25.02.2009
Une fille qui nous veut du bien...
Au programme ce soir, une fille pour laquelle j'ai une tendresse bien particulière... La fille du coupeur de joint, bien sûr !
Que dire de cette chanson, qui n'ait déjà été dit et redit ? Elle est de ces chansons qui dépassent leur auteur pour devenir des hymnes universels. A l'heure actuelle, combien d'ados fêtards ont fumé leur premier buzz en délirant sur cette chanson ? Combien de personnes savent qui a écrit ce texte ? Je l'affirme bien haut, cette chanson appartient au patrimoine français !
Analysons un peu et tentons de comprendre le phénomène. Sur une succession d'accords simples et de bon goût aux tonalités folks (Mi mineur, ré, do, sol, la mineur), un texte se met en place. Il emprunte à la chanson traditionnelle aussi bien qu'aux comptines enfantines : Rimes plates (parfois de simples assonances), répétition d'un même motif, couplets simples et sans refrain, pont musical entre chaque couplet. Cette structure est celle des chansons françaises traditionnelles, rondes et gigues notamment. Un exemple : "Le fermier dans son pré", avec son thème qui revient comme un leitmotiv ou encore "les prisons de Nantes". Dans tous les cas, le structure répétitive s'accompagne d'un progression dans l'action vers un véritable "climax" : évasion du prisonnier, "battue" du fromage, tout événement qui clôt la narration. On retrouve cette construction narrative dans des histoires de jeunesse comme "Roule galette", "la petite poule rousse", "Pousse poussin" ou encore "Boucle d'or et les 3 ours". Thiéfaine s'inscrit ici clairement dans cette tradition française, des chants et des histoires populaires. Son texte mélange d'ailleurs de façon plus ou moins consciente, des extraits de chants précédents. Démonstration :
"Elle descend de la montagne à cheval
Elle descend de la montagne à cheval
Elle descend de la montagne
Elle descend de la montagne
Elle descend de la montagne à cheval"
Hugues Aufray, dans une traduction d'un traditionnel américain. Ou encore cette comptine :
"Sur mon chemin j'ai rencontré
La fille du coupeur de paille
Sur mon chemin j'ai rencontré
La fille du coupeur de blé
Oui ! Oui ! J'ai rencontré
La fille du coupeur de paille
Oui ! Oui ! J'ai rencontré
La fille du coupeur de blé."
Cette structure simple et répétitive, très "chant traditionnel", a encore été renforcée par les fans d'Hubert eux-mêmes. Ils ont en effet rajouté, sur le modèle des "digue-dondaine" ou autre "tradéridéra", un "o-ooo-oh-o-o-o" qui ponctue de la même façon, les transitions entre chaque couplet. Alors bien sûr, la substance invoquée ici est fortement illicite... Mais ce qui compte dans cette chanson, davantage que son texte, c'est son esprit ! Pour moi, c'est d'abord la première chanson de Thiéfaine que j'ai entendue, beuglée par des copains de lycée. Elle fleure bon l'insouciance, les joints du mercredi après-midi, les escapades nocturnes et clandestines vers le dortoir des filles. Elle respire les premiers émois d'ados, les campus en fleur (et les filles en fleur aussi), l'escapade hors de la réalité, les conneries entre potes. Elle a un doux parfum de nostalgeo, et elle est en même temps vivante et encore bien présente. Car cette fille-là a beau être une fille facile, elle ne donne qu'aux coeurs purs, aux pauvres hères, aux âmes simples et bonnes. Cette chanson, pour moi, et même si son thème reste la drogue, est un hymne à la jeunesse et à l'insouciance. Elle accompagne une vie, elle permet de faire le deuil d'une adolescence révolue, et d'y rester un tout petit peu...
Juste un tout petit peu, pour ne pas oublier le goût amer de la première bière au soleil avec les potes, et le goût sucré des premières lèvres féminines effleurées en rougissant, et la parfum qui flottait du corsage, et ce petit bout de chair entrevu. Un petit goût de fraîcheur et de première fois. Comme toutes les premières fois, si maladroites et si fortes en même temps...
Pour finir, un cadeau : Voici un authentique coupeur... de paille (ben oui, on fait ce qu'on peut !).

22:38 Publié dans Solexine et ganja | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : chanson française, drogue, sexe
Commentaires
Je me faisais la réflexion hier en l'écoutant (version originale) : folk à l'origine mais beaucoup moins maintenant et j'aime mieux maintenant !
Et puis, un concert de Thiéfaine sans cette chanson, serait ce vraiment un concert de Thiéfaine ? J'aime particulièrement ce moment ou tout le monde l'attend, sait que ça va être "La fille" et cette explosion dès les premiers "Oh oh" !
Petit PS : l'histoire pour enfants, c'est "Pousse poussette" ;) Je suis en plein dedans ! :D
Ecrit par : ET | 01.02.2008
Ce que tu écris est très juste: un hymne à la jeunesse et à l'insouciance, c'est bien comme cela que je la vois cette fille... Un élixir de jouvence en même temps : pour ma part, j'ai toujours 16 ans quand Thiéfaine entonne les premières mesures en fin de concert, et à voir le nombre de fans soudainement montés sur ressorts et qui poussent des " o-ooo-oh-o-o-", je me dis que je ne suis pas la seule !
Ecrit par : Evadné | 01.02.2008
Est-ce qu'on y aura droit pour l'Olympia?
Encore une belle analyse Foxy!!
Ecrit par : Yoann | 02.02.2008
Je trouve tes textes très bien écrit et c'est un plaisir de te lire. L'analyse que tu fais de cette chanson est très juste et agréable. Elle redonne de la valeur à cette chanson qui à mon goût cantonne trop HFT auprès des personnes qui ne le connaisse pas. Seulement pour dire que moi, je peux m'en passer lors d'un concert, ce qui n'est pas le cas de mathématique soutéraine.
Merci pour m'avoir mis en lien. Je suis débordée en ce moment mais bientôt, je vais revenir.
Ecrit par : l'anarchiste | 24.03.2008
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