« Retour au terrier | Page d'accueil | Rendez-vous au tas de sable »
03.03.2008
Première séance
La deuxième chanson de l'album "Autorisation de délirer", "Court-métrage", se place délibérément et immédiatement sous le signe de la parodie. Pourtant, tout paraît bien au point dans ce morceau. Musique blues en tous points impeccables, avec accords qui vont bien, slide guitar et ambiance ricaine à souhait. Mais dès les premiers mots, la voix traînante et nasillarde nous indique sans ambages que nous sommes bien dans une pochade. Organisée certes, car Thiéfaine ne fait rien à la légère, mais une pochade quand même ! Ce morceau se situe dans une lignée de parodies qu'a toujours affectionnées Thiéfaine : Folk ("la cancoillotte"), rock ("rock joyeux"), chant traditionnels ("scorbut"), rock ("rock joyeux"), gregorien ("la nostalgie umplugged"), le bonhomme aime à détourner, à surprendre et à recycler. Cet art du bricolage mental et de la référence permanente fait de la machine mentale de Thiéfaine, une fantastique "manufacture de recyclage" de nos sensations, de nos ressentis et de nos affects contemporains.
Mais sans aller aussi loin, voyons comment s'organise cette entreprise de démolition forcenée et méthodique. Nous sommes bien dans un film américain, tous les ingrédients sont là et montrent bien qu'au delà du ricanement, Thiéfaine connaît et apprécie ses classiques. Voici la femme fatale :
Mais sans aller aussi loin, voyons comment s'organise cette entreprise de démolition forcenée et méthodique. Nous sommes bien dans un film américain, tous les ingrédients sont là et montrent bien qu'au delà du ricanement, Thiéfaine connaît et apprécie ses classiques. Voici la femme fatale :
Je l'ai fait énorme, le beau gosse, pour que vous puissiez sentir le magnétisme qui émane de sa personne... ;-). Oui je sais, je réussis bien autoportraits ;-)Or donc, tout va bien. Et pourtant, la mécanique se dérègle avec une précision remarquable. Tel un enfant capricieux, l'artiste s'amuse avec son jouet et le détruit à sa guise grâce à une écriture d'une précision chirurgicale.
Entre le gimmick ("comme dans un film américain"), le texte s'organise en quatrains. Et selon la loi de cette forme poétique, le dernier vers sonne comme un coup de trique et détruit les efforts de sérieux des trois premiers : la donzelle dîne d'un ice-cream... jambon-banane ! Le héros Edgar l'a...dans la peau (Edgar Poe !), elle croise les jambes si haut..qu'on lui voit les seins, le tout jusqu'à la pirouette finale qui ôte tout glamour à l'ensemble !
Pourtant, malgré les apparences, cette chanson est aussi un hommage. En composant un couple de héros foireux, Thiéfaine parodie les authentiques couples mythiques du cinéma "noir" américain ("le port de l'angoisse", "le faucon maltais", "scarface") ou des films à suspense. Humphrey Bogart ou Gary Grant du pauvre, Lauren Bacall ou Grace Kelly de Prisunic, les héros idiots et vulgaires de ce "court métrage" à l'écriture sèche et clinique préfigurent les "fausses Lauren Bacall" et les Bogart "à moitié cakes" que chantera Thiéfaine plus tard.
Au final, une première façon de se moquer de la culture américaine que Thiéfaine admire cependant plus que tout : films, romans noirs (Hammett) ou romans tout court, rock et chanson, histoire et musique. Pour tout vous dire, débarrassée de sa voix traînante et nasillard, voila une chanson que je verrais bien figurer dans la set list de l'Olympia ! Wait and see...
22:20 Publié dans Des néons graffiti sans couleurs | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : cinéma



Commentaires
Merci pour le jeu de mots sur Edgar : parfois il ne faut pas aller chercher des choses trop compliquées !
J'attendais d'avoir vu tous les films tirés de ses nouvelles pour m'assurer qu'au moins l'un d'eux contenait une voiture décapotable et un séducteur :-)
Ecrit par : Arnaud | 07.03.2008
Y a longtemps que j'étais pas venu zoner ici, c'est toujours un plaisir!!
Ecrit par : Yoann | 10.03.2008
Ecrire un commentaire