04.03.2009

Amour flou

"Laissez-moi penser que vous serez prête alors à incarner cette puissance éternelle de la femme, la seule devant laquelle je me sois jamais incliné. Que vous veniez de fermer un pupitre sur un monde bleu corbeau de toute fantaisie ou de vous profiler, à l'exception d'un bouquet à votre corsage, en silhouette solaire sur le mur d'une fabrique - je suis loin d'être fixé sur votre avenir laissez-moi croire que ces mots : « L'amour fou » seront un jour seuls en rapport avec votre vertige."
André Breton, L'amour fou

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Et oui, je me plais à croire que ce texte si simple en apparence du sieur Thiéfaine, est une incarnation certes déformée et grotesque mais bien vivante néanmoins, de ce texte magnifique -mon préféré surtout- d'André Breton.
Dans ce livre centré autour des hasards et coïncidences d'une rencontre amoureuse, ce récit apparemment déstructuré, Breton développe deux idées essentielles : La "beauté convulsive", magnifique image dont Thiéfaine a récemment tiré parti ("douceur convulsive des ventres funéraires") et la beauté d'être "aimé follement", ce qu'il finit par souhaiter à sa fille en une magnifique adresse finale.
Entre "beauté convulsive" qui fonde tout amour charnel et conditionne l'attrait sexuel, et amour platonique et de pur esprit, Breton situe "l'amour fou", point de rencontre des êtres et des sentiments... Regards échangés ("ils ont vu comme ils étaient beaux"), rencontres de hasard dans les transports en commun ("métro") et voilà l'amour fou qui transfigure deux personnes.

Simples "bêtes à dodo" condamnées au triste quotidien banal d'un métier sans joie, voilà deux êtres saisis par la passion charnelle et sensuelle. Deux êtres qui se trouvent et se complètent, qui s'enroulent sur eux-mêmes ("position de l'escargot", à tester !) et s'isolent du monde, même s'il s'agit de ne se retrouver que dans un "hôtel paumé aux murs glacés d'ennui". Deux êtres qui s'extirpent du quotidien pour un plaisir éphémère mais vu comme un "cadeau", pour un moment volé (ils vont d'ailleurs se perdre ensuite) qui agit comme une drogue euphorisante (allusion double sens au "pavot") dans ce moment ou il abandonne "ma racine à ta blessure".
Alors bien sûr, l'amour meurt. L'amour est mou, l'amour est flou, l'amour est saoûl... Et les histoires d'amour finissent mal en général. Qu'importe, de cette apparente pochade écrite par Thiéfaine, subsiste néanmoins le parfum de l'amour fou, ce ces moments de plaisir ou tout semble permis, ou le ciel et l'enfer partagent à deux, ou le quotidien même se transfigure sous l'effet du rêve, de l'imagination et de l'écriture...

Ben, ce n'est pas le surréalisme, ça ?
Si fait mon bon, ça l'est bien ça...

Alors, "l'amour mou", nouveau manifeste surréaliste ? Et pourquoi pas ?

Puisque vous êtes gentils et que je suis resté absent bien longtemps, deux petites citations pour la route :

"Ils sont arrivés se tenant par la main

L’air émerveillé de deux chérubins

Portant le soleil ils ont demandé

D’une voix tranquille un toit pour s’aimer"

Edith Piaf, Les amants d'un jour

"La mer en vous comme un cadeau
Et dans vos vagues enveloppée
Tandis que de vos doigts glacés
Vous m'inventez sur un seul mot
O Ma Frégate des hauts-fonds
Petite frangine du mal
Remettez-vous de la passion
Venez que je vous fasse mal
Je vous dirai des mots d'amour
Des mots de rien de tous les jours
Les mots du pire et du meilleur
Et puis des mots venus d'ailleurs
Je vous dirai que je t'aimais
Tu me diras que vous m'aimez
Vous me ferez ce que tu peux
Je vous dirai ce que tu veux"

Léo Ferré, L'amour fou

Et surtout, n'oubliez pas d'aimer !

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Commentaires

Bienvenue chez toi... Cela faisait longtemps !!

Très Intéressant....

Alors si j'ai bien compris, à lire de tout urgence : "L'amour fou" d'André Breton.... car Piaf, Brel (aussi), HFT, je connais déjà !
Pour la passion amoureuse, je conseillerais aussi Stefan Zweig...
Biz

Ecrit par : kris | 28.11.2008

Merci pour cette jolie note, Foxy ! "L'amour fou" fait partie des livres de chevet d'une certaine Evadné ! Il faut vraiment que je lise ce bouquin !

Ecrit par : Katell | 29.11.2008

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