pour des mots ni pour de l'or
Pour qui faut pas tout un débat
Ni pour leur haut ni pour leur bas
Pour quelques notes de guitare
Elles dormiront un peu plus tard (...)

Petite chanson d'reconnaissance
Pour ces stars d'mon adolescence
Je n'en ai oublié aucune
Chères et précieuses une à une"

Goldman, Les filles faciles

"Je n'étais pas de celles
A qui l'on fait la cour
Moi, j'étais de celles
Qui sont déjà d'accord

Vous veniez chez moi
Mais dès le lendemain
Vous refusiez en public
De me tenir la main"

Bénabar, Je suis de celles

Ce petit post est dédié aux filles de la Rochelle et d'ailleurs, aux filles de ma jeunesse et d'avant... Aux filles à qui je n'ai pas osé ou pas su dire les mots qu'il fallait, les mots que j'aurais bien voulu dire.
On est bien con, quand on n'a pas vingt ans et qu'on a peur d'aimer...

Amour flou

"Laissez-moi penser que vous serez prête alors à incarner cette puissance éternelle de la femme, la seule devant laquelle je me sois jamais incliné. Que vous veniez de fermer un pupitre sur un monde bleu corbeau de toute fantaisie ou de vous profiler, à l'exception d'un bouquet à votre corsage, en silhouette solaire sur le mur d'une fabrique - je suis loin d'être fixé sur votre avenir laissez-moi croire que ces mots : « L'amour fou » seront un jour seuls en rapport avec votre vertige."
André Breton, L'amour fou

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Et oui, je me plais à croire que ce texte si simple en apparence du sieur Thiéfaine, est une incarnation certes déformée et grotesque mais bien vivante néanmoins, de ce texte magnifique -mon préféré surtout- d'André Breton.
Dans ce livre centré autour des hasards et coïncidences d'une rencontre amoureuse, ce récit apparemment déstructuré, Breton développe deux idées essentielles : La "beauté convulsive", magnifique image dont Thiéfaine a récemment tiré parti ("douceur convulsive des ventres funéraires") et la beauté d'être "aimé follement", ce qu'il finit par souhaiter à sa fille en une magnifique adresse finale.
Entre "beauté convulsive" qui fonde tout amour charnel et conditionne l'attrait sexuel, et amour platonique et de pur esprit, Breton situe "l'amour fou", point de rencontre des êtres et des sentiments... Regards échangés ("ils ont vu comme ils étaient beaux"), rencontres de hasard dans les transports en commun ("métro") et voilà l'amour fou qui transfigure deux personnes.

Simples "bêtes à dodo" condamnées au triste quotidien banal d'un métier sans joie, voilà deux êtres saisis par la passion charnelle et sensuelle. Deux êtres qui se trouvent et se complètent, qui s'enroulent sur eux-mêmes ("position de l'escargot", à tester !) et s'isolent du monde, même s'il s'agit de ne se retrouver que dans un "hôtel paumé aux murs glacés d'ennui". Deux êtres qui s'extirpent du quotidien pour un plaisir éphémère mais vu comme un "cadeau", pour un moment volé (ils vont d'ailleurs se perdre ensuite) qui agit comme une drogue euphorisante (allusion double sens au "pavot") dans ce moment ou il abandonne "ma racine à ta blessure".
Alors bien sûr, l'amour meurt. L'amour est mou, l'amour est flou, l'amour est saoûl... Et les histoires d'amour finissent mal en général. Qu'importe, de cette apparente pochade écrite par Thiéfaine, subsiste néanmoins le parfum de l'amour fou, ce ces moments de plaisir ou tout semble permis, ou le ciel et l'enfer partagent à deux, ou le quotidien même se transfigure sous l'effet du rêve, de l'imagination et de l'écriture...

Ben, ce n'est pas le surréalisme, ça ?
Si fait mon bon, ça l'est bien ça...

Alors, "l'amour mou", nouveau manifeste surréaliste ? Et pourquoi pas ?

Puisque vous êtes gentils et que je suis resté absent bien longtemps, deux petites citations pour la route :

"Ils sont arrivés se tenant par la main

L’air émerveillé de deux chérubins

Portant le soleil ils ont demandé

D’une voix tranquille un toit pour s’aimer"

Edith Piaf, Les amants d'un jour

"La mer en vous comme un cadeau
Et dans vos vagues enveloppée
Tandis que de vos doigts glacés
Vous m'inventez sur un seul mot
O Ma Frégate des hauts-fonds
Petite frangine du mal
Remettez-vous de la passion
Venez que je vous fasse mal
Je vous dirai des mots d'amour
Des mots de rien de tous les jours
Les mots du pire et du meilleur
Et puis des mots venus d'ailleurs
Je vous dirai que je t'aimais
Tu me diras que vous m'aimez
Vous me ferez ce que tu peux
Je vous dirai ce que tu veux"

Léo Ferré, L'amour fou

Et surtout, n'oubliez pas d'aimer !

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La fille au coeur d'acier

Tiens, pourquoi ce titre me direz-vous, au moment d'évoquer cette "groupie" d'un genre un peu particulier ? Et bien, j'invite ceux qui s'intéressent à Higelin à aller écouter ce magnifique album nommé "Irradié"... ça ne date pas d'hier, j'en conviens, mais je pense que vous ferez vous aussi quelques liens intéressants avec la chanson que je vais évoquer dans cet article.
Après une auto-analyse centrée sur l'amour de soi, place à l'amour physique ! Et quel physique ! Nous voici dans une typique relation masochiste entretenue par le personnage jouée par Thiéfaine. Masochiste car fondée sur la douleur physique, mais surtout car le personnage y jouit d'une inversion des valeurs et des hiérarchies. Une "groupie" est traditionnellement une "fan" inconditionnelle, béate d'admiration et éperdue d'amour :

"Elle passe ses nuits sans dormir
A gâcher son bel avenir
La groupie du pianiste"

Michel Berger bien sûr, je n'ai pas pu y résister !

Cette inversion des hiérarchies est accentuée par les multiples humiliations (travestissement, zoophilie) et tortures subies par le héros : rasoir, couteau, nerf de boeuf, chaîne de vélo, la liste est impressionnante. Cette relation est bien sûr développée sur un ton badin, mais l'apparente futilité du texte ne saurait masquer le message. Au final, les deux amants sont heureux ! Heureux car sans complexes, heureux car allant au bout de leurs envies, heureux car assumant leur fantasmes, y compris la jeune fille qui essaie ses instruments sur elle-même. Détournement pervers du "jouissez sans entraves" soixante-huitard ? Un peu. Un peu aussi de cette vision très thiéfainienne des femmes : fortes car assumant leur sexualité, fortes car sans chichis ni manières, avec leurs idées et leurs problèmes.
Cette groupie virulente et dominatrice, ange et démon à la fois, douce et perverse, vierge et putain, est la première d'une longue liste de personnages féminins chez Thiéfaine : Lilith bien sûr, mais surtout la "Sweet Ammanite Phalloïde Queen" et la "Go qui cache pas ses blèmes" (noter à ce propos la récurrence du "c'est juste une"). Femme forte, dominatrice et tentatrice, femme jouisseuse sans complexe, femme fragile aussi. Ce personnage féminin archétypal est celui de la femme éternelle, attirant l'homme mais le piégeant aussi : Eve, Lilith, Salomé et bien d'autres !

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A ceux qui trouveraient que cette interprétation d'une relation sado-masochiste va un peu loin dans l'extrapolation vers des visions biblico-mythiques, je répondrai avec cette citation de Leopold Von Sacher-Masoch (oui, celui dont vient le mot "masochisme", mais il était d'abord un grand écrivain) :

« la femme, telle que la nature l'a faite, et telle qu'elle attire l'homme de nos jours, est son ennemie et ne saurait être que son esclave ou bien son tyran, mais jamais sa compagne. Cela, elle ne pourra l'être que lorsqu'elle sera son égale en droits, son égale aussi par son éducation et par son travail ».

In La Venus à la fourrure

Là, pour le coup, j'attends des commentaires de ces dames et demoiselles !

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Analyse sans concession

Première chanson de l'album, "psychanalyse du singe" a connu en 2006, un grand retour par la grâce des arrangements de Péchin et d'une légère modification des paroles. Cette nouvelle version live est intéressante à deux titres :
D'abord parce qu'elle fait ressortir le côté franchement rocky et pêchu de la chanson. Cet aspect est quelque peu étouffé sur le disque original, avec notamment des  parties de guitare qui semblent comme assourdies et édulcorées. Manque de temps ? De moyens ? Production trop rapide ? Toujours est-il que le morceau retrouve ici ses vertus musicales : En un mot, ça dépotte !
Ensuite parce que la réécriture concerne le dernier couplet et qu'elle n'est pas anodine. Les premières phrases du dernier couplet étaient à mon sens les plus faibles de la chanson et la nouvelle version est un "plus" incontestable ("A trop squatter les lupanars/On prend l'affreux rire de l'idiot"). Quant à la nouvelle fin de ce couplet, elle est bien dans le ton du Thiéfaine de toujours : provocateur et de mauvaise foi, ricaneur professionnel et râleur impénitent.

Le rire, ou plutôt le ricanement. Voilà bien ce qui me semble caractériser cette chanson. Thiéfaine, dans un exercice inspiré de la psychanalyse, dresse d'abord de lui-même un portrait sans concession : "barbare", obsédé sexuel, exhibitionniste, parano, il remonte comme dans une analyse de son enfance à son état actuel. Les termes médico-psycho-socio abondent : "psychanalyse", "libido", "parano", dans un texte qui culmine avec cette faramineuse explication de la névrose de l'auteur : la mort d'un éléphant, le jour même de sa naissance ! Voilà un trauma bien lourd à porter.
On l'aura compris, la dérision est reine dans cette chanson. Thiéfaine s'y caricature, jouant avec ses thèmes préférés : psychanalyse, sexe, musique, pour mieux les détourner. Comme dans "la fin du Saint-Empire-Romain-Germanique", l'écriture est ici un moyen de mettre à distance des angoisses bien réelles.
Angoisses ? D'abord, celle de l'utilité pure et simple d'être chanteur. Etre "chanteur populaire" ? Avoir du succès ? Ou bien chanteur avec le "sourire engagé", ce lui qui "ne chante pas pour passer le temps" ? Ces phrases anodines en apparence renvoient bien à une réalité de l'époque, celle qui oppose la chanson française de "variétés", chanson populaire à succès, à la chanson "engagée" qui prétend dénoncer les turpitudes du monde :
"Il se peut que je vous déplaise
En peignant la réalité
Mais si j'en prends trop à mon aise
Je n'ai pas à m'en excuser
Le monde ouvert à ma fenêtre
Que je referme ou non l'auvent
S'il continue de m'apparaître
Comment puis-je faire autrement
Je ne chante pas pour passer le temps
"
Jean Ferrat, 1968
De même, il est difficile de ne pas voir dans cette chanson, un écho au "chanteur" de Daniel Balavoine, sorti deux ans plus tôt.

Voilà donc Thiéfaine qui s'interroge sur le sens même de son activité. Simple "piège à filles" ou réflexion plus profonde sur le monde tel qu'il est et qu'il va ? Il ne faut pas oublier que cette période est pour HFT, le moment ou le succès commence à se manifester. Les années d'efforts portent leurs fruits, les salles se remplissent... et le chanteur se sent enfermé dans un personnage de clown dérisoire qui n'est pas lui. "Rigolo", "cabot", arborant le "sourire engagé" puis "l'affreux rire de l'idiot", il est réduit à un rôle de bouffon que méprisent les chanteurs "sérieux" et les "vieux ringards". Au final, le voici réduit à faire le "singe", grotesque figure projetée sur le devant de la scène "sous les projos", exhibée comme un animal rare ou un phénomène de foire.

Angoisse toujours et enfin, celle de ne pas être à la hauteur d'une grande mission artistique et de maîtres illustres. Ce qui frappe dans cette chanson, c'est aussi la profusion et la qualité des références littéraires et artistiques :

"L'art pour l'art", mouvement artistique et école de pensée née au XIXème siècle autour notamment de Théophile Gautier.
Le "singe", doublure grotesque de l'artiste comme dans les cirques ambulants d'autrefois, est un personnage présent en de nombreuses productions littéraires, étant par exemple le "compagnon" du signor Vitalis dans "Sans famille" :

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Mais ce singe est peut-être aussi, comme signalé dans un article de wikipédia, une forme symbolique de la dépendance à la drogue : "Ce que l'on appelle le "singe" est en fait une métaphore pour désigner l'attachement à une drogue créant une dépendance importante. Lire "Le festin nu" de William Burroughs. Le "singe" s'agrippe à votre nuque et ne la lâche plus... ".

A voir, je vous laisse juges de cette interprétation. Il n'en reste pas moins que tout s'organise autour de cette figure, de ce double grotesque de Thiéfaine, de cet "homme qui rit", qu'il soit mutilé comme chez Hugo ou devenu fou suite à une maladie contractée dans un lupanar.

Cette passionnante psychanalyse est au final pour moi, davantage une tentative de tenir à distance cet animal étrange, ce double un peu pervers de l'artiste, celui vers lequel il ne cesse de retourner quand le doute s'installe...

De l'âme, de là, de loin...

Studios2.jpegNous voici donc de nouveau branchés sur le hasard, pour cette chronique du troisième album du sieur Hubert. Nyctalopus airlines reprend son envol et le commandant de bord a rattaché sa ceinture... Moteur !

Un troisième album fort mésestimé... Et par Thiéfaine lui-même pour commencer ! Il a été écrit qu'il ne s'agissait ni plus ni moins que de "fonds de tiroir", que Thiéfaine se contentait d'en finir avec son "trésor de guerre" ( dans l'excellente revue Chorus). Thiéfaine l'a dit et redit, il ne se sentait plus lui-même au moment de la réalisation de cet album et il en a largement délégué la réalisation. Bref, ce serait un album de fin de cycle et da qualité fort médiocre.

Revenons au réel, c'est-à-dire à l'album lui-même. Il appartient incontestablement au même cycle que les deux précédents : Les pieds au mur dans le premier, de dos dans le second, voilà l'artiste qui se dévoile dans le troisième, affublé d'un dérisoire nez rouge et de superbes bacchantes. C'est le dernier avatar du Thiéfaine folkeux et absurde, de ce personnage décalé qu'il avait mis en scène dans ces premiers albums. Ce hippie lunaire va bientôt céder à la place à un rocker dur féru de poésie urbaine, de guitares saturées et d'ambiances musicales new wave. Les seventies cèdent place aux eighties, le noir sera bientôt de rigueur et la mélancolie des âmes gagnera nos pensées adolescentes.... Album de transition, de réflexion, de doute ou l'artiste questionne son identité personnelle et artistique, album de passage. Album qu'on aurait alors tendance à voir seulement pour ce qu'il clôt et non pour ce qu'il promet.

Mais au fait, est-ce vraiment cela que cet album ? Une fois de plus à mon sens, Thiéfaine a trompé son monde !
Un album peu important... dont deux titres sont encore repris en concert par l'artiste près de 30 ans après...
Un album de raccroc, pauvre et peu construit... avec une richesse et une variété musicale en fait remarquable !
Un album décousu... qui s'organise selon une thématique bien précise !
Un album secondaire... qui contient au moins un texte fabuleux du monsieur... mais je ne vous dirai pas lequel ! ;))

A mon sens, l'album s'organise en deux parties qui déclinent une même thématique : L'AMOUR, au travers de ses rêveries sentimentales, de ses élans quasi métaphysiques et de ses réalités fort charnelles. Le titre emprunte au "De l'amour" de Stendhal avant de dériver vers une gaillardise assumée.
La première partie contient les 5 premières chansons, "comme un chien dans un cimetière" agissant comme un pont au-dessus d'une eau trouble. Cette partie décline des formes d'amour très physiques : sado-masochisme, nymphomanie, exhibitionnisme et même zoophilie ! De l'amour de soi (psychanalyse du singe) au dégoût de soi-même (comme un chien dans un cimetière), à la première ou à la troisième personne, voilà le Hubert (ou le Félix, ou le Thiéfaine, ou l'un après l'autre) qui expérimente les mille et une facettes de l'amour. Ce voyage se fait aussi au gré d'une grande variété musicale : rock, folk, reggae, pop sont convoqués au fil de cette déambulation rigolarde et assumée... Qui se clôt néanmoins sur un constat fort désespéré : ennui général, espoir néant ! L'amour physique est sans issue...

Place donc à une deuxième partie (les 3 derniers morceaux) qui se place carrément sous le signe de la mélancolie ! Ne pas se laisser abuser par le groove fonky de "l'agence des amants de madame Müller" : ça groove certes, ça jouit aussi, mais la fin est carrément calamiteuse. Entre quatre murs, le personnage ne sait vraiment plus qui il est. Cette folie destructrice, qui éparpille des morceaux de conscience aux quatre coins de l'âme, est bien la conséquence de l'amour ! Cette mélancolie qui vous prend et ne vous lâche plus, elle est bien aussi la conséquence de l'amour ! Il est notable d'ailleurs que lorsque Thiéfaine a réécrit les paroles de "Psychanalyse du singe", il insiste sur les ravages physiques... de l'amour ("l'affreux rire de l'idiot") auxquels "le jeu de la folie" fait aussi allusion (la syphilis de Baudelaire).

L'amour rend aveugle, fou et mélancolique... Voilà pourquoi cet album est pour moi, le frère aîné de "Scandale mélancolique". Aussi varié musicalement, aussi décousu à la première écoute, aussi profond en réalité ! Album de remise en cause, de prise de distance ou paradoxalement et parce qu'il s'en désintéressait, l'artiste se livre à coeur découvert. Le dernier morceau, le chef-d'oeuvre de l'album à mon sens (ça y est, je l'ai dit !) est symptomatique de tout cela car il annonce les grands textes des albums à venir.

Melancolie.gif

Mises à jour...

Première mise à jour : la dernière version de l'Amicalement Blues Live (merci au site officiel)

25/06 : Poligny - Moulin de BRAINANS (39)
26/06 : Poligny - Moulin de BRAINANS (39)
28/06 : Paris Olympia
29/06 : Tournon (07), festival Fest'Route
04/07 : Argelès-sur-Mer (66), festival Les Déferlantes
06/07 : Albi (81), festival Pause-Guitare
11/07 : Nonsard (55), Lac de Madine
12/07 : Cognac (16), fête du Cognac
13/07 : Aix les Bains (73), festival Musilac
19/07 : Auxerre (89), festival Aux Zarbs
20/07 : Calais (62), festival de la Côte d'Opale
24/07 : Nice (06), Nice Jazz Festival
26/07 : Brout Vernet (03) - Festival Rock Preserv'
09/08 : Crozon (29) - Festival du bout du monde
19/08 : Châteauroux (36) - Festival Darc
23/08 : Pont Sainte-Maxence(60), festival la Ferme du Rock
10/10 : Bruxelles , Belgique, Cirque Royal
11/10 : Nancy (54), Nancy Jazz Festival

Deuxième rectificatif : la play-list du concert de l'Olympia (merci à Yoann !)

1/ spécial ado sms blues
2/ l'appel de la forêt
3/ juste avant l'enfer
4/ strindberg 2007
5/ amant sous contrôle
6/ your terraplane is ready mister bob
7/ distance
8/ avenue de l'amour
9/ rendez-vous au dernier carrefour
10/ les douceurs de la vengeance
11/ le vieux bluesman et la bimbo
12/ photographie d'un rêveur
13/ la beauté du blues
14/ lorelei sebasto cha
15/ fin de partie
16/ barjoland
Présentation des musiciens
17/ est-ce ta première fin de millénaire?

Rappel :
18/ émeute émotionnelle
19/ cauchemar psychomoteur

Rappel :
20/ les mouches bleues
21/ rock autopsie

De superbes photos sont disponibles sur le forum de l'animal, et des extraits du concert sur son site. Yahou !!

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