28.02.2009
A l'autre bout des galaxies
Aujourd'hui, mise en ligne des textes relatifs à l'album "Autorisation de délirer". J'en profite pour faire le point sur la galaxie Thiéfaine sur le web.
Dans la colonne de gauche, vous découvrirez les liens conduisant aux sites relatifs à Thiéfaine. Parmi ces sites, je ne saurais trop vous recommander :
L'excellent "Planète Thiéfaine", même s'il n'est plus actualisé depuis deux ans.
Le tout aussi excellent "Voyage au bout du rêve" ou Arnaud accomplit un boulot de recherche et d'analyse vraiment fantastique.
Un petit mot aussi du site officiel pour dire qu'il s'agit d'un site officiel, avec ses qualités et ses défauts. C'est tout. Je vous conseille également de faire un tour sur le site du fan club officiel. Perso, je ne suis pas adhérent mais si la démarche vous tente, c'est là que ça se passe !
Pour ce qui concerne les blogs, ma triple préférence va :
A l'incontournable blog de l'incontournable animal bluesymental. Avec un lien vers un forum qui est sans doute le plus convivial parmi ceux relatifs à HFT.
Au "cabaret Sainte-Lilith" de Katell. Humour, sensibilité et grande profondeur d'âme. A lire !
Enfin, à "l'espace clandestin" géré par la soeur sparadrap sur Myspace. Pour l'instant, bien plus intéressant que le Myspace officiel...
Mais l'univers de Thiéfaine est à tout autre pareil. Son expansion permanente ne l'empêche nullement d'y voir mourir des astres et se créer des trous noirs. Dans la même nanoseconde apparaissent de petits soleils encore frileux, comme aux premiers matins du Monde. Dans la catégorie "De profundis", après le défunt "Passion Thiéfaine", j'ai retiré des liens le site "Monsieur Thiéfaine". Après moultes péripéties, le lien menait désormais sur un site... d'horticulture. Je sais bien qu'Hubert apprécie l'herbe, mais il y a des limites. De même, je n'ai pu que constater la disparition du blog d'Amnésik, sans conteste un des plus intéressants et des mieux réalisés qu'il m'ait été donné de voir. Dommage...
Enfin, une petite ballade m'a permis de découvrir quelques astéroïdes errant aux marges du système, de fulgurantes comètes ou des satellites inconnus :
Sur le groupe autopsie. Une récente rencontre m'a permis de me rendre compte que le sieur Starosta et moi-même avions la région bordelaise en commun. Nous étions probablement à quelques mètres l'un de l'autre lors des tournées "bluesymental tour" ou "fragments"... La Médoquine, que de souvenirs ! Mais là n'est pas la question: En allant fouiner sur le site d'autopsie, j'ai réécouté des extraits de leurs reprises de Thiéfaine. Y'a pas à dire, ça déchire ! De la technique, mais aussi beaucoup de sensibilité, des arrangements fins. La version des "dingues et les paumés" m'a particulièrement touché. Le site est dans les liens, allez-y voir noudidju ! De même, j'ai gardé en lien le magnifique site "HFT le poète maudit", même s'il n'est plus actualisé depuis de nombreuses années.
12:03 Publié dans Les fils du coupeur de joint | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : thiéfaine, blogs amis
Dies irae
Deuxième billet concernant "Alligators 427", pour nous intéresser cette fois à l'écriture et aux significations symboliques de ce texte.
Et si finalement, le nucléaire n'était pour Thiéfaine, que le récit d'une transmutation alchimique qui serait en train de rater ? Une transmutation qui dégénérerait en "mutation" et finalement provoquerait la perte de l'espèce humaine. Il est à noter que le dernier texte de l'album précédent contenait déjà un écho troublant : "tu verras tous ces petits alchimistes/pulvériser un continent".
A contrario de ce feu nucléaire que les humains ne peuvent maîtriser, c'est au poète de se faire "voleur de feu" (Rimbaud encore) pour aller chercher une raison d'être et de vivre. Ce passage dans le feu, c'est l'épreuve du réel, dont le poète sort plus fort et ressourcé... Et sa pratique alchimique à lui, c'est bien sûr le travail sans fin sur le langage : prendre et reprendre un texte, caler les images, trouver de nouveaux mots ("destructive" est un anglicisme utilisé uniquement dans le vocabulaire du...nucléaire !), de nouvelles comparaisons et de nouveaux thèmes. Le poète, rescapé du réel, l'a dompté en maîtrisant un feu tout aussi dangereux, sinon davantage : les mots. Je conclurai avec cette magnifique citation de Pierre Reverdy :
11:33 Publié dans Vive la mort | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : poesie, religion
Le feu du ciel
Le texte se construit selon une double logique : logique de répétition presque obsessionnelle et logique de montée en puissance et en tension. Chaque couplet est construit sur une première approche très sensitive et sensorielle, qui fait émerger des créatures de cauchemar qui ne sont pas sans rappeler les mythiques dragons.
Cette approche/accroche peut s'apparenter à une invocation du monstre. A la manière d'un sorcier en proie à une transe chamanique, l'auteur invoque la Bête en la nommant par ses attributs physiques (ailes, queue, yeux, crocs, griffes et enfin cerveau). Cette représentation hallucinée est accentuée par la force des images, comme si la perception sensorielle du poète était décuplée : odeurs (safran), toucher (cachemire, le zinc), goût (le sang), vue (phosphorescents, or, argent, jaspe, diamant), voila tous les sens sollicités. Et l'ouïe ? Et bien, le rythme s'en charge, avec un ostinato rythmique qui nous apparaît comme un grondement de bêtes certes lointain mais de plus en plus présent au fur et à mesure que se précise la menace.
Enfin, la montée en puissance de la MORT. Présente de manière récurrente à la fin de chaque couplet, dans un refrain ironique et dérisoire à la fois, elle ne cesse de prendre une place de plus en plus importante : Souffrance (le besoin de morphine), agonie, guerre, maladie, décomposition, jusqu'à ce que la mort devienne "un état permanent". La fin est consommée, les cavaliers de l'Apocalypse sont sur Terre (Guerre, Mort, Famine et Maladie), il n'y a plus d'autre choix que d'attendre...Attendre le prochain billet, qui vous parlera de la puissance stylistique de cette chanson, de ses diverses interprétations et de sa force symbolique... Ben oui, un peu de suspense ne nuit pas !
11:32 Publié dans Vive la mort | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : poesie, religion
Autorisation refusée
Deux parties bien distinctes structurent le texte :
" The machine has got to be accepted […] as a drug […] suspiciously. Like a drug, the machine is useful, dangerous and habit-forming." G. Orwell, in "Pleasure spots". Comment ne pas faire le parallèle avec cette "cover-girl" cellophanée qui se drogue et se détruit en même temps ?Il n'en reste pas moins que celui qui a engendré cette domination et cette situation machiniste des êtres humains, c'est l'homme lui-même.
La deuxième partie du texte met en place cette domination de l'homme par lui-même. Dans une société ultra fonctionnarisée et bureaucratisée, point de salut hors la soumission à une logique de formulaires. Monde clinique, effrayant de propreté et de calme, monde ou l'individu n'a plus sa place... Monde à la "Brazil", film déja évoqué dans ce blog. Monde ou l'apocalypse est proche, qu'il survienne par la révolte des parias ("revolvers au bout des yeux", image digne d'André Breton et de son "revolver aux cheveux blancs") ou par le feu nucléaire que nous contera le texte suivant...
11:32 Publié dans Nous sommes tous un peu trop fragiles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sf, folie
Rock not dead
Rock autopsie, titre net et définitif. Pourtant, 30 ans après, Thiéfaine joue encore et le cadavre a l'air bien vivant ! Dans cette chanson désabusée, Thiéfaine tire en fait un trait sur sa jeunesse et ses idoles. Massacre nécessaire pour mieux se construire une identité et mieux trouver sa propre voie, cette chanson se place musicalement dans le registre parodique que Thiéfaine emprunte volontiers. Rythme binaire, accords 100% rock, l'ensemble fleure bon les sixties comme plus tard le si mal nommé "rock joyeux". Bien campé sur ces bases musicales très "roots" (le solo est un modèle du genre), la chanson tourne vite eu jeu de massacre qui n'est pas sans rappeler les "chamboule-tout", ces attractions de fête foraine ou on dézingue des figurines représentant des personnalités célèbres.
Et il y en a, du beau linge : Dylan, les stones, les beatles, les who, Lou Reed, Hendrix, Jim Morrisson, Elvis Presley ! Le gotha du rock et du folk des années 60 et 70. Chacun a droit à un petit couplet qui détourne allègrement leurs chansons les plus connues : "Mister Tambourine man", "Lady Jane", "Lucy", "Lady madonna", "My generation", "Berlin", "Voodoo child", "Love me tender". Ce registre parodique n'a de cesse de se moquer plus ou moins gentiment de ces icônes du rock : Dylan défoncé, Jagger, les beatles et Lou Reed ringardisés, les autres presque tous morts ! De fait, c'est toute la mythologie "sex, drugs & rock'n'roll" qui est ici décortiquée avec lucidité et ravalée au rang de pantomime dérisoire. On va sur la tombe de Morrisson comme en pèlerinage, on écoute "My generation" mais tout cela est déjà passé. Victimes du show-biz, de la drogue et de l'alcool, un grand nombre d'idoles ont déjà disparu et les autres s'apprêtent à jouer leur propre rôle de manière plus ou moins pathétique jusqu'à aujourd'hui encore (voir les stones). Tout fout le camp, et même la sacro-sainte revue "Melody Maker" ne sert plus que de paillasson. C'était d'ailleurs prémonitoire, puisque la revue a disparu voici une dizaine d'années...
Au final, que reste-t-il ? Jouer du "traditionnel" avec de "vieux bouseux" (le groupe Machin ? On n'ose le croire !) ? S'enfermer dans l'aigreur et ressasser ses souvenirs ? S'accrocher à ces idoles dépassées ?





Une fois encore, la suite a montré que Thiéfaine a choisi d'aller de l'avant. Critiquer ses idoles de jeunesse n'est pas les renier, c'est au contraire un moyen de relativiser leur importance et l'ombre encombrante de leur présence, pour mieux avancer par soi-même et donner libre cours à sa propre créativité. Le son métallique des who, la poésie noire et incantatoire d'un Morrisson, la justesse d'écriture d'un Dylan, autant d'éléments qui sont en train de se fondre à l'époque chez Thiéfaine. Bien loin d'être un défoulement anecdotique, je vois au contraire cette chanson, comme une étape essentielle du processus de création chez Thiéfaine : Se libérer de ses maîtres pour mieux en être digne. Si cette chanson est devenue un classique du répertoire live de Thiéfaine, c'est non seulement par son côté entraînant, mais aussi par son aspect joyeusement et cyniquement destructeur. On construit toujours mieux sur les ruines de l'ancien monde. Bien plus tard, d'autres jeunes artistes s'appuieront eux aussi sur Thiéfaine. On peut juste regretter que ce soit dans un respect total et presque confit en dévotion.Qui bene amat, bene castigat.
11:30 Publié dans Quand la musique se fait bandante | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : musique
Le diable par la queue
"La queue", chanson autobiographique ? Sans doute, mais pas seulement. Dans un deuxième album plus fouillé et "mature", Thiéfaine prend le temps à plusieurs reprise, de se retourner sur son passé et son parcours. La construction du texte est à cet égard limpide : couplets en deux quatrains (rimes en "èr" pour le premier, en "o" pour le second), refrain différent introduit par la notion de rêve. Cette construction oppose un quotidien fait d'errance et de désillusions, à un "ailleurs" rêvé et fantasmatique marqué par un détournement des obsessions de Thiéfaine.
De fait, au travers de ces énumérations, se dessine une description de la galère physique et morale d'un individu perdu dans un monde qui le ballote et l'entraîne dans un sens ou dans l'autre. A chaque phrase éclate un sentiment d'absurdité et de non-sens. Rien ne sert à rien finalement, la vie se résume à une longue file d'attente qui se termine par des désillusions. Sont notamment visées dans ce texte, l'armée et la religion sous toutes ses formes (sectes ou bonnes soeurs dans des cas extrêmes). Dans le registre de l'attente absurde et inutile d'on ne sait qui ou quoi, voici un petit extrait qui m'a paru judicieux :
"VLADIMIR
Nous sommes contents.
ESTRAGON
Nous sommes contents. Qu'est-ce qu'on fait, maintenant qu'on est contents ?
VLADIMIR
On attend Godot.
ESTRAGON
C'est vrai.
VLADIMIR
Il y a du nouveau ici depuis hier.
ESTRAGON
On n'était pas là hier.
VLADIMIR
Tu ne te rappelles pas. Il s'en est fallu d'un cheveu qu'on se soit pendu. Qu'on -se- soit- pendu. Mais tu n'as pas voulu. Tu ne te rappelles pas ?
ESTRAGON
Tu l'as rêvé.
VLADIMIR
Est-ce possible que tu aies oublié déjà ?
ESTRAGON
Je suis comme ça. Ou j'oublie tout de suite ou je n'oublie jamais."
Samuel Beckett, En attendant Godot, Acte 2.

Pourtant, cet texte ne m'apparaît pas comme totalement pessimiste. En effet et de manière paradoxale, les refrains ouvrent une porte de sortie réelle quoique insolite. A la manière des surréalistes, c'est dans ses rêves, dans le "gel obscur de son mental", que le personnage transcende et combat ses doutes et ses démons intérieurs. En se rêvant en arme de combat, il conquiert une forme de toute-puissance (y compris sexuelle, voir le jeu de mots sur "se faire sauter"). Cette même puissance lui permet de toucher aux interdits sexuels et religieux à la fois, ce "slip de carmélite" lui offrant la protection, jusqu'à une paix finale que lui apporterait la mort.
Calme et douceur, lumières tamisées, le personnage "enfin solitaire" se sera alors trouvé et pourra se reposer l'âme. Paix illusoire sans doute, obtenue au prix d'un détournement de ses obsessions et de ses peurs. Mais une paix quand même, au bout de longues années. Pour illustrer ce propos, je vous propose un petit lien avec un extrait archi-connu et rebattu, mais qui me semble avoir du sens ici :
" Je vois les reflets d'une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil. Il ne me reste qu'à m'asseoir au bord de ma fosse, après quoi je descendrai hardiment, le Crucifix à la main, dans l'Eternité."
Châteaubriand, dernières phrases des Mémoires d'Outre-tombe.
11:29 Publié dans Nous sommes tous un peu trop fragiles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : mort, religion, drogue
Faites l'amour, pas la guerre
"Enfermé dans les cabinets" est une "hippie song". Et oui ! Bon, je vous l'accorde, c'est difficile à accepter comme idée, de prime abord. Mais lisez plutôt : "Make love, not war" disait les hippies.
La chanson toute entière se développe autour de cette opposition. D'abord le vocabulaire guerrier : "Mitrailleuse, barbelés, tenue léopard, cartes". Voila pour dresser le portrait de guerriers d'opérette, en l'occurrence la famille de la jeune fille. Famille de vétérans des guerres coloniales (Algérie et Tonkin), amis qu'on devine glauques à souhait, chasseurs de préférence, armés jusqu'aux dents. Cela ne vous rappelle rien ?
Et oui, voici l'adjudant kronenbourg ! Et voici bien sûr, son inséparable compagnon croqué par Cabu : Mon beauf !
Nous voila donc avec les héros, aux prises avec une bande de beaufs fachos, crétins et "fana-mili". Tout l'art de Thiéfaine ici, est de brosser un portrait féroce, au travers d'une porte de cabinets, d'une France hideuse, extrême-droitière, traditionaliste et pétainiste. Cette même France dont il fera plus tard le portrait à charge dans "exercice de simple provocation". Tout y passe : la nostalgie des guerres coloniales, le goût de la torture, la haine primale et agressive pour toute personne un peu différente (et le Thiéfaine chevelu en est une, de personne différente !). Bien sûr, quelques références sympas peuvent venir à l'esprit :Rasé c'est plein de tristesse et de kif
Tu te vois encore en tenue léopard bourrée d'explosifs
Sauter de ton aéroplane
La nostalgie camarade, la nostalgie camarade"
Y a une espèce de barbouze
Qui surveille les entrées,
Qui tire sur tout c' qui bouge,
Surtout si c'est bronzé,
Passe ses nuits dans les caves
Avec son Beretta,
Traque les mômes qui chouravent
Le pinard aux bourgeois.
Y s' recrée l'Indochine
Dans sa p'tite vie d' peigne cul.
Sa femme sort pas d' la cuisine,
Sinon y cogne dessus.
Il est tellement givré
Que même dans la Légion
Z'ont fini par le j'ter,
C'est vous dire s'il est con!"
Et en face ? Et bien, deux héros amoureux, jeunes et beaux ! Modernes aventuriers des gogues, Roméo et Juliette des chiottes, ils alternent le sublime et le grotesque avec aisance. De fait, cette chanson n'est pas sans rapport avec "la fille du coupeur de joint". Comme elle, c'est un hymne à la jeunesse et à l'amour, un encouragement à braver le prude morale de la France giscardienne pour goûter au fruit défendu. Comme elle, elle nous redonne le goût des premier baisers volés, des étreintes furtives (dans les toilettes ? Ben oui, c'est arrivé à beaucoup de monde !) et des jeunes filles farouches mais pas trop. Bref, après l'adolescence, voici un hymne à la jeunesse et ça fait du bien ! Moralité (si on peut dire) très dans le ton de l'époque : L'amour est une aventure !!
11:28 Publié dans Precox ejaculator | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : sexe, amour
Oedipe et Icare sont dans un bateau

ection nécessaire et obligée, qui peut vite devenir étouffante. D'ou le double besoin de dépasser le complexe d' Œdipe pour devenir un homme à son tour, et de prendre son envol hors du "nid" familial tel Icare s'échappant en volant et se brûlant les ailes pour ne pas avoir écouté les conseils de son père.11:26 Publié dans Nous sommes tous un peu trop fragiles | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : folie, psychanalyse
Politiquement incorrect
Quant au "Meinhof" qui clôt la chanson, je pensais qu'il s'agissait d'une allusion à Ulrike Meinhof, membre de la "Fraction Armée Rouge", groupe terroriste allemand d'extrême-gauche au tournant des années 70-80, plus connu sous le nom de "bande à Baader".
Mais bon, si vous avez mieux comme idée, je suis preneur de vos suggestions !11:25 Publié dans L'homme politique, le roll-mops et la cuve à mazo | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : politique
Jolie môme
Voici donc une pute, qui aime (?) ou en tout cas aimait peut-être ce qu'elle fait. "Sainte vierge des paumés", "infirmière des fantômes", elle se donne (se vend mais pas toujours) pour le plaisir d'hommes qui la laisseront tomber ensuite. Le vocabulaire soignant et religieux utilisé ici m'amène à faire un premier lien avec Marie-Madeleine, femme disciple de Jésus. Délivrée des démons par Jésus, elle le suit et elle est notamment, le premier témoin de sa résurrection ("infirmière des fantômes"). Selon certaines théories, Marie-Madeleine aurait été la femme du Christ et aurait eu des enfants avec lui. L'Eglise aurait étouffé ces faits par la force et la terreur et œuvré pour cacher la vérité, non seulement en occultant le rôle majeur joué par Marie Madeleine dans la transmission de l’enseignement de Jésus, mais encore en effaçant le mariage du Christ et de sa « disciple préférée ». Elle en aurait ensuite fait une prostituée pour condamner le désir charnel. En tout cas, dans la tradition chrétienne ultérieure, le rôle ambivalent de Marie-Madeleine comme pécheresse et comme guérisseuse est très présent. Selon une légende médiévale, elle serait venue se fixer en Provence ou elle est toujours l'objet d'un culte très vivace aux Saintes-Maries de la mer comme sainte guérisseuse et fécondatrice. Les gitans en particulier, la vénèrent tout particulièrement. Serait-ce pour cela qu'elle est la "sainte vierge des paumés" ?

Le texte ne se résume cependant pas à un "portrait de femme". Il raconte aussi l'histoire d'une déchéance. Celle d'une prostituée connue et désirée devenue une femme détruite et peut-être morte. Cette rupture temporelle est d'abord symbolisée par les écarts de niveau de langue : familier, argotique voire ordurier pour les couplets ; triste et mélancolique pour les refrains. Démonstration :
Les couplets : On y parle argent ("oseille","thune", "dollars", "sacs", "magot" ), sexe ("gigolos", "macs", "chatte", "siphon", "dégraisser l'oignon", "miches", "tailler", "se faire défoncer") , drogue ("coca", "clope"), arnaque ("gogos", "gravos", "sucée jusqu'à l'os"). Voila campé le monde de la fête, du sexe et de l'argent facile par une jeune fille qu'on devine à la fois naïve (elle finira d'ailleurs par se faire avoir) et passablement vulgaire comme en atteste son langage.
Changement de ton dans les refrains, nous voici au pays des amours lynchées. Le ton est celui de la déchéance, de la nostalgie et des regrets, thèmes que Thiéfaine maîtrise à la perfection. Plaisirs enfuis, fleurs flétries, passé irrattrapable et pour finir, la mort. Au fil des refrains, la déchéance et la solitude s'accentuent, au point que même le "salut" (spirituel et religieux s'entend) semble impossible, Un voile de brume recouvre cette vie et finit par recouvrir toute la chanson puisque le dernier couplet est lui aussi ancré dans le présent. La description d'une ex-fille de joie cadavérique et agonisante clôt ainsi la chanson sur une note totalement pessimiste.
Alors au final, hors de propos la référence à la "môme" Piaf ? Pas tant que cela si on considère non la prostitution mais l'itinéraire d'une femme qui va de succès en succès puis sombre dans l'alcool et les médicaments. Sinon, pour une histoire semblable (ascension, chute et mort d'une prostituée de luxe), une de mes lecture préférées reste le roman d'Emile Zola : Nana.

Voila. A bientôt pour une prochaine analyse !
11:25 Publié dans Precox ejaculator | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, sexe