04.03.2009

Comme un chien dans un pays imaginaire...

Sur une insolite musique de reggae (insolite car inhabituelle chez Thiéfaine), se clôt cette première partie de l'album. Rock, folk, pop, reggae, les genres musicaux sont très éclectiques, et les thèmes aussi. En effet, le chanson "comme un chien dans un cimetière" marque véritablement le tournant de l'album : Après deux chansons fort gaillardes voire paillardes, une introspection ricanante et une variation drôlatique sur le thème du sado-maso, voici venir une triste et lancinante chanson, rythmée par une comparaison qui renvoie régulièrement l'auditeur à une solitude et une tristesse absolues.
C'est peu de dire en effet, que cette chanson est triste. Autour d'un bestiaire fort anodin en apparence (lapins, canari, chien), l'auteur organise un jeu d'écriture alternant comparaisons ("comme un chien dans un cimetière") et métaphores ("les scellés sur mon coeur") qui nous mène d'un état d'euphorie supposée à une lente descente aux enfers intérieure. Euphorie supposée car la première phrase, son herbe et ses lapins, renvoie explicitement à un couplet de la "fille du coupeur de joint". Le ciel est bleu, tout va bien, nous allons pouvoir poursuivre sur le ton des chansons précédentes...

Mais ici, cette euphorie passagère s'estompe très vite et ne débouche que sur l'impossibilité à communiquer : "faux numéro", "ne cherches plus dans l'annuaire", "je vais pouvoir m'évanouir"... Le récitant s'enfonce peu à peu dans une détresse qui se marque de façon physique (céphalée) et surtout mentale. Les hallucinations débutent, visuelles et auditives, pour se clôre dans un éclat de rire qui est celui au choix, de la folie ou du désespoir.
Dépression ? Mauvais trip hallucinogène ? Désespoir profond ? Un peu des trois peut-être, mais cela ne saurait expliquer la charme paradoxal, bizarre et douceâtre qu'exerce cette chanson. Cette exploration aux frontière de la folie et de l'halluciné, me paraît surtout importante en ce qu'elle aborde le thème fondamental de la fuite du temps et du deuil de l'enfance.
Le temps est omniprésent dans cette chanson : "14 juillet", "jour J"... et non "H" comme dans la Variation sur le complexe d'Icare, chanson qui parle surtout... de l'enfance, et oui ! La doucereuse descente aux enfers est en effet rythmée par un retour très régulier du thème de l'enfance. Le récitant désire à toute force se purifier, rejeter ses "ordures" pour retrouver un état d'enfance, une sorte de paradis perdu. Pourtant, et c'est la note pessimiste finale, les enfants eux-mêmes semblent avoir perdu cette innocence si tant est qu'ils l'aie possédée un jour...

Ce thème du retour vers l'enfance n'est pas propre à Thiéfaine. Il est très important notamment, dans la littérature anglaise du XIXème siècle. Ce "bateau" qui retourne vers l'enfance est semblable à celui de Jim Hawkins dans L'Ile au trèsor... Ile fantastique et fantasmatique que cette île, ou tout est possible, ou les méchants sont à la fois terrifiants et vulnérables, ou tout est possible aux jeunes aventureux.

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Ce bateau est surtout celui du retour vers un état de paradis originel et d'innocence, vers ce pays imaginaire créé par James Barrie dans Peter Pan. Pays ou l'imaginaire est roi, mais un imaginaire dangereux sous des airs tranquilles. En effet, Peter Pan est aussi un livre sur la mort, et sur la peur de la mort, raison de la volonté de Peter de ne pas grandir. La mort est très présente dans l'œuvre, sous différentes formes : elle est symbolisée par le crocodile-horloge, elle est la terreur du Capitaine Crochet et de Peter, mais elle est aussi thématisée indirectement par certains motifs récurrents de l'œuvre, notamment par l'oubli. Enfant égotiste et dénué de sentiments, Peter oublie ses aventures au fur et à mesure de leur déroulement, il nie tout simplement l'évolution et la maturité...

Au final, partir vers l'enfance serait refuser de grandir et de vieillir. Ce serait refuser le temps qui passe et son cortège de décrépitudes.

Mon sentiment dans cette chanson, est ici d'écouter la voix de quelqu'un qui accepte, même par désespoir, que la vie soit d'abord un passage à l'âge adulte, quel qu'en soit le prix.

Ce billet est dédié à Katell. Je te souhaite beaucoup de courage en cette épreuve qui te frappe.

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Commentaires

Je lis ta note à l'instant, Foxy. Désolée, je n'ai pas pris le temps de venir beaucoup te voir ici au cours des dernières semaines. Il faut dire que je suis prise dans une sacrée tourmente. Merci pour ta gentillesse, ta dédicace me va droit au coeur.

Ecrit par : Katell | 02.02.2009

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