18.03.2012
Quand on arrive en ville...
Hier soir, HFT était en ville, autrement dit en concert à Bordeaux. Depuis des mois, j'avais préparé un billet sur le concert de Marseille, que ma fainéantise avérée et aussi quelques obligations et occupations diverses ne m'ont pas permis de terminer... Ceci à l'attention de ceux qui s'étonneront sans doute de voir ici chroniqué le concert de Bordeaux, puis sans doute d'ici quelques notes celui de Marseille... Le tout au mépris de la bienséance chronologique.
Bon, venons-en au fait !
Hier soir, rendez-vous devant la Médoquine avec quelques amis. Nous arrivons assez tard. Le temps d'aller saluer devant, quelques thiéfainautes de mes connaissances, le temps de prendre place dans la queue, et les portes ouvrent déja. Nous n'étions pas au premier rang, mais ça n'est pas forcément plus mal...
Retour à la Médoquine, 21 ans après ! Un peu d'émotion lorsque je me souviens avoir assisté à un concert du bluesymental tour dans cette même salle en 1991... Toujours on the road !
ATTENTION : LA SUITE DE CET ARTICLE PEUT ETRE AVANTAGEUSEMENT ZAPPEE PAR CEUX QUE N'INTERESSENT PAS LES POLEMIQUES ET PROBLEMATIQUES BORDELAISES !
Si vous voulez du Thiéfaine pur et dur, du compte-rendu qui va bien, de la miouze qui braquemarde et qui beugle, prière de sauter la vingtaine de lignes qui vont suivre...
Nous voila dans la place... Enfin, si l'on peut appeler ainsi cette salle dont le seul mérite est... d'exister ! La Médoquine, c'est un hangar (mal) transformé en salle de concert. Le confort y est nul, la chaleur intense, la visibilité mauvaise et l'acoustique...
L'acoustique y est tout simplement innommable. Cette salle est connue pour posséder (à l'exception notoire du palais des sports) le pire son de Bordeaux. Et ça n'est pas peu dire !
En même temps, pour HFT, ou aller ? Si le réseau des salles petites et moyennes est dense et de qualité (Barbey, le Krakatoa, l'Antirouille pour ne nommer que les plus connues), il n'existe à Bordeaux aucune grande salle digne de ce nom. Dylan s'est produit à la Patinoire, sinon c'était la Médoquine ou une horreur du même calibre. Il est quand même ahurissant, au moment ou l'on s'apprête à dépenser des centaines de millions pour un Grand Stade démesuré par rapport à Bordeaux, que l'agglomération soit incapable de se doter au moins d'un Zénith !
Amis marseillais qui vous plaignez de son du Dôme, venez à la Médoquine !! Je peux attester, ayant assisté à quelques concerts au sein de ladite salle, avoir plus souvent vécu l'enfer que la félicité...
Et ce n'était rien encore à côté de la fort mauvaise surprise liée à l'insonorisation déplorable de la salle. Je m'explique et je détaille :
19 heures 15 (oui ! Une heure ahurissante dans le sud !), début de la première partie. Tristan Nihouarn, ex-Matmatah pour lequel je n'ai absolument pas accroché. Pas désagréable, mais pas inoubliable. Et puis, des paroles qui fleurent bon le dictionnaire de rimes..
Enfin, passons ! D'autant plus vite d'ailleurs que le bonhomme s'expédia en 30 minutes vite fait, ce qui nous conduit après aménagement de la scène, à...
20 heures, début du concert et entrée du grand homme... Qui nous a laissé deux heures plus tard. Oui, deux heures à peine, une hérésie, un sacrilège en milieu thiéfainesque !
La raison : Hubert ?
Que nenni ! Simplement, l'insonorisation de la salle est si mauvaise que passé 22 heures, il faut rendre les armes. Non que les gens du quartier soient particulièrement pénibles ou autres. Mais quand vous profitez du concert sans avoir rien demandé, il y a des limites.
Pour résumer, une salle à l'acoustique pourrie, sans confort et qui oblige un artiste à écourter son spectacle. Au final, cela nous a privé de "Solexine et ganja", "Annabel Lee" et "Les filles du sud", excuser du peu ! Hubert, détendu et souriant, a quand même été obligé de ne pas trop parler entre les morceaux et de faire le boulot en deux heures chrono !
Voila comment, à Bordeaux, on accueille un artiste détenteur de deux victoires de la musique, du grand prix de la SACEM et de celui de l'académie Charles Cros, un artiste aux 16 albums et aux 35 ans de carrière... Je ne râle pas uniquement pour Thiéfaine, je râle parce qu'une ville comme Bordeaux est incapable d'offrir à des artistes de premier plan, un lieu à la hauteur de leurs prestations !
Et le concert, dites-moi ? Et bien, il fut très bon. L'urgence a conduit Thiéfaine à nous délivrer un set carré, pêchu et plus rock qu'à l'accoutumée. Il faut dire que le retour de Bruce Cherbit derrière les fûts se sent. De la frappe lourde et charnue, bien rock, qui fait notamment merveille sur "Alligators" et "Les ombres du soir". Je trouve du coup, que cette batterie ajoute encore au côté "tribal" et shamanique de ces chansons. Thiéfaine en pleine forme donc, avec notamment un "113ème cigarette" complètement déjanté, un "alligators" à couper le souffle et un "chant du fou"... Whaou ! Le début de la chanson a d'ailleurs été si réussi que le public s'est mis à applaudir spontanément, ce qui eut pour effet... de déconcentrer l'artiste qui nous mangea du même coup deux phrases de la chanson ("les yeux recouverts de poussière... passés chez Lucifer"). Pas grave, l'émotion était là !!
Autres grands moments : "Lobotomie", très enlevé, "Mathématiques souterraines" dont j'adore la version "alice bottienne"... et surtout "ad orgasmum aeternum", sublime complainte pendant laquelle j'ai vu passer l'ange... Magnifique chanson et magnifique version, grand frisson de plaisir, un vrai plus par rapport aux précédents concerts !
Au final et malgré les contraintes horaires, un très bon concert donc ! Et un after de grande qualité chez des amis, pendant lequel nous échangeâmes, nous bûmes, nous chantâmes et nous jouâmes !
Merci aux jurassiens de Bordeaux pour leur accueil, merci au sieur Arnaud de sa compagnie musicale, merci aux choeurs de l'after et merci à Lorelei2 pour les photos :


A bientôt pour de nouveaux concerts, de nouveaux afters, des retrouvailles et des échanges...
A bientôt pour des nouvelles d'HFT on the road !
22:20 Publié dans Je m'affale sur la scène | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : blogs amis, concerts, grrr!!
04.03.2012
La victoire en chantant...
Après quelques mois d'interruption, retour sur ce blog... Il faut dire qu'il y a de quoi !!
Hubert-Félix Thiéfaine, le grand oublié, le plus illustre inconnu de la chanson française...
Oui, vous savez, celui qui fait des disques depuis... 34 ans ?
Non, tant que ça ?? Et oui ? Et si on compte la scène et son premier cabaret, cela fait 40 ans de carrière !
Noooooon !! Sisi, je vous jure !
Seize albums studio... Vous voulez dire que les maisons de disques ont toujours voulu de lui ? Et oui ! Avec 26 disques d'or, il faut croire que le bonhomme ne se débrouille pas si mal !!
Quand même... Un Bercy, 120 000 exemplaires de suppléments de mensonge vendus à ce jour, un grand prix de la SACEM, des articles (même dans "Voici" !), des passages télé (même chez Ruquier !). Faut-il que ce monde manque de figures, pour qu'enfin on se décide à s'intéresser à Thiéfaine... Et même à lui attribuer deux victoires ! Oui monsieur, et pas n'importe lesquellles : Album de l'année, interprète masculin de l'année !
Et alors ? Et alors, je ne vais pas bouder mon plaisir, tiens !
Parce que j'ai trop longtemps été énervé de ne pas voir HFT reconnu pour ce qu'il est, à savoir un grand. Un grand parolier, un poète. Un musicien aussi. Un interprète surtout, ce qu'il n'était pas à ses débuts et qu'il est devenu à force de travail.
Parce que ces victoires récompensent le travail. Celui d'un artiste qui a su trouver, forger un style. D'un artiste en perpétuelle évolution et qui ne s'est jamais renié cependant.
Le travail d'un écrivain qui polit et cisèle des textes magnifiques depuis des décennies. Le travail d'un musicien qui a toujours su s'entourer des meilleurs (Fambuena, Jean-Louis Piérot, JP Nataf ou Alice Botté pour ne parler que des plus récents).
Le travail, surtout, d'un showman qui sillonne la France depuis 40 ans ! C'est d'abord là, dans ses tournées marathon (la dernière en date dure depuis 9 mois en comptant les concerts de juin), que Thiéfaine a construit sa réputation et s'est attaché un public. Des concerts délirants, simples, fous, carrés, précis, cadrés ou dérangés... Des concerts en solitaire, avec un groupe, avec des choeurs, avec un orchestre. Des concerts dans un Bercy bondé ou dans une salle polyvalente de province, des concerts dans un théâtre ou dans un zénith, des concerts en festival ou en solo, avec ou sans des invités, avec ou sans effets spéciaux, avec ou sans mise en scène...
Qu'importe !! Thiéfaine donne toujours ce qu'il peut, tout ce qu'il peut. Il part encore et toujours à la rencontre de ce public qui lui ressemble. Sur scène, Thiéfaine ne triche pas et essaie toujours d'offrir le meilleur. Et ce n'est pas la qualité de la tournée actuelle, avec un son et une qualité musicale proches de la perfection et avec un Thiéfaine meilleur interprète qu'il ne l'a jamais été, qui viendra contredire mes propos !!
Alors hier soir, comme d'habitude, Hubert fut parfait. Rayonnant, plein de classe et de force. Les meilleurs moments : "Je suis un peu long, mais pour une fois que j'ai les caméras sur ma tronche..." et surtout ce passage magnifique ou il a cité Jules Renard tout en s'amusant de lui-même... Irréductible, solitaire, à jamais incompatible avec le tout-Paris des gens bien...
Hubert un peu timide, un peu charmeur, un peu amusé aussi de tout ce cirque... Et surtout, surtout, Hubert ému et émouvant comme jamais quand il a remercié le public.
Oui je l'avoue, j'ai été ému à cet instant. Pour tous ces voyages, ces moments d'attente, ces concerts, ces articles... Pour tous ces moments aussi, ou je me désolais de le voir si peu apprécié à sa juste valeur. Pour ces moments ou nous avions l'impression de faire partie d'une secte d'allumés qui adoraient une incompréhensible idole, un aboli bibelot d'inanité sonore...
Merci Hubert. Merci d'être encore là, merci d'être et de rester toi-même. Merci de m'accompagner encore à 40 ans passés. Merci de tes textes qui me parlent si souvent, merci de ces moments passés en concert. Merci de rester la trace indélébile de ma jeunesse et de mes rêves. Merci de m'avoir fait rencontrer l'ange qui m'invite à faire danser l'aiguille de mon radar...

"Peut-être qu'en smurfant sur ta folie
tu deviendras l'idole des bas-fonds
à qui le branleux tout-paris
fera sa standing ovation
mais d'applauses en salamalecs
de backstages en mondanités
la réussite est un échec
pour celui qui veut plus danser"
Ce billet est dédié au public de Thiéfaine.
12:01 Publié dans Exigeons l'immortalité ! | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : chanson française, musique, thiefaine
15.11.2011
Ses ailes de géant...
"J'ai rencontré pas mal de gens dans le show-biz qui me conseillaient activement de faire autre chose....J'en ai même croisé, des gens très connus, qui m'ont dit que je n'avais pas le droit de chanter. Je pense que c'était un problème de pouvoir dans leur tête...je tiens à leur signaler que ce que je leur faisais écouter à l'époque, c'était les maquettes de mes deux premiers albums, et que ces deux premiers albums, et ceux qui ont suivi d'ailleurs, ont été double disque d'or. Donc, d'abord, j'aimerais remercier le public "
En ce 14 novembre 2011, ainsi parla Hubert Félix Thiéfaine...
En cette soirée d'un lundi froid et pas spécialement gai, nous étions quelques thiéfainautes à nous retrouver par internet interposé, pour suivre en direct la cérémonie de remise des prix de la SACEM. Non que l'exercice fût intéressant en lui-même. Je dirais même que la cérémonie a atteint des sommets à faire exploser le chiantomètre et à faire passer les victoires de la musique pour un après-midi au Hellfest... Dieu que nous nous enquiquinâmes !! Dieu que ce fut atroce de longueur et de platitude mêlées, en un morne marécage d'inanité ou nous vîmes même s'ensevelir le pourtant fort sympathique Jean-Louis Aubert !
Et d'abord... Mais bon sang de bongu d'bonsouère, QUI a eu cette idée démente, de faire appel à Ariel Wizman pour "animer" la soirée ? Sans doute mal réveillé ou mal décuvé de sa probable nuit précédente aux bains-douches, le faux trublion en papier cartonné nous offrit une triste parodie de lui-même... Blagues foireuses, méconnaissance visible des invités à l'exception de tout ce qui pouvait toucher à l'électro-daube à 2 balles, mépris souverain de tout ce qui ne concernait pas sa petite personne... Il nous aura tout fait, le bougre !! Et pire encore même, comme nous aurons à le voir en la suite de de ce billet...
Ensuite, et sans vouloir cafter... C'est qui, cette nana qui a remporté le prix de la zique électronique ? Nous venions à peine de finir de nous fader de longues minutes de zique contemporano-pénible (ce n'est pas toujours le cas, mais là... oui !!) que surgit... Emilie Simon !!
Sorte de Audrey Tautou de l'électro (avec une coiffure-panier-pour-faire-ses-provisions-le-samedi-au-marché sur le crâne), la damoiselle nous gratifia : D'un poème en vers de mirliton du plus bel effet (genre "je suis dans un tel bonheur/Que cela me serre le coeur", enfin tout pareil quoi), puis d'une daube électro-pop-r'n'b que je ne croyais pas que cela fût possible... A faire regrettre David Guetta !!
Bien sûr, il y eut Souad Massi, pour un peu de baume au coeur... "De la musique avant toute chose"...
Et puis Hubert vint... Et là, en quelques minutes, j'ai de nouveau, encore et encore, compris pourquoi HFT m'est à tout jamais irremplaçable... Pourquoi il est unique et pourquoi je suis capable de faire des centaines de bornes pour aller voir ce mec, pourquoi je passe des heures sur un clavier à tenir ce blog...
Parce qu'Hubert est à tout jamais irréductible à la connerie. Parce que devant cette créature pédante et bouffie de mondanité frelatée qu'est le sieur Wizman, il fut tout simplement royal ! Hésitant, presque timide, butant sur les mots, cherchant les mots, posant les mots... Prenant son temps, tout simplement. Rebelle à sa façon, impermébale aux convenances policées de ce beau monde... Et remerciant avant tout le public, ce public qui le suit sans faille depuis si longtemps, imperméable lui aussi aux railleries et aux remarques des arbitres des élégances et du bon goût...
Parce qu'Hubert est toujours lui-même. Incapable de tricher ou de se faire violence pour sortir le bon mot qui fera rire à bon compte l'assistance. Incapable d'être un autre, incapable de nous proposer autre chose que sa musique et ses textes.
Parce qu'Hubert, hier, a rejoint Ferré, Ferrat, Nougaro, Souchon, Cabrel, Le Forestier, Lavilliers, Mitchell, Sheller, Renaud, Moustaki, Hardy, Clerc, Bashung, Higelin, Christophe... Sans commentaire !
Parce qu'Hubert a toujours la rage... Parce qu'il se sent toujours égaré et rejeté, comme il le fut en ces années 70 ou il n'était qu'un demi-clochard que bien peu prenaient au sérieux. Parce que cette soif de revanche et de bagarre, cette envie de rencontres et ce besoin irrépressible de poser ses tripes sur une feuille de papier... Tout cela est encore et toujours, plus que jamais, la marque d'Hubert, de Félix et de Thiéfaine !!!
Parce que son interprétation de "fièvre résurectionnelle" fut tout simplement magnifique, à serrer le coeur...
En cette soirée d'hier, il était une fois un poète au milieu des hommes.... Et il m'a rappelé ces vers mille fois récités, rebattus, dits et redits... Et qui résonnent pour lui si fort et si bien :
"Le poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer
Exilé sur le sol au milieu des huées
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher..."
22:55 Publié dans Exigeons l'immortalité ! | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : chanson française, humour, langue française, poésie