04.03.2009
La fille au coeur d'acier
Tiens, pourquoi ce titre me direz-vous, au moment d'évoquer cette "groupie" d'un genre un peu particulier ? Et bien, j'invite ceux qui s'intéressent à Higelin à aller écouter ce magnifique album nommé "Irradié"... ça ne date pas d'hier, j'en conviens, mais je pense que vous ferez vous aussi quelques liens intéressants avec la chanson que je vais évoquer dans cet article.
Après une auto-analyse centrée sur l'amour de soi, place à l'amour physique ! Et quel physique ! Nous voici dans une typique relation masochiste entretenue par le personnage jouée par Thiéfaine. Masochiste car fondée sur la douleur physique, mais surtout car le personnage y jouit d'une inversion des valeurs et des hiérarchies. Une "groupie" est traditionnellement une "fan" inconditionnelle, béate d'admiration et éperdue d'amour :
"Elle passe ses nuits sans dormir
A gâcher son bel avenir
La groupie du pianiste"
Michel Berger bien sûr, je n'ai pas pu y résister !
Cette inversion des hiérarchies est accentuée par les multiples humiliations (travestissement, zoophilie) et tortures subies par le héros : rasoir, couteau, nerf de boeuf, chaîne de vélo, la liste est impressionnante. Cette relation est bien sûr développée sur un ton badin, mais l'apparente futilité du texte ne saurait masquer le message. Au final, les deux amants sont heureux ! Heureux car sans complexes, heureux car allant au bout de leurs envies, heureux car assumant leur fantasmes, y compris la jeune fille qui essaie ses instruments sur elle-même. Détournement pervers du "jouissez sans entraves" soixante-huitard ? Un peu. Un peu aussi de cette vision très thiéfainienne des femmes : fortes car assumant leur sexualité, fortes car sans chichis ni manières, avec leurs idées et leurs problèmes.
Cette groupie virulente et dominatrice, ange et démon à la fois, douce et perverse, vierge et putain, est la première d'une longue liste de personnages féminins chez Thiéfaine : Lilith bien sûr, mais surtout la "Sweet Ammanite Phalloïde Queen" et la "Go qui cache pas ses blèmes" (noter à ce propos la récurrence du "c'est juste une"). Femme forte, dominatrice et tentatrice, femme jouisseuse sans complexe, femme fragile aussi. Ce personnage féminin archétypal est celui de la femme éternelle, attirant l'homme mais le piégeant aussi : Eve, Lilith, Salomé et bien d'autres !

A ceux qui trouveraient que cette interprétation d'une relation sado-masochiste va un peu loin dans l'extrapolation vers des visions biblico-mythiques, je répondrai avec cette citation de Leopold Von Sacher-Masoch (oui, celui dont vient le mot "masochisme", mais il était d'abord un grand écrivain) :
« la femme, telle que la nature l'a faite, et telle qu'elle attire l'homme de nos jours, est son ennemie et ne saurait être que son esclave ou bien son tyran, mais jamais sa compagne. Cela, elle ne pourra l'être que lorsqu'elle sera son égale en droits, son égale aussi par son éducation et par son travail ».
In La Venus à la fourrure
Là, pour le coup, j'attends des commentaires de ces dames et demoiselles !

23:05 Publié dans Precox ejaculator | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sexe, amour, masochisme, religion
Commentaires
Ca ne me choque pas du tout moi. Pas super féministe, et puis faut voir la réalité en face !!!
Encore un plaisir enrichissant de lire Foxy ;-)
Ecrit par : Tommie | 26.10.2008
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